novembre 29, 2022

Un discours qui nous remet debout

Le Premier ministre malien par intérim a pris la parole à la 77e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 24 septembre 2022. Son discours rappelle celui de Martin Luther King (“I have a dream”) devant le Lincoln Memorial de Washington, le 28 août 1963 ou celui du capitaine Thomas Sankara à Addis-Abeba (Éthiopie), le 29 juillet 1987, discours dans lequel le président burkinabè appelait l’Afrique à ne pas rembourser la dette parce que cette dette avait été contractée non par les Africains mais par ceux qui avaient colonisé et exploité pendant longtemps leur continent. Après la mort de Sankara, aucun dirigeant n’avait plus parlé de la sorte, c’est‐à-dire haut, clair et fort. Comme l’a bien dit Yayi Boni, l’ancien président béninois, c’est du jamais vu.

L’Afrique et le monde entier ont eu droit à un discours d’anthologie où tout le monde en prend pour son grade. D’abord, Antonio Guterrès accusé de prendre position sur l’affaire des 46 mercenaires ivoiriens qui ne relève pas des attributions du secrétaire général de l’Onu ; ensuite les autorités françaises qui “ont renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage humaniste des philosophes des lumières et se sont transformées en une junte au service de l’obscurantisme, une junte qui refuse une simple réunion où le Mali veut présenter les preuves démontrant que l’armée française a agressé le Mali et violé son espace aérien de manière répétitive” ; le Bissau-Guinéen Umaro Embalo qui ignore qu’il existe un principe non de mimétisme mais de subsidiarité entre la Cédéao et les Nations Unies; le donneur de leçons Dramane Ouattara comparé au chameau qui se moque de la bosse du dromadaire.

Quand le Dr Abdoulaye Maïga s’exprimait, j’avais le sentiment d’entendre aussi Modibo Keïta, Kwame Nkrumah, Sékou Touré, Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié, Patrice Lumumba, Victor Biaka Boda, Jerry Rawlings, Thomas Sankara, renversés ou assassinés, pour avoir voulu une Afrique libre et souveraine.

Enfin, si le discours d’Abdoulaye Maïga est historique, c’est parce qu’il nous donne des raisons d’espérer encore que tout n’est pas perdu pour l’Afrique et que ce continent peut renaître plus fort et plus beau.

Deux amis m’ont dit qu’ils tremblaient en écoutant le Premier ministre malien parce qu’ils craignaient qu’il ne prenne une balle dans la tête en pleine allocution. Moi, plutôt que d’avoir peur, j’ai jubilé, j’ai été heureux et fier d’entendre ce discours de rupture prononcé par Maïga, symbole d’une Afrique qui a décidé de répondre du tac au tac, qui refuse de se laisser piétiner par qui que ce soit, qui ne veut plus tendre l’autre joue quand elle est injustement giflée. 

Certains ont reproché à Abdoulaye Maïga d’avoir tenu des propos injurieux. Pour eux, un homme d’État ne parle pas comme ça. Ces gardiens des bonnes manières, où étaient-ils quand Jean-Yves Le Drian, Emmanuel Macron et Florence Parly parlaient mal des dirigeants maliens ? Protestèrent-ils quand Ouatarra, dans une conversation téléphonique avec Boubou Cissé, ancien Premier ministre malien, traitait d’idiots, de naïfs et d’ignorants Assimi Goïta et ses compagons ? Pour ma part, je n’ai vu aucune injure dans ce grand discours. J’ai plutôt retrouvé, à travers Maïga, “l’Afrique des fiers guerriers” de David Diop et j’ai vu la Négraille debout dont parlait Aimé Césaire dans “Cahier d’un retour au pays natal”.

Le Mali nous a remis debout. Il n’est plus question ni de se coucher ni de reculer. Les Africains, qui déplorent le fait que le colonel Maïga se soit exprimé crûment, sont en réalité des complexés et des peureux qui ont toujours courbé l’échine devant l’ancien colonisateur. Ils font valoir que la France est puissante et qu’elle ne manquera pas de laver l’affront. Ils devraient pourtant savoir que le pays de Macron a été humilié, occupé et vaincu par l’Allemagne hitlérienne et que, parmi les peuples qui volèrent à son secours, il y avait des Africains et des Soviétiques. Ne comprennent-ils pas que le vent est train de tourner et que le moment est venu de sortir de la peur ? Ne voient-ils pas les signes qui annoncent l’avènement d’un monde nouveau ?

Jean-Claude DJÉRÉKÉ

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