février 3, 2023

Communication politique / Invité de la rédaction de l’I.A : Eric Ané donne des leçons aux hommes politiques

Photo : DR
Pourquoi nous avons créé «la Coordination des Communicateurs Bénévoles pour le plébiscite de Laurent Gbagbo»

Il faut tenir compte du contexte dans lequel nous nous trouvons. Il y a des personnalités qui m’avaient suggéré que si j’avais donné comme nom ‘‘Coordination des communicateurs pour la République’’ à ma structure, j’aurais eu plus de moyens et que des gens allaient me soutenir pour que je ratisse large pour le candidat Laurent Gbagbo. Je leur ai répondu qu’après huit ans de crise, chacun devait se déterminer, parce que la situation n’est pas normale. Chacun doit dire quel est le candidat qu’il soutient. En septembre 2009, en mettant en place cette coordination, il s’agissait pour nous de mettre de l’animation au niveau de la communication électorale. Mais nous avons décidé de nommer notre structure ‘‘Coordination des Communicateurs bénévoles pour le plébiscite du candidat Laurent Gbagbo’’, parce qu’on avait fait un choix. Je pense qu’après huit ans de crise, il fallait faire un choix. Nous avons fait un choix et celui-ci a ses implications. Deuxièmement, « le Petit-déjeûner » est une idée qui est survenue quand nous nous sommes rendus compte que les élections ne pouvaient pas se tenir en Novembre 2009 et qu’on allait attendre encore un bon moment avant de connaître une nouvelle date. On avait deux possibilités. Aller nous asseoir comme certaines personnes pour attendre la date des élections ou mettre en place une stratégie de communication. Au niveau du FPI et de La Majorité Présidentielle, nous réagissons, mais nous n’agissons pas en ce qui concerne la communication. Nous passons tout notre temps plus à réagir qu’à agir. Pour la composition de l’équipe de campagne du Président Laurent Gbagbo, on nous a prévenu que les élections présidentielles de 2010 ne se passeraient pas comme celles de 2000 où c’était le président du parti qui était au devant de la campagne et que cette année, le Président de la République allait faire une ouverture de sorte qu’il y ait un directeur national de campagne qui puisse ratisser large pour lui . Donc, qu’on allait avoir une Majorité présidentielle (LMP). Si vous observez bien, la majorité de nos invités sont venus de LMP. D’abord, il fallait donner la possibilité à ceux qui sont venus soutenir Laurent Gbagbo, de dire pourquoi ils ont basculé dans La Majorité Présidentielle. Le nom ‘‘déjeûner de la Majorité présidentielle’’, tire sa source des grandes démocraties où le Président de la République déjeune le lundi avec le Premier ministre, le mardi avec le président du Parti et les trois se retrouvent le mercredi. Nous n’avons pas inventé le concept. C’est pourquoi, chaque fois que nous avons un invité, nous lui donnons un thème. C’est après cela qu’on ouvre les échanges pour éviter le côté béni-oui-oui.

L’ouverture de l’espace à des personnalités qui ne sont pas de LMP

Chemin faisant, nous avons décidé d’ouvrir l’espace en commençant par ceux avec lesquels nous sommes alliés, c’est-à-dire les proches de Guillaume Soro, dont Alain Lobognon et Bamba Alex. Lorsque ceux-ci sont venus au « Déjeûner », contrairement à ce que beaucoup pensent, ils n’ont pas caressé le Président Gbagbo dans le sens du poil. Je me souviens qu’Alain Lobognon avait indiqué que Laurent Gbagbo était mal conseillé. Lorsque j’ai invité Alain Lobognon, certains de mes collaborateurs ont émis des réserves en disant que je risque de me faire écraser. Mais, Alain Lobognon a été très virulent. Bamba Alex également n’a pas manqué de dénoncer l’état de la société ivoirienne. Donc, je pense que nos invités font preuve d’honnêteté et d’objectivité. Ce ne sont pas des personnes qui viennent encenser Laurent Gbagbo. L’appétit venant en mangeant, on a voulu ouvrir l’espace. Notre espace est réservé au débat d’idées. Nous n’inviterons pas quelqu’un qui viendra insulter le Président de la République. Lorsque l’espace était beaucoup sollicité, nous avons fait des démarches auprès des personnalités des autres partis politiques. Il y a des personnalités de l’opposition qui sont quand même mûres et qui ne sont pas prêtes à se lancer dans des invectives. En outre, certaines personnalités du PDCI, du RDR et bien d’autres partis ont salué notre initiative. Mais, pour éviter de se faire broyer par des militants de leurs partis, ils n’ont pas pu honorer nos rendez-vous. Il y a même un dignitaire du PDCI qui nous a apporté tout son soutien et nous a encouragés dans notre initiative.

Le cas Amichia François

Nous avions invité le maire de Treichville François Amichia en tant que président de l’Union nationale des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI). Il nous avait donné son accord de principe et on avait même choisi le thème : ‘‘La coopération décentralisée à l’épreuve de la crise ivoirienne’’. Mais, des personnalités du PDCI ont commencé à voir cela d’un mauvais œil et n’appréhendaient pas bien qu’un directeur de campagne chargé de la communication de Bédié vienne au ‘‘Déjeûner de LMP’’. Notre souci est d’ouvrir un espace à toutes les tendances. Pour le cas du maire Amichia François, ce n’est pas un refus, mais plutôt un report. Je lui ai proposé le changement de cadre, c’est-à-dire de ne plus l’inviter dans le cadre du Petit déjeûner de LMP, mais d’organiser une conférence publique à l’hôtel du Golf qu’il animera. C’est moi-même qui lui ai demandé d’attendre et que lorsque nous serons prêts, on l’avisera. Donc, ce n’est pas lui qui a reporté la rencontre. Concernant l’aspect financier, nous avons évité d’être à la solde de quelqu’un financièrement. Nous sommes un groupe de communicateurs qui réfléchissent et agissent. Nous assumons le choix de nos invités et nous assumons toutes les implications financières. Je pense que si nous devons dresser un bilan, on dira que le bilan est satisfaisant, puisque nous sommes à notre 34ème invité. Je pense que c’est beaucoup.

Financement de nos activités

Cela fait 11 ans que je travaille avec le Premier ministre Affi N’Guessan. Je sais que le Président Laurent Gbagbo n’aime pas tout ce qui est associé à l’argent. Donc, je ne peux pas prendre le risque de me jeter dans une opération de mobilisation de ressources financières pour que des gens utilisent des arguments contre nous, parce que nous avons voulu nous battre pour un candidat qui a une éthique, qui a des valeurs. Il y a des choses qu’il n’aime pas. Donc, on ne veut pas prêter le flanc pour que les gens nous tapent là-dedans. Ça c’est l’expérience. J’ai même été reçu par certains cadres du FPI qui m’ont dit,’’ mais ton truc-là, comment on finance ça ?’’. Mais voyez-vous, nous ne sommes pas tombés dans leur jeu. Dans le cigle Communicateurs citoyens bénévoles pour le plébiscite de Laurent Gbagbo, il y a le mot « bénévole » là dedans, et il ne faut pas que par nos actions, on soit trahi par notre propre appellation. Mais si quelqu’un nous appelle et qu’il dit que notre entreprise lui plait et qu’il veut participer, nous l’accueillons. Pour le moment, voilà ce que nous avons fait jusque-là. En septembre prochain nous célébrons l’an 1 de notre structure et je suis convaincu que le Président de la République avec qui nous n’avons jamais déjeuné est heureux de notre initiative. Il me l’a démontré à deux reprises, quand nous nous sommes rencontrés en certaines circonstances. Donc ça nous donne assez de courage de poursuivre l’œuvre. Mais ce qui est formidable, c’est que lorsqu’on reçoit un invité, on ne lui tend pas une facture. C’est souvent à la fin qu’on nous fait des gestes. Par ailleurs, on a aussi reçu des invités, qui après leur mot de fin, nous on dit au revoir.

Votre action est-elle comparable à celle d’un médecin après la mort ?

Je vais faire la part des choses. La coordination, c’est une entreprise vraiment personnelle et je la gère avec des amis. Je n’ai pas été mis en mission, je ne suis pas à la solde de quelqu’un. Et tout ce qui se passe au niveau de la coordination, je l’assume en tant que premier responsable. Maintenant si nous nous retrouvons dans le cadre professionnel, ce pour quoi je suis payé, je pense qu’on a reproché au FPI de n’avoir pas assez communiqué ou ne pas assez communiquer. C’est peut être vrai. Mais je pense que c’est une tare qui appartient aux partis de la gauche. On dit généralement que les partis de gauche réfléchissent beaucoup. Et puis ceux de droite prennent leurs idées pour gouverner, mais les partis de gauche n’arrivent pas à gérer le pouvoir durablement. Donc le FPI se retrouve un peu dans cette tare, parce que c’est un parti de la gauche. On a vu le cas en France. On reproche à la gauche de ne pas gérer durablement. Bien qu’ils aient de bonnes idées, ils peinent pour la mettre en pratique. Après Mitterrand, la gauche peine. La deuxième raison, ce n’est pas un réveil tardif. Moi je me rappelle qu’en tant que responsable de la communication de la primature, on avait lancé « les rendez-vous de la refondation ». C’était une émission qui devait permettre de faire la promotion du programme de gouvernement de la refondation. C’est moi qui avais lancé cette idée, que j’ai fait partager au Premier ministre Affi qui l’avait validée. On a eu même six émissions et puis il y a eu la crise. Quand il y a eu la crise, on a proposé ‘’cœur et patrie’’, qui était une émission où on devait faire les bilans des dons de soutien. Donc nous prenons les initiatives. Mais là ou il y a un problème, c’est que la communication coûte chère. Et j’ai le sentiment que nos hommes politiques pensent que communiquer, c’est appeler les journalistes pour dire qu’il y a un point de presse ou il y a une conférence de presse. Souvent même pour leur donner quelque chose, ils se disent que c’est leur travail. Pourtant quand ils sont en présence de petits européens, ils sont prêts à dépenser des milliards de FCFA pour des opérations de communication. Moi sincèrement je suis opposé à cela et je pense qu’il y a de bons communicateurs au FPI. Mais il faut savoir accompagner avec de l’argent. Et c’est là le problème. Quand le chargé de communication ou le conseiller en communication a proposé deux fois ou trois fois une idée et qu’elle n’a pas été prise en compte, il se referme sur lui. Et puis on attend quand ça brûle, on cherche tout le monde. Mais, je pense que nous sommes en train d’amorcer une ère de la démocratie, et des gens ont commencé à comprendre que la politique, c’est la communication. Et je crois que la crise nous a démontré que ceux qui étaient en face, les rebelles, n’avaient rien d’extraordinaire, mais ils avaient déjà gagné sur le plan de la communication internationale avant de nous attaquer physiquement. Donc on tire les leçons de l’expérience de la gestion du pouvoir. Je suis venu avec un livre de Vincent Huguet « Les sorciers blancs », que je lis souvent, qui retracent un peu le comportement de nos chefs d’Etats africains vis-à-vis du petit Blanc, qui n’est pas plus intelligent que nous ; mais à qui on donne de faramineuses sommes ou des contrats, parce qu’ils sont simplement Blancs. On l’a vu au Sénégal avec l’autre qui a lamentablement échoué, parce qu’il ne maitrisait pas l’environnement de la campagne. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Donc on fait plus confiance aux journalistes étrangers, qu’à nos propres journalistes qui maitrisent eux, l’environnement. On est prêt à payer des billets d’avions à des journalistes étrangers pour venir ici, mais on n’est pas prêt à louer une voiture pour que les journalistes Ivoiriens partent couvrir un événement à l’intérieur. C’est leur travail. Et de plus en plus, nous qui sommes de la communication, devrions leur montrer que la politique c’est d’abord la communication. Nous aussi par notre sérieux et notre crédibilité, nous devrions pouvoir amener les hommes politiques à compter avec nous. C’est en cela que le journaliste doit être sérieux. Il doit être crédible dans tout ce qu’il fait. Parce que c’est ahurissant de voir que quand un journaliste étranger appelle, on peut lui accorder une interview directement au téléphone, mais quand un journaliste ivoirien sollicite une interview, il faut le renvoyer au calandre grecque jusqu’à ce que ça passe. Or moi, j’ai la conviction chers frères, chers amis, que les journalistes Blancs ne sont pas plus intelligents que nous. Moi quand j’ai commencé cette affaire de communicateurs bénévoles, il y a deux personnes qui sont venues de l’Europe pour me rencontrer. Parce qu’ils pensaient qu’entant que responsable des communicateurs bénévoles, j’avais l’entrée directe au palais vers le Président de la République. Je leur ai dit : « non, je n’ai jamais déjeuné avec le Président de la République. Donc si vous voulez, je vous mets en contact avec certaines personnes ». Ils ont un carnet d’adresse, et ils ont l’expérience ainsi que les moyens, c’est tout. Mais le carnet d’adresse comment on l’acquiert ? Ce n’est pas en restant assis dans son bureau ou en étant assis à la maison ! Je vois très mal un homme politique payer un billet d’avion à un journaliste ivoirien pour voyager avec lui. Une fois qu’il sera dans le pays en Occident, il va dépenser plus de 4000 Euros pour un petit Blanc ou petite Blanche pour couvrir ses activités et on ne verra rien ici (Ndlr en Côte d’Ivoire). C’est pourquoi je ne suis pas d’accord. Donc, on partage toujours la même peine, surtout nous qui sommes les responsables de communication.

Respect de la date du 31 octobre 2010

Je ne suis pas un politicien, mais je suis un communicateur et j’observe. Il y a eu des dates qui ont été fixées et elles n’ont pas été respectées, parce que le volume du travail qui restait à faire n’avait pas été bien apprécié. Je me souviens que mon super candidat avait dit qu’il ne suffit pas de lui faire signer un décret et ne pas faire respecter la date. J’observe que cette fois-ci, il n’a pas fait ce commentaire. La date est sortie comme une fumée, sans problème. Ça suppose que tirant les leçons du passé, il y a eu une bonne appréciation des charges qu’il reste à réaliser. En tant que communicateur, je suis soucieux de l’image de mon candidat, il ne faut pas encore que par la faute des autres, les propos présidentiels soient pris à défaut. Je pense que la parole du Président est sacrée. Mais, comme il ne lui incombe pas le reste du travail qu’il y a à faire, ce n’est pas lui qui doit le faire. J’estime que les élections peuvent se tenir à la date du 31 Octobre 2010, parce qu’aujourd’hui, nous sommes plus proches des élections qu’il y a quelques temps. Mais en même temps, je dis que la Côte d’Ivoire n’a pas de problème d’élection. La Côte d’Ivoire a un problème, parce que depuis huit (8) ans, il y a un coup d’Etat qui a échoué et qui s’est transformé en une rébellion. Il y a problème parce que les héritiers de la politique d’Houphouët-Boigny, ont estimé que Laurent Gbagbo n’était pas digne d’être Président de la République et qu’il fallait le bouter hors de ce fauteuil présidentiel. C’est pour cela qu’ils ont fait le coup d’Etat. S’ils étaient sûrs de lui accorder une déroute électorale dans les urnes, ils auraient attendu 2005 pour le battre. S’ils ont changé de moyen c’est parce qu’ils savent qu’électoralement ils ne pensent pas le battre, parce qu’il n’existe pas un désamour entre le Président et le peuple. Moi, je les regarde s’agiter et en même temps, je me demande si après avoir fixé cette date, ils ne chercheront pas une autre occasion pour ne pas qu’elle soit respectée, pour le mettre toujours sur le compte du Président de la République. C’est la réflexion que j’en fais, parce que je suis convaincu qu’ils seront laminés dans les urnes. Mais, je ne suis pas sûr qu’ils iront comme un mouton sur l’autel du sacrifice, parce que je sais que Gbagbo va battre Ouattara dans les urnes. Politiquement ce sera suicidaire pour lui. Je sais que Bédié ne pourra pas gagner les élections. Entre les deux qui va manœuvrer pour ne pas que cette date soit respectée ? Ça, c’est une analyse politique. De l’autre côté il y a l’aspect sécuritaire. J’ai lu une interview de Gueu Michel, qui disait que personne ne sera laissé sur le bord de la route. Tout ça pour vous dire que l’aspect sécuritaire n’a pas été maîtrisé. Le CCI n’est pas totalement opérationnel. C’est pourquoi, je dis que la Côte d’Ivoire n’a pas de problème d’élections. Mais, la Côte d’Ivoire a un problème de normalisation. La normalisation de la vie politique passe par la normalisation de l’environnement, qui repose sur les questions sécuritaires. Je suis confiant. Je vois tous les acteurs sur le terrain, beaucoup promettent des milliards virtuels, beaucoup attaquent le Président de la République. Je pense que la campagne électorale est ouverte et que chacun fera jouer l’intérêt du pays pour que les élections puissent se tenir et pour que les Ivoiriens puissent choisir librement, sans contrainte ni menace. Il y a des villages où nous sommes passés, nous avons été précédés par des rebelles pour demander aux gens de ne pas sortir pour suivre le meeting. Les populations se sont rebellées. Et de plus en plus, les populations se rebellent. Mais, est-ce qu’on pourra désinfecter tout le territoire national des gens en armes avant que les élections se tiennent ? Est-ce si certaines personnes restent en armes, cela ne va pas jouer sur la sincérité et l’équité des élections ? Ce sont mes inquiétudes. J’émets des analyses et je vois que vous partagez les miennes. Le contexte est celui de la sortie de crise après une guerre. Le Président Gbagbo l’a dit, on ne peut pas tout faire. Même Francis Wodié, le grand juriste a dit qu’on ne peut pas avoir toutes les conditions. On a les conditions minimales. Tout le monde dit que c’est à partir des élections que nous allons sortir de la crise. Il faut bien qu’on aille aux élections. Si nous avons une liste électorale propre, on ira forcément aux élections. Mais, il ne faut pas qu’on aille aux élections dans les conditions où l’environnement sécuritaire n’est pas clair. Puisqu’aujourd’hui, on a mué le terme ‘’désarmement’’ en sécurisation. Mais, j’estime que les choses entreront dans l’ordre. Les Forces nouvelles ont réfléchi sur leur propre sortie de crise. Le général Bakayoko avait dit qu’ils ont besoin de 5,5 milliards de FCFA pour l’encasernement. C’est pour dire que des problèmes existent. Arrêtons de faire la politique de l’autruche en faisant croire qu’on ne voit pas le problème, alors qu’il existe. Mais moi, je suis optimiste, car on trouvera une solution pour aller aux élections, parce que tout le monde veut qu’on aille aux élections.

L’existence de la Coordination après les élections

La coordination des communicateurs ne mourra pas après les élections. Je pense que nous avons joué un rôle de pionnier, parce qu’il ne s’agira pas pour nous de nous battre pour la réélection du Président de la République et puis aller nous asseoir pour croiser ensuite nos bras et le regarder gérer. Je pense qu’on va réfléchir avec nos amis. Après l’avoir aidé à être réélu, on peut l’aider à avoir une vraie majorité à l’Assemblée nationale. Puis après cela, nous allons nous muer en gendarme pour voir si les députés font le travail pour lequel nous les avons élus, en donnant la possibilité à certains ministres de venir parler de la société.

La situation de la FESCI

Il y a le MEECI, l’AEEMCI, la JEC, la FESCI et l’AEPCI (Association des étudiants protestants de Côte d’Ivoire). J’ai été président national de l’AEPCI. Je connais bien les réalités du domaine de la jeunesse. Nous avons été les premiers sacrifiés de la politique hasardeuse en matière de la décentralisation universitaire. Le problème, c’est qu’on ne va pas faire la généalogie de la FESCI, du MEECI, etc. Aujourd’hui, les Mabri Toikeusse, Djédjé Madi sont des fruits du MEECI. Quand vous voyez Blé Goudé, Soro Guillaume et tous les gens qui sont autour d’eux, c’est la FESCI. Je lisais tantôt une interview d’Ahipeaud Martial, qui disait que l’instauration de la machette à l’école est la conséquence de la guéguerre entre le RDR et le FPI. Il y a eu une époque, quand les policiers ont commencé à nous menacer, quand la CRS arrivait sur le campus, on fuyait. Mais, il est arrivé un moment où quand la CRS arrivait, les étudiants prenaient des cailloux qu’ils cassaient pour leur lancer. C’est pour dire que la société se désagrège. Les gens n’ont plus peur. Le constat, c’est qu’il y a une faillite de l’éducation de la jeunesse ivoirienne. La vie est devenue trop dure. Dans une interview, feu Madame Grah Claire qui disait que c’est la pauvreté qui fait que les jeunes filles regardent là où elles ne doivent pas. Et vous savez que le seuil de pauvreté a beaucoup augmenté en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, la capacité d’accueil de l’Université a augmenté. Il y a beaucoup de gens dont les parents ont perdu leurs emplois. C’est un mal de notre société. « L’oisiveté est mère de tous les vices », dit-on. Il y en a parmi ceux qui ont eu fièrement leur BAC qui ne savent pas s’ils sont en deuxième année ou en licence à cause des systèmes d’U.V (Unité de valeur). Tu peux ne pas avoir validé une UV, tu vas en deuxième année, il y a des gens qui sont en licence, mais ils ont des crédits en première année. Ils n’ont pas de diplômes. C’est la réalité du système scolaire. On a été tous victimes de cela. On a été tous étudiants et on sait à peu près comment les choses se passent. Mais je crois qu’il faut redonner confiance à la société. Et je crois que la jeunesse est à l’image de notre société. Parce qu’aujourd’hui, les hommes politiques ont pris beaucoup de nos jeunes en otage. Et les jeunes n’ont pas le sens de la démission ou de la responsabilité. Donc on papillonne, on est avec telle personne aujourd’hui, on l’encense. Demain on le détruit, en disant des choses sur lui. Quand à trente sept ans on est Premier ministre, c’est peut être une bonne chose, mais je crois qu’il y a un cheminement à suivre. Parce que si à trente sept ans tu es retraité après être devenu Premier ministre, je ne sais pas comment les choses vont avancer après. L’autre aspect dont je voudrais parler aussi, c’est que la crise a désorganisé un peu la société. Même au niveau de l’armée, il y a des gens qui auraient pu progresser en grade, mais ça fait huit ans qu’ils ont toujours le même grade et ils ont vu des gens qui n’ont pas connu le même parcours qu’eux grimper en grade. Ce monsieur, huit ans après, ne peut plus présenter le concours d’avancement. Les promotions au niveau des Forces nouvelles, constituent autant de problèmes à régler. C’est pourquoi je dis que si on ne sort pas de cette crise en essayant de régler toutes les petites frustrations que les uns et les autres ont connues, ce serait inutile. Je terminerai en donnant un exemple. Avant quand on voulait jouer au football on nous frappait. Mais aujourd’hui, on cherche tous à envoyer nos enfants dans les écoles de football. On s’est rendu compte en fait qu’on a une génération de footballeurs qui touchent le milliard, parce que c’est le cas aujourd’hui. Dans la vie, chacun doit faire son expérience et puis monter en grade. Il faut que l’économie reprenne, il faut redresser le pays. La volonté du Président de la République, c’est de nous faire entrer dans une ère démocratique, de libérer les énergies.

Les atteintes à la liberté de la presse

On m’a apprit à l’école de journalisme qu’on peut tout dire, mais tout consiste en la manière de le dire. Sur ce dossier, je suis sur le principe. Je pense, en tant que forgeur d’opinion, qu’il faut prendre ses responsabilités dans tout ce que nous faisons, parce que la plume du journaliste est aussi une arme. Quand le juge énonce un fait, il tient compte de l’environnement. Nous avons un rôle très important à jouer et en tant que journalistes, les gens doivent nous respecter dans la société où nous sommes. Le métier de journaliste d’investigation est un genre qui n’est pas très aisé. Souvent je dis à certains amis journalistes que quand ils écrivent, ils doivent penser à eux-mêmes. La machine politique est dangereuse. Quand elle décide de te broyer, elle le fait. C’est pourquoi je dis qu’il faut se faire respecter. Un journaliste se fait respecter par sa plume. Il y a des hommes politiques qui ne savent pas qui est Ben Ismaël par exemple, mais ils connaissent sa signature. La démocratie repose sur les journalistes. C’est la force de la presse qui fait les grands Etats démocratiques dont on parle. Lorsqu’on a reçu M. Guy Laberti, il y a un journaliste qui lui a dit que ‘’malheureusement que le coup d’Etat a échoué’’. Cela voudrait dire que dans son fond intérieur, il soutient le principe des coups d’Etats. Imaginez-vous quelle a été la réaction de quelqu’un comme M. Guy Labertit qui vient d’un pays de grande démocratie ?

Le refoulement de Pascal Affi N’Guessan de l’aéroport de Paris

Je me réjouis que l’affaire du passeport diplomatique du Premier ministre Affi ait été réglée. J’ai été moi-même ahuri de voir un confrère dire que « Affi a été refoulé, voici ce qui s’est passé ». Comment peut-on faire de la sorcellerie dans une rédaction ? En juin 2010, le Premier ministre Pascal Affi N’Guessan était à New York, parce qu’il est le vice-président de l’International socialiste. Il y a fait deux semaines, puis il est rentré au pays. Comme nous avons l’habitude de le faire au niveau de son cabinet avant qu’il ne voyage, tout a été fait dans la règle de l’art. Il a un passeport et un visa qui expirent en 2017. Normalement, il n’y avait pas de problèmes. Il est parti d’Abidjan avec le vol d’Air France du soir, il est arrivé à Paris très tôt le matin. Il a rempli toutes les formalités pour embarquer pour New York (USA) et après pour Houston (USA). Il est passé à tous les postes de contrôles. Et comme le temps qui restait pour embarquer était long, il a décidé d’aller au salon Vip. Il y était quand un agent est venu réclamer son passeport. Il lui a remis son passeport et il est parti. Et puis il est revenu plus tard. Quand l’agent est revenu, il a dit au Premier ministre que son visa a été annulé. Voici pour ce qui est des faits. Mais pourquoi son visa est-il annulé ? L’agent lui a dit que cela ne dépendait pas de lui. Et que le Premier ministre devait se rendre à l’ambassade des Etats-Unis en France pour plus amples informations. Le Premier ministre a essayé d’appeler Abidjan pour savoir s’il y avait un problème avec les Etats-Unis. On n’avait pas de problèmes. Le consul de l’ambassade des Etats-Unis a appelé très tôt le matin pour s’excuser. Nous sommes entrés en contact avec le Premier ministre pour le lui expliquer. Ainsi, il a saisi le conseiller spécial du Président de la République, chargé des Affaires diplomatiques et il a décidé de revenir en Côte d’Ivoire en attendant que les choses se clarifient, et permettre aux autres de continuer le voyage. Cela relève des questions diplomatiques, je ne peux pas en dire plus. Nous attendons par voie diplomatique qu’on nous dise ce qui s’est passé. Quarante-huit heures après, le ministère des Affaires étrangères a fait un communiqué. On sait qu’un Etat est libre de choisir qui vient sur son territoire ou qui ne vient pas sur son territoire, encore faut-il le signifier. Je pense qu’il faut éviter de se perdre en conjectures. C’est un incident diplomatique. Je vous donne un autre exemple. Quand on était allé en Inde, nous autres, avions déjà embarqué dans l’avion avant le Premier ministre. On attendait qu’il ait embarqué. Puis, on s’est rendu compte à un certain moment, que tout le monde était à bord et que le Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire n’était pas encore monté dans l’avion. Donc, nous avons informé l’hôtesse que le Premier ministre de la Côte d’Ivoire n’avait pas encore embarqué. Elle a dit que tous les passagers sont montés. Alors que lui, était dans la salle Vip et se rendait compte que l’heure avançait, mais personne ne venait le chercher. Les gens s’apprêtaient à fermer le cockpit. Nous avons dit ‘’non’’. On ne bouge pas tant que le Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire ne monte pas. On n’a pas dit qu’on ne part pas tant qu’Affi N’guessan n’est pas monté. ‘’Et là vous allez nous connaître ici’’. Ils sont allés le chercher rapidement dans une voiture. Effectivement, c’était une erreur de leur part. A notre arrivée et par respect pour la Côte d’Ivoire, on a exigé que les responsables de l’entreprise viennent présenter des excuses au Premier ministre. Ils sont venus le faire. C’est cela qu’on appelle un pays démocratique. On ne peut pas se réjouir de ce qu’une personnalité de ce pays ait des problèmes. Ça pouvait arriver à Bédié ou à Ouattara. Ça pouvait arriver à tout le monde. C’est notre manière de nous comporter qui fait qu’on prend au sérieux le pays. C’est un incident, les autorités de l’ambassade des Etats-Unis peuvent adresser un courrier pour s’excuser

Avec le partenariat de l’Intelligent d’Abidjan

Tue, 17 Aug 2010 02:06:00 +0200

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