« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Abidjan : le nouvel eldorado gay d’Afrique ?

Etat des lieux

Comme dans plusieurs autres pays africains, la diabolisation de l’homosexualité a ouvert la voie à beaucoup d’injustice et de discrimination à l’endroit des gays, lesbiennes et transsexuels en Côte d’Ivoire.
Touré Claver, homosexuel et président d’Alternative Côte d’Ivoire, une ONG qui lutte contre l’homophobie et fait la promotion de la santé au sein des minorités sexuelles, se souvient encore qu’il y a quelques années, "un médecin avait refusé de soigner un homosexuel, très efféminé, sur la simple base de son orientation sexuelle".

Touré Claver et quelques membres de son association ont dû faire tapage dans le centre de santé pour obtenir du médecin qu’il s’occupe du patient homosexuel. "Les discriminations envers les homosexuels sont toujours présentes, mais en général on va vers une tolérance relative", affirme Claver.

L’état des lieux n’est peut-être pas reluisant pour la communauté homosexuelle et le tableau est peut-être mi-sombre, mais dans la région ouest-africaine la Côte d’Ivoire reste un terreau où prospère cette orientation sexuelle.

Eldorado

"Eldorado !" Voici le mot par lequel Claver décrit la Côte d’Ivoire, comparée aux autres pays de la sous-région où s’applique un rigorisme contre l’homosexualité. Les membres des communautés homosexuelles de la sous-région et même du monde entier voyagent vers la Côte d’Ivoire pour des rencontres, des échanges, des projets, bref pour s’épanouir. Et à Abidjan, le nombre des homosexuels, lui, va croissant.

Cadre juridique

A l’inverse de certains pays où la loi pénalise et criminalise l’homosexualité, "en Côte d’Ivoire, il y a un vide juridique sur la question. Cela en fait un cadre propice ; le pays le plus propice pour les rencontres régionales et internationales, concernant les conférences des gays et lesbiennes", affirme F. A., un homosexuel et juriste de l’association Alternative Côte d’Ivoire qui préfère conserver l’anonymat.

"Seul, le Code pénal, en son article 360, incrimine l’homosexualité, pas en tant que pratique mais en tant qu’atteinte aux bonnes mœurs ; seulement si elle est pratiquée en public. Alors tant qu’on le fait entre quatre murs, avec son mec, on n’est pas passible de sanction, et ça marche", soutien le juriste.

Association

Alternative Côte d’Ivoire a vu le jour, il y a peu de temps. "Nous avons été créés le 14 mars 2010 en Côte d’Ivoire et nous avons reçu le récépissé légal du ministère de l’Intérieur le 7 avril 2010 pour exercer en tant que structure légalement constituée. Nous exerçons depuis", affirme Claver, le président de ladite structure.

A son siège – une imposante bâtisse située à Cocody, le quartier chic d’Abidjan -, l’ONG organise régulièrement des formations pour ses membres et les conseille. Une permanence y est établie 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une ligne verte y a également été établie pour permettre la communication entre ses membres.

"Nous ouvrirons bientôt cette ligne au public pour recueillir leurs préoccupations et les informer de nos activités également", affirme G. A., chargé de communication de la structure et gardant, lui aussi, l’anonymat.

Alternatives Côte d’Ivoire a installé dix centres-relais à travers les dix districts de la ville d’Abidjan pour être plus proche de ses membres et signé des conventions avec une dizaine de centres de santé pour la prise en charge effective des patients homosexuels.

Avec l’ouverture de deux night-clubs exclusivement réservés l’un aux gays et l’autre aux lesbiennes, à Abidjan, l’ONG veut contribuer à l’épanouissement de ses membres, mais reste cependant attentive au VIH/SIDA qui menace le milieu. Là, elle est proactive !

Action contre le VIH/SIDA

A Alternative Côte d’Ivoire, c’est des pairs éducateurs qui sont commis à la sensibilisation sur le phénomène du VIH/SIDA. L.L. en fait partie. Homosexuel déclaré depuis sept ans, il s’est engagé à faire reculer cette maladie au sein de la communauté homosexuelle.

 »Gay Pride à l’ivoirienne »

Si Alternative Côte d’Ivoire rêve d’une gay pride en terre ivoirienne, elle n’y songe pas maintenant.
"On est quand même en Afrique, il faut tenir compte du contexte culturel. On n’arrivera pas à accomplir ici assez rapidement ce que des communautés homosexuelles ont réussi à réaliser après des siècles de lutte en Occident. Pour l’heure, on va molo molo, on va doucement. Ça va venir avec le temps !", affirme confiant Claver.

Premier volet d’un diptyque sur les droits des homosexuels en Afrique. Publication du second volet, sur l’Ouganda : 20 septembre 2011

Les droits des homosexuels en Afrique

Le Kenya est le premier pays en Afrique à avoir recensé le taux d’homosexuels sur son territoire, avec pour objectif la lutte contre le sida. Cependant les homosexuels hésitent à révéler leur orientation sexuelle car le code pénal kenyan est répressif : avoir des rapports homosexuels est passible d’une peine de 14 ans de prison. Le Kenya n’est pas le seul pays d’Afrique où les rapports homosexuels sont interdits, c’est aussi le cas dans 37 autres pays du continent comme en Mauritanie et en Somalie l’homosexualité est passible de la peine de mort, ou encore comme au Maroc où la loi peut infliger 3 ans de prison. Les Etats qui font bonne figure en Afrique sur les droits homosexuels sont l’Afrique du Sud, (dont la constitution reconnait les droits et le mariage homosexuel depuis 1994 pour les gays et lesbiennes), la Cote d’Ivoire, le Mozambique, le Rwanda, Madagascar, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Niger, le Mali, la Guinée Bissau, le Cape Vert, le Burkina Faso et le Bénin. Tous ces pays tolèrent que des personnes aient des rapports avec des personnes du même sexe. L’Afrique du Sud reste le pays le plus tolérant du continent sur cette question.
C’est la seule nation qui reconnait le mariage homosexuel, leur autorise l’adoption d’enfants, tolère l’accès au service militaire et permet aux homosexuels de changer de sexe à l’Etat civil.

rnw.nl

Wed, 26 Jun 2013 18:09:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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