Des éléments de la Brigade de Recherche de la gendarmerie nationale ont rendu visite, lundi dernier, aux prisonniers politiques du régime Ouattara déportées à Bouna (800 km d’Abidjan au Nord-Est du pays ). Contrairement aux rumeurs distillées à Abidjan, les gendarmes ne sont pas allés « inculper » les prisonniers. Ils étaient plutôt à Bouna pour s’informer sur les actes de mauvais traitement perpétrés par les forces pro-Ouattara sur les détenus. Après les gendarmes, les prisonniers de Bouna ont reçu la visite de leurs avocats…
Le séjour des enquêteurs de la gendarmerie à la prison civile de Bouna a été bref. Puisque les fins limiers ont regagné Abidjan, aussitôt les détenus entendus au sein même de la prison civile. Selon nos sources, la révélation faite, la semaine dernière par votre quotidien préféré, Notre Voie, sur les mauvais traitements infligés au président du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan, et à ses six autres codétenus, aurait surpris le régime Ouattara. Au plus haut niveau du pouvoir, on n’y aurait pas cru. Cependant, passé le temps du doute, le nouveau chef de l’Etat et son entourage, pressés par les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme, ont dépêché des gendarmes-enquêteurs à Bouna pour vérifier les faits de torture infligés par le chef de guerre de Bouna, le « Commandant » Morou Ouattara et ses hommes, aux prisonniers. Toujours selon nos sources, les gendarmes auraient obtenu plus de détails les séances de mauvais traitement subis par les prisonniers de Bouna.
La goute d’eau qui a débordé le vase s’est déroulé, on en sait un peu plus maintenant, le 4 mai 2011. La séance de mauvais traitement a été filmée par le « Commandant » Morou Ouattara, lui-même, assisté de ses éléments, et mis sur internet. Ces images de torture aux personnalités détenues dans les geôles d’Alassane Ouattara ont fait le tour du monde. Elles montrent le chef de guerre pro-Ouattara entouré d’un nombre impressionnant de ses éléments armés. Devant lui, les prisonniers debout, les pieds nus, essuient la colère de Morou Ouattara qui reproche à Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre du président Gbagbo, d’avoir « acheté des armes pour tuer les Ivoiriens » , d’avoir « recruté des mercenaires », etc. Puis, il leur ordonne de « pomper ». Le Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, le ministre Gnamien Yao, le Secrétaire général de l’Université de Cocody, Bollou Bi Toto, le fils aîné du président Gbagbo, Michel Gbagbo, le conseiller du président Gbagbo, Guy Roland Sinsin, le Conseiller économique et social, Diabaté Bê, et le caméraman de la RTI, Serge Boguhé, exécutent la punition pendant une longue période. Si bien qu’en fin de séance, quand le chef de guerre ordonne l’arrêt de la punition, Pascal Affi s’effondre face contre terre, visiblement éreinté. A ses côtés, ses autres compagnons de bagne, bien que plus jeunes, sont dans le même état. Déplorable.
Certains hagiographes fanatisés du nouveau chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, qui ignorent qu’un prisonnier a des droits se sont étonnés que Notre Voie ait dénoncé ce scandale. Ils ont appelé à la violence contre le journal, arguant que le fait pour Affi N’Guessan et ses codétenus d’être encore vivants constitue « un cadeau divin ». Apparemment, ils ne sont plus sur la même longueur d’onde que leur mentor, Alassane Ouattara, qui réalise peut-être, enfin, qu’en son nom et pour son arrivée au pouvoir, trop de crimes et de tortures sont perpétrés en Côte d’Ivoire depuis septembre 2002. Le nouveau chef de l’Etat a assurément décidé de tirer cette dernière affaire au clair, même si sa méthode jette le discrédit sur sa sincérité.
Jusqu’où peut-il vraiment aller ? Le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara a fait arrêter de nombreuses personnalités proches du président Gbagbo sans une seule enquête. Il a fait geler de nombreux avoirs bancaires dans l’entourage du président Gbagbo avant toute enquête. Pourquoi ordonne-t-il une enquête avant d’arrêter les chefs de guerre de Bouna sur des faits avérés, filmés par eux ? Vivement que cesse la justice à double vitesse.
César Etou in Notre Voie