« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Albert Bourgi à propos de la fermeture des universités en Côte d’Ivoire: « Il existe un lien consubstantiel entre la destruction de l’université et les considérations politiques »

Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est celle de l’existence même de l’université ivoirienne. C’est à dire qu’il y a aujourd’hui une sorte de destruction sélective de l’université ivoirienne qui regorge de considérations politiques. Il ne faut pas se leurrer. Si on s’en est pris aux universités d’Abidjan – parce qu’à Bouaké, il n’y avait plus personne de toutes façons – , c’est parce qu’on s’est dit qu’il y avait là un groupe d’étudiants qui pouvait constituer un front hostile au pouvoir en place. C’est vrai qu’il y a des reformes à apporter, c’est vrai qu’il faut se battre pour que l’université publique soit aujourd’hui prioritaire bien évidemment dans l’effort qui est engagé en matière d’enseignement supérieur, par rapport notamment aux institutions privées de l’enseignement supérieur, mais il n’ y a pas que ça. (…).La présence de nos amis ici nous permet d’amplifier le cri d’alarme des universitaires ivoiriens qui ne sont pas là. Nous avons tous des contacts avec les uns et les autres. Je veux dire qu’en arrivant dans cette université dans laquelle j’ai fait des études naguère, dans laquelle j’ai commencé à enseigner (…) je veux dire , on est aujourd’hui au coeur du problème qui consiste à corriger un fait inédit dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Jamais dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, il n y a eu de fermeture définitive, même pour une année, en dehors de quelques années blanches, c’est vrai, suite à des mouvements de protestation des étudiants, il y a eu sans aucun doute des retards dans l’organisation des examens mais jamais on n’ a assisté à ce qui se passe aujourd’hui. On est ici, on a peut-être plus de possibilités de relayer encore une fois les cris d’alarme, de relayer ce massacre à la tronçonneuse de l’université ivoirienne. C’est la réalité ! 75 000 étudiants dispersés dans la nature, c’est énorme ! Je crois que profitant de la présence des organisations syndicales très représentatives dans l’enseignement supérieur (en France ndlr) (…) et bien évidemment, s’il y a des amis qui ont des moyens, notamment par la communication, de relayer tout cela. Ça ne se sait pas. J’ai dit tout à l’heure que derrière cette décision de fermer les universités, il y a une volonté politique réelle. Il s’agit de créer un climat de soumission et de le faire de manière fracassante. C’est à dire en s’attaquant au fond à ce qui était considéré comme l’une des bastilles politiques de l’ancien président, Laurent Gbagbo. C’est tout simplement ça ! Qu’il y ait eu des dégâts , que la crise post-électorale ait entraîné un certain nombre de conséquences, quant à la continuité des enseignements Oui! Mais de là, à quasiment raser les bâtiments universitaires, il y a quand même un pas de plus qui a été franchi. Je parlais tout à l’heure d’un climat d’intimidation, d’un climat de soumission, c’est cela véritablement qui prévaut aujourd’hui.(…) Cela se passe dans toute la société ivoirienne. Aujourd’hui ce climat d’insécurité, ce climat de soumission, ce climat d’intimidation est partout en Côte d’Ivoire. Il est à Abidjan, dans le sud, dans l’ouest, il est moins dans le nord, pour des raisons diverses sur lesquelles je ne vais pas trop m’appesantir, mais en tout cas ce climat d’insécurité, ce climat de soumission, j’allais dire ce climat de peur, qui est volontairement instauré pour amener – j’ai envie de dire – à résipiscence, les quelques velléités d’opposition en Côte d’Ivoire, c’est une réalité ! Donc battons-nous pour faire savoir exactement ce qui se passe sur le plan universitaire, mais battons-nous pour faire savoir qu’il ne s’agit pas seulement de questions purement académiques. Il s’agit tout simplement de questions politiques et ce n’est que par ce biais sans doute que nous arriverons à faire réagir l’opinion publique française. (…)Les ivoiriens sont traumatisés, et cela facilite cette tâche de destruction.(…) Il faut mettre en évidence, le fait que l’université est en train de mourir, donc il faut la sauver, mettre en évidence le lien consubstantiel qui existe aujourd’hui entre cette destruction de l’université et bien évidemment les considérations politiques.

Transcription : Axel Illary

Sat, 17 Mar 2012 07:51:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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