« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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À l’épreuve des rumeurs : Faut pas fâcher hein, qui aime bien châtie bien

Au-delà de l’indignation que peut susciter la réception par Claude Bartolone de Guillaume Soro, à cause de ce que représente ce dernier, une des questions que pose cette apparition publique et officielle, pour les partisans du président Gbagbo, est celle de la gestion de l’information et surtout des rumeurs.

Comment donc un homme censé être en fuite peut-il être reçu dans le pays qu’il aurait fui ? Quand on a annoncé la fuite d’un Soro qui se serait précipitamment mis à l’abri des foudres d’une justice française saisie d’une plainte de Michel Gbagbo par l’intermédiaire de ses avocats, et quand après un battage médiatique, on a vu le prétendu fugitif réapparaître, plastronnant dans les salons cossus de la république française, peut-on faire, comme si de rien n’était, l’économie d’une nécessaire introspection pour prévenir d’éventuelles tentations de céder aussi facilement à la précipitation et d’alimenter la rumeur ?

Or, après cette réapparition publique de Guillaume Soro, qu’avons-nous vu ? Une indignation, une grande indignation même, légitime certes, parce qu’il s’agit quand même d’un homme dont la place est devant un juge, pour reprendre l’expression d’un Théophile Kouamouo parlant de Ouattara dans son livre « J’accuse Ouattara », mais peut-on raisonnablement s’en tenir à cette indignation sans interroger la gestion de l’information ou des rumeurs de la presse qui soutient le combat du président Gbagbo?

Il n’y a pas si longtemps, nous dénoncions avec vigueur la propension au mensonge de celui qui a été installé à la tête de notre pays et qui avait, à la suite de la télévision ivoirienne et malgré les démentis du ministre Katinan Koné, continué à soutenir mordicus que celui-ci avait bel et bien été arrêté au Cameroun, au risque d’être ridicule.

Là, c’est vrai qu’on ne fait pas tout à fait la même chose, parce qu’on n’a pas continué à dire que Soro est en fuite pendant qu’il est reçu par Bartolone, mais tout de même. On s’est indigné et on a oublié que beaucoup de ceux qui ont lu cette information donnée à plusieurs reprises, et y ont cru, ont été finalement plus déçus de revoir un Soro goguenard que de la mise en branle de la justice qu’ils espèrent et attendent depuis longtemps.

La presse bleue joue un rôle capital dans la lutte pour le retour des libertés en Côte d’Ivoire, et même si on n’imagine pas que certains de ses lecteurs pourraient s’en détourner à cause de certaines informations données avec légèreté, elle doit quand même prendre du recul par rapport à certaines rumeurs.

Donc, c’était une bonne chose de dénoncer cette rencontre Bartolone-Soro mais après cela , il aurait fallu aussi s’interroger sur nous-mêmes. Nous espérons en tout cas qu’à l’avenir, les journalistes qui soutiennent la cause de la liberté feront preuve de circonspection devant certaines rumeurs.
Faut pas fâcher hein, qui aime bien châtie bien.

Alexis Gnagno

Tue, 24 Jul 2012 12:18:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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