Qu’est-ce qui a fait qu’à peine réélu, Jacques Chirac considère Laurent Gbagbo comme un ennemi personnel au point d’ériger son renversement en priorité de la diplomatie française ? Certains à Abidjan ont considéré que le «pouvoir des professeurs», qui a donné une fois, n’a pas été «généreux» sur la durée. D’autres ont estimé que le camp Chirac savait très bien que ses alliés naturels de la droite ivoirienne seraient non seulement plus généreux, mais permettraient une exploitation néocoloniale globale de la Côte d’Ivoire autrement plus rentable – c’est ce qu’il nous est désormais donné de voir avec Alassane Dramane Ouattara…
En réalité, les révélations de Robert Bourgi n’en sont pas, vues d’Abidjan. Toussaint Alain, conseiller en communication de Laurent Gbagbo pour l’Europe, avait déjà levé le lièvre. Dans l’édition du Figaro du 7 février 2003, il avait mis Villepin en garde, dans le «feu» de Linas-Marcoussis et de la conférence de Kléber. «Villepin devrait se méfier. Les dessous des relations franco-ivoiriennes, notamment à l’époque où il était secrétaire général de l’Elysée, ne sont pas toujours très reluisants. Nous sommes un peu étonnés qu’après toutes les largesses dont la Côte d’Ivoire a fait preuve à l’égard de l’Elysée, Monsieur de Villepin se comporte ainsi. Nous aussi, nous avons des dossiers», avait-il lâché. De son côté, Mamadou Koulibaly avait raconté, lors de rencontres politiques, le «harcèlement» auquel le clan Chirac avait soumis les autorités ivoiriennes de l’époque pour qu’elles paient leur obole françafricaine. Il vient de récidiver dans une déclaration à l’AFP. «J’ai dit au président que nous étions un pays pauvre et que nous n’avions pas d’argent à financer des élections d’hommes politiques des pays riches», se souvient-il, rappelant que Robert Bourgi avait évoqué les vertus de la «générosité».
Toutes ces «largesses forcées» n’ont pas été très rentables pour Gbagbo, en tout cas. Cinq mois après la présidentielle de 2002, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Omar Bongo le «Parrain» et Blaise Compaoré – qui envoyait ses sous à l’intérieur de djembés, puisque Villepin a des goûts «culturels» – parrainaient la rébellion qui devait balafrer la Côte d’Ivoire pendant neuf longues années.
Philippe Brou in Le Nouveau Courrier
Tue, 13 Sep 2011 12:11:00 +0200
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