« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Apartheid : redéfinir la justice en Afrique du Sud

La semaine dernière, la Cour d’appel des États-Unis pour le deuxième circuit a rendu une fin de non-recevoir au procès intenté en Afrique du Sud contre des sociétés essentiellement américaines, pour leur soutien direct à des agences de sécurité sous le régime d’apartheid. La Cour a estimé que les sociétés américaines ne devraient plus être tenues responsables de violations des droits de l’homme qui n’ont pas eu lieu aux États-Unis.

Dans un communiqué, le Khulumani Support Group, un groupe qui représente les victimes de l’apartheid, déclare que "cette décision met en évidence les limites du droit international à tenir reponsables les sociétés multinationales complices de violations flagrantes des droits de l’homme". Et il y a du vrai dans cette affirmation.

Trouver des excuses à ces entreprises est malhonnête
Les 40 et quelques années d’apartheid en Afrique du Sud ont été marquées par des violations flagrantes des droits de l’homme, notamment des massacres, des tortures, des emprisonnements d’opposants au régime, et une discrimination raciale désastreuse dont nous ne nous sommes pas encore remis.

Tandis que chaque État est responsable de son propre système de justice, allant de la sécurité à la politique étrangère, en passant par les affaires intérieures, le bien-être économique de l’Afrique du Sud a été soutenue par ces multinationales. Trouver des excuses à ces entreprises comme si elles étaient des organismes apolitiques qui fonctionnent dans un univers parallèle est malhonnête.

Il n’y a pas eu de tribunal du genre de Nuremberg

Le propre refus de l’Afrique du Sud de poursuivre les crimes de l’apartheid a suscité des questions concernant le rôle du droit international. Par définition, le droit international est destiné à condamner les crimes internationaux et à imposer aux États l’obligation de poursuivre et de punir ces crimes. Ce ne serait pas une insulte au bon sens pour un crime comme l’apartheid d’être jugé en vertu du droit international.

Et pourtant, il ne l’a pas été. Il n’y a pas eu de tribunal du genre de Nuremberg. Et certes, la Commission de vérité et de réconciliation a certainement fait son travail — jeter les bases d’une nouvelle Afrique du Sud —, mais certains croient qu’en fin de compte, elle a manqué de rendre justice aux victimes de l’apartheid en Afrique du Sud.

La justice internationale, interférence dans les affaires d’un État souverain ?

Beaucoup de gens critiquent les échecs de la justice internationale en Afrique du Sud, mais d’autres pensent que des investigations plus approfondies des crimes du régime d’apartheid mettraient en danger la paix recouvrée de la nation.

En outre, l’ancien président Thabo Mbeki estime que la recherche de la justice de la part de la communauté internationale pour les victimes de l’apartheid ont sapé les propres efforts de l’Afrique du Sud visant à apporter réparation aux victimes de l’apartheid. Ses réserves confortent ceux qui redoutent qu’un système de justice internationale plus zélé augmentera l’interférence dans les affaires d’un État souverain.

Ce qui reste à examiner, c’est notre définition de la réconciliation et de la justice

Alors que l’Afrique du Sud se prépare à célébrer le 20ème anniversaire du démantèlement officiel du régime d’apartheid en 2014, le sens de la réconciliation que l’Afrique du Sud a réalisée est erroné. Ce qui reste à examiner, c’est notre définition de la réconciliation et de la justice, ainsi que notre perception de ce que la justice est censée accomplir.

Une justice internationale qui est juste, équitable et accessible à tous semble malheureusement assez lointaine. Et le maintien d’une paix sans justice en Afrique du Sud continuera de mettre la Nation arc-en-ciel à l’épreuve.

Par Khadija Patel, La Haye
In rnw.nl

Khadija Patel est une journaliste et blogueuse basée en Afrique du Sud. Invitée par le ministère néerlandais des Affaires étrangères et Radio Netherlands Worldwide, elle s’est rendue aux Pays-Bas à l’occasion du centenaire du Palais de la Paix à La Haye.

Cette analyse a d’abord été publiée sur The Daily Maverick. Elle a été éditée pour sa publication en français.

Le département Afrique de RNW met en avant des blogueurs dynamiques qui ont envie de s’exprimer sur des sujets particuliers ou qui ont simplement des histoires engageantes à raconter. Leurs opinions ne reflètent évidemment pas celles de RNW en tant qu’institution.

Fri, 27 Sep 2013 12:21:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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