Alassane Ouattara, qui vient d’achever une autre visite dans l’Ouest du pays, était, samedi, sur les antennes de Radio France internationale (Rfi). Il a une fois de plus affirmé qu’il n’y aura pas d’impunité à propos de la guerre que la Côte d’Ivoire a connue de 2002 à 2011. La même litanie avec laquelle il roule les Ivoiriens dans la farine.
«Le cas du général Robert Guéi n’est pas le seul cas d’assassinat. J’ai hérité de beaucoup de dossiers. Nous sommes avancés pour le général Guéi. Mais tous les autres dossiers seront traités. C’est fini l’impunité en Côte d’Ivoire». Ces propos ont été tenus, samedi dernier, par Alassane Dramane Ouattara sur les antennes de la radio française, Rfi.
Le discours sur l’impunité est le même verbiage avec laquelle Ouattara roule tout le monde dans la farine pour plaire à ses amis de la communauté internationale. En réalité, ce discours lui sert plutôt de prétexte pour traquer les partisans du président Laurent Gbagbo. En ce sens qu’il n’a jamais eu pour intention de faire juger ses partisans qui se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité. Les faits parlent d’eux-mêmes.
A propos du cas Robert Guéi. Ouattara insinue qu’il est très avancé dans les enquêtes. De quel Guéi parle-il ? Car, en ce qui concerne le général Robert Guéi, ancien chef d’Etat, Ouattara et ses hommes ont trouvé son «tueur» et la nouvelle abondamment diffusée par les journaux pro-Ouattara a parcouru le monde. Il s’agit, selon eux, du commandant Séka Séka, arrêté par les services d’Hamed Bakayoko et gardé au secret. Il est donc surprenant que Ouattara dise aujourd’hui que l’enquête sur l’assassinat de Robert Guéi est très avancée. Ce qui signifie que cette enquête n’est donc pas terminée. Sur la base de quoi a-t-on alors accusé le commandant Séka Séka ? Ceci montre que tout ce que dit Ouattara a propos de l’assassinat du général Guéi est du bidon. Cette enquête n’ira jamais à son terme si tant est qu’elle a une fois commencé. Car Ouattara n’ignore pas les rapports très conflictuels que ses hommes et lui-même avaient avec le général Robert Guéi. Tout le monde se souvient que ce sont les hommes proches d’Alassane Ouattara qui ont tenté par deux fois de tuer le chef de l’ex-junte militaire au pouvoir de décembre 1999 en octobre 2000. Ils se sont retirés au Burkina Faso d’où ils ont mis sur pied la rébellion qui a porté Ouattara au pouvoir. Déjà, à cette époque, ils accusaient le général Guéi de les avoir trahis en refusant de céder le fauteuil présidentiel à leur mentor pour qui ils avaient fait le coup d’Etat contre Bédié. Qui ne se souvient pas de l’affaire du cheval blanc?
Il faut, par ailleurs, rappeler que le général Robert Guéi n’est pas la seule personne à avoir été tuée dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. C’est-à-dire la nuit où les hommes de Ouattara, venus du Burkina Faso, ont attaqué la Côte d’Ivoire. La même nuit, l’ex-ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Emile Boga Doudou, les colonels Dagrou Loula et Digbeu Yodé ainsi que l’artiste-musicien Marcelin Yacé ont été également assassinés. Pourquoi Ouattara ne parle-t-il pas d’eux aussi ? Ne sont-ils pas aussi des Ivoiriens dont l’assassinat mérite des enquêtes ? Si Ouattara a choisi le cas de Robert Guéi, c’est parce qu’il veut attribuer son assassinat au président Gbagbo. C’est même ce qu’il tente vainement de faire depuis longtemps.
Le génocide wê dont ses hommes se sont rendus coupables à Duékoué où ceux-ci, en une journée, ont massacré plus de 800 Guéré et dont l’enquête est restée sans suite est un autre exemple de ce que l’impunité dont parle Ouattara à longueur de journée ne concerne pas ceux qui ont fait la guerre pour lui et qui ont tué en son nom.
Que dire alors de l’assassinat du ministre Désiré Tagro ? Ouattara, au cours de sa tout première conférence de presse en tant que chef de l’Etat, avait indiqué qu’il allait diligenter prestement une enquête pour punir les auteurs de son assassinat. Jusqu’à maintenant, il n’en a jamais plus parlé. Il en va de même de l’affaire du camp de Nahibly. L’enquête diligentée sur la pression des organisations des Droits de l’Homme est, elle aussi, restée sans suite. Même les résultats de l’autopsie des corps découverts dans des puits ne sont toujours pas rendus publics. Voilà autant de faits du reste non exhaustifs qui montrent que Ouattara ne peut pas lutter contre l’impunité.
Boga Sivori bogasivo@yahoo.fr
In Notre Voie