« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

5 MOIS APRES LA CHUTE DE GBAGBO, Le Fpi, une menace pour le régime Ouattara ; La sévère mise en garde d`un baron de l`ancien régime

Le Front populaire ivoirien (Fpi) ne décolère pas d’avoir été chassé du pouvoir suite au contentieux électoral qui a viré à la guerre. En exil ou de retour au pays, les dignitaires de l’ancien parti au pouvoir ruminent une secrète vengeance. C’est du moins ce que laisse penser la dernière sortie musclée de l’ex-ministre de la Défense sous Laurent Gbagbo, Michel Amani N’guessan dans son interview publiée par Soir Info d’hier, mardi 20 septembre : « Quelle que soit la nature du pouvoir, nous devons renouer avec la lutte pour renverser la situation (…) il nous faut sortir de l’imbroglio politique par la politique. Tous étant coupables, il faut amnistier tous les faits pendant la période de guerre et aller à une nouvelle fraternité nationale. La recherche de coupables suite à cette guerre éloignera les Ivoiriens les uns des autres, plus qu’elle ne les rassemblera (…) Faire porter le chapeau à un camp, c’est choisir de continuer la guerre en Côte d’Ivoire ». Par ces propos, Amani N’guessan dit haut ce que pense certainement le directoire du Fpi, dont il est un éminent membre. En se vidant à la faveur de cette interview, il montre clairement que l’ancien parti au pouvoir reste une menace constante pour le nouveau régime. Balayé au terme d’une guerre féroce, le parti de Laurent Gbagbo garde encore le couteau entre les dents. De leur exil ou retranchés dans ce qui leur reste de résidences au pays, ils n’apprécient guère le traitement que le régime Ouattara fait subir à leurs compagnons en résidence surveillée. Pas plus que les mandats d’arrêt récurrents et autre gel des avoirs qui frappent leurs camarades. Pour eux, il s’agit-là d’un acharnement sur l’ancien régime, d’où cette douleur mal contenue. Amani N’guessan traduit, de toute évidence, l’état d’esprit des exilés d’Accra, dont les desseins sont ainsi trahis par l’un des leurs. Les dignitaires de l’ancien régime pourraient donc se faire entendre s’ils ont le sentiment d’être mis à l’écart de la vie politique, d’être traqués. Et l’ancien ministre de la Défense le dit en des termes à peine voilés : « Un footballeur qui ne veut pas recevoir des tacles de ses adversaires doit arrêter de jouer au foot. Il en est de même en politique. Seulement, de toutes les équipes en compétition en Côte d’Ivoire, le Rdr développe un jeu extrêmement rugueux. Nous en prenons acte ». En effet, selon Amani N’guessan, Laurent Gbagbo n’a pas perdu le pouvoir de façon démocratique. Aujourd’hui, comme aux premières heures de la crise post-électorale, les dignitaires de l’ancien régime restent en effet convaincus que leur « champion » n’a pas été battu dans les urnes. « Aujourd’hui, la question de savoir qui a gagné les élections présidentielles en Côte d’Ivoire n’a pas été tranchée. Les armes ont fait le reste ; la démocratie a été dévoyée », soutient l’ex-ministre de la Défense. Et d’ajouter : « Perdre le pouvoir, c’est dans la logique de la vie politique. On prend le pouvoir, on le perd. Tout est une question de volonté du peuple. Mais là, je me rends compte que l’on n’a pas tenu compte de la voix du peuple. C’est plutôt la loi des armes qui s’est imposée ». Le Fpi semble ainsi loin d’avoir intégré la nouvelle donne : il ne s’est visiblement pas remis du brutal renversement de situation qui lui a coûté son pouvoir. En dépit du verdict rendu par le panel des chefs d’Etat de l’Union africaine au terme d’un long processus d’arbitrage du contentieux électoral, ce parti pense toujours qu’ « on n’a pas tenu compte de la voix du peuple ». Plusieurs mois après, le Fpi reste enfermé dans ses certitudes. Au risque de faire planer sur le nouveau régime voire sur le pays entier, une colère de revanchard.

Assane NIADA in L’Inter

Wed, 21 Sep 2011 08:56:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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