À Yopougon, une commune d’Abidjan, un homme attire des foules là où l’on s’attendrait à voir un pasteur en chaire. Dieudonné Aké, ancien pasteur chrétien et docteur en théologie, a rompu publiquement avec le christianisme. Il consacre désormais son énergie à l’éveil des consciences africaines.
Formé au cœur de la doctrine chrétienne, il a pris le temps d’en interroger les fondements. Ses recherches l’ont conduit à remettre en cause les dogmes des religions abrahamiques à la lumière, entre autres, de la condition historique et contemporaine des peuples noirs. En effet, il existe un décalage profond entre les promesses universelles de justice, d’égalité et de dignité humaine proclamées par ces religions et la réalité vécue par les Noirs à travers l’histoire. Les interprétations de certains dogmes ont servi à légitimer l’esclavage, la colonisation et la domination culturelle. Elles se sont progressivement intégrées à un récit historique écrit par les puissants, au détriment des traditions africaines. Cette construction a contribué à une aliénation identitaire. Remettre en cause ces croyances est une étape nécessaire vers la renaissance culturelle de l’Afrique.
Dieudonné Aké dénonce la falsification de l’histoire de l’humanité par les religions importées. Les enseignements bibliques sont relus, critiqués et confrontés aux réalités africaines. Le ton est frontal. Il dérange. Il rompt avec des siècles d’héritage religieux solidement ancré. L’homme développe un discours révolutionnaire et appelle à une renaissance culturelle et spirituelle de l’Afrique. Cette démarche lui vaut des critiques, mais aussi une audience croissante.
Les médias s’intéressent encore peu à ce type de figure. Pourtant, Dieudonné Aké porte une parole dissidente qui gagne du terrain, une parole qui défie les récits dominants, met en lumière des vérités longtemps tues et bouscule des certitudes profondément enracinées.
Axel Illary

