L’affluence au meeting de l’opposition le 09 Août dernier dans la commune de Yopougon semble être une des grosses satisfactions des organisateurs. Ils disent avoir dénombré entre « 50 000 et 100 000 » personnes, alors que la police parle de » 6 000 » personnes. Evidemment il fallait s’attendre à une guerre des chiffres.

On peut tout de suite remarquer que les organisateurs avancent une grandeur qui fluctue du simple au double. Cette marge de fluctuation joue sur la crédibilité des chiffres. Bien sûr les chiffres de la police semblent être exagérément bas, mais il faut savoir que pour celle-ci, « il faut faire la distinction entre les participants d’un meeting d’une part, et d’autre part les badauds et curieux que ce genre de manifestations sur la voie publique finit toujours par attirer ». Raison pour laquelle les chiffres de la police sont toujours en deçà de ceux des organisateurs dans les manifestations publiques.
Remarquons à cet effet que la commune de Yopougon est la plus peuplée d’Abidjan, et la manifestation s’est déroulée en son centre. À cela s’ajoute le fait qu’elle est un bastion de l’opposition, toute chose de nature à concourir à une affluence massive mais qu’on peut qualifier de « circonstancielle ». En effet aurait-on eu le même monde si le pouvoir avait laissé l’opposition marcher du carrefour Solibra (Treichville) à la place de la république (Plateau) ? Aurait-on eu ce même monde si le meeting s’était tenu au stade FHB ? Ou au stade d’Ebimpé ? Ce stade se situe dans un lieu relativement isolé, le centre-ville de la commune la plus proche, celle d’Anyama, étant à cinq ou six km de là, ce qui aurait limité la présence des badauds, des curieux, et tous ceux qui participent aux manifestations parce qu’elles se déroulent « près de chez eux ».
Le pouvoir a refusé de laisser l’opposition marcher et s’exprimer à la place de la République au Plateau le 02 Août dernier, peut-être à cause de la symbolique que cela représente, ou peut-être craignait-il des débordements en plein centre-ville. Pourtant tout laisse croire que la participation aurait certainement été moindre que celle du 09 Août dernier. Parce que le Plateau est vide les week-ends, et la commune de Treichville n’est pas un bastion de l’opposition. Il aurait fallu se déplacer pour rallier le lieu du meeting, ce qui aurait atténué la présence des badauds et des curieux. On n’aurait eu que la présence de militants réellement engagés.
» Nous sommes plus nombreux qu’eux » a déclaré le professeur Dano Djédjé, l’un des intervenants au meeting. Mathématiquement, la chose reste à établir. On se souvient que le congrès du parti au pouvoir au stade d’Ebimpé le 22 Juin dernier a aussi drainé du monde (plus de monde diront certains). Les organisateurs ont parlé de « plus de 100 000 participants », disant avoir mobilisé plus de monde que « lors de la finale de la CAN en Janvier 2024 ». Le stade de 60 000 places était en effet plein lors de l’événement, et il y a avait également du monde sur la pelouse et à l’extérieur. Tout ce monde a-t-il été transporté par cars comme le suggère l’opposition ? Cela semble peu probable.

L’opposition devrait peut être organiser un meeting dans cette même enceinte afin que qu’on puisse jauger des forces en présence de part et d’autre. Signalons qu’en 2020, au seuil de la présidentielle, à la surprise générale, toute l’opposition réunie n’avait pas rempli le stade FHB (46 000 places à l’époque). Certes le PPA-CI n’existait pas, et l’ex président n’avait pas encore effectué son retour au pays. Pour autant aujourd’hui qu’il est présent, l’opposition peut-elle remplir cette enceinte ? A elle de le prouver. En tout état de cause, si l’affluence du meeting du 09 Août dernier est indéniable, ce serait un peu trop court de prétendre que l’opposition détient la palme de la mobilisation.
Douglas Mountain
Le Cercle des Réflexions Libérales
