« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Lu pour vous

Anniversaire de dix années de guerre fraternelle

Personne ne pourra plus conter l’horreur de la guerre aux ivoiriens. Ils savent désormais jusqu’où conduit la haine ethnique. Qui nous sauvera d’une autre guerre de cent ans ? Si seulement nous avions tous gardé jalousement notre démocratie naissante !

Le président Houphouët-Boigny nous répétait que « le vrai bonheur, on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu ». Depuis la nuit du 18 septembre 2002, nous sommes tous rentrés dans un tunnel obscur sans fin, un mauvais rêve qui n’en finit point. Des Ivoiriens tuer d’autres Ivoiriens, un ancien Chef d’Etat abattu comme un vulgaire bandit, le corps gisant à l’orée d’un bosquet, un ministre d’Etat déchiqueté avec des armes RPG-7, un artiste musicien, Marcellin Yacé, sacrifié dès l’aube de cette tragédie collective. Puis à Bouaké, ils ont aligné plus d’une centaine de gendarmes avec femmes et enfants, et ils les ont passés par les armes et jetés leurs corps dans des fosses communes. Ils ont bu du sang humain pour fortifier leur instinct sanguinaire et leurs nombreux gris-gris. Ils ont éventré des femmes enceintes, violé femmes et filles devant maris et pères. Ils ont brulé des villages nuitamment pendant que leurs occupants dormaient, pillé le café, le cacao, le diamant, l’or et la BCEAO. La rébellion ivoirienne nous créa des villes tristement célèbres, Duékoué, Petit-Duékoué, Guidrozon, Nahibly, etc., et le mal fut banalisé. Et dire qu’ils se sont fait accompagnés par des étrangers, des Burkinabés, des Français et d’autres Africains de la sous-région pour tuer leurs propres frères Ivoiriens.

La guerre est horrible ! A la fois pour celui qu’elle tue et pour celui qui y échappe. Malheur à quiconque se trouve au mauvais endroit lorsqu’elle éclate. Malheur à quiconque n’a aucun moyen de se sauver lorsqu’elle arrive. La guerre te coupe l’appétit de la vie, elle te détruit tes rêves. Or que vaut la vie sans rêve ? Après dix années de guerre fraternelle, les Ivoiriens réalisent chaque jour que ce qu’ils viennent de vivre n’est que le commencement du pire qui est devant eux.

Par Roger Gballou, Correspondance particulière in reveilafricain.com

Tue, 18 Sep 2012 19:33:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

2 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.