De nouveaux doutes ont cependant été soulevés par le fait que le document produit n’est pas la reprographie d’un original, mais un «extrait délivré selon procédé informatisé». Si d’aucuns lui reprochent de ne pas être signé «par un des géniteurs au moins (père ou mère) ou un éventuel déclarant» ou encore de ne pas comporter «le nom et prénom du père, sa date de naissance et sa profession ainsi que sa signature», le document fourni par les archives de Nantes est cependant conforme à la demande de Daniel Mengara qui, le 10 juin dernier, écrivait : «L’extrait d’acte de naissance sans indication de filiation d’Alain Bongo ou Alain Bernard Bongo qui sera délivré par Nantes aura des informations suffisamment pertinentes pour nous permettre de répondre à toutes les questions que nous nous posons depuis, au moins, 2009». Et voilà : Nantes a livré un «extrait d’acte de naissance sans indication de filiation», tel que l’attendait Mengara.
Les observateurs incisifs pouvaient d’ailleurs s’attendre à la production de ce document. En mars dernier en effet, Me Éric Moutet, avocat d’Onaida Maisha Bongo Ondimba, qui avait saisi le procureur de la République de Nantes sur l’état civil du président de la République, avait laissé entendre que «le parquet [de Nantes] semble confirmer l’existence d’un acte, bien qu’il en refuse la communication en l’état». C’est sans aucun doute le document soupçonné par cet avocat qui vient d’être livré à Daniel Mengara et aux membres de la communauté gabonaise qui manifestaient devant le Service central de l’État civil de Nantes.
Initié par Luc Bengone Nsi durant le contentieux électoral de 2009, remis à l’ordre du jour et amplifié par le livre de Pierre Péan, «Nouvelles Affaires africaines – Mensonges et Pillage au Gabon», l’acte de naissance d’Ali Bongo aura fait couler beaucoup d’encre et de salive ces derniers temps. Au centre du débat politique depuis la sortie de l’ouvrage de Péan en octobre 2014, il laissait sous-entendre l’incapacité du chef de l’Etat à se porter candidat à sa propre succession lors de la présidentielle de 2016. Ainsi, après avoir longtemps fantasmé sur l’infécondité des archives de Nantes, qui ne pourront désormais plus se dédire sur le sujet, l’opposition gabonaise va devoir réviser sa rhétorique.
«Ils sont eux-mêmes allés à Nantes. Ils ont fait des pressions comme l’a dit le Pr Mengara. Ils ont eu gain de cause et ont reçu une réponse, contraire à ce qu’ils espéraient. Ce débat sur l’acte de naissance a même plombé l’ardeur au travail de l’administration de l’Emergence, allant jusqu’à créer le doute chez certains ministres. On espère qu’il est définitivement clos», estime un haut cadre de la Présidence de la République, joint au téléphone.
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Tue, 23 Jun 2015 03:46:00 +0200
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