« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Après 10 ans de rébellion armée: C’est Ouattara qui doit demander pardon

Depuis Korhogo où il était dans le cadre d’une visite d’Etat, Alassane Dramane Ouattara a clos son parcours dans le district des Savanes par un appel dans lequel il demande aux dirigeants du Front populaire ivoirien (Fpi) de demander pardon aux victimes de la dernière crise postélectorale.
«Aucun fils de Côte d’Ivoire ne doit être exclu de ce vaste mouvement de réconciliation. C’est pourquoi, depuis Korhogo, la capitale du district des Savanes, au milieu de mes parents, je voudrais, une fois de plus, lancer un appel et inviter nos frères du Fpi à entrer dans le processus de paix. Oui, je leur demande de prendre le train de la paix. Oui, le train de la paix a pris de la vitesse, c’est un train qui va à vive allure et je souhaite que tout le monde soit à bord. Nous ne voulons plus d’exclusion en Côte d’Ivoire. Oui, il faut que le Fpi, parti courageux avec le multipartisme, qui a eu la force de contester le parti unique, ait la force – je parle bien sûr de ses dirigeants – de demander pardon aux victimes, aux parents des victimes. Ceci est indispensable. Et vous savez, cela permettra aux victimes de faire leur deuil de la crise postélectorale…». C’est ce message que l’actuel chef d’Etat ivoirien a adressé aux dirigeants du Front populaire ivoirien (Fpi) à la fin de son séjour dans le district des Savanes, dans la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire. Mais s’il y a des gens qui doivent demander pardon aux Ivoiriens, ce ne sont certainement pas les dirigeants du Front populaire ivoirien (Fpi) à qui Alassane Dramane Ouattara lance cet appel à la réconciliation nationale. Ils étaient les gardiens du temple qui veillaient jalousement sur les institutions de la République de Côte d’Ivoire lorsqu’ils ont été attaqués avec le reste des Ivoiriens par une rébellion armée soutenue par la France, l’Organisation des Nations unies (Onu) et l’administration Obama. L’objectif était justement de porter Alassane Dramane Ouattara au pouvoir par tous les moyens, malgré le verdict des urnes qui donnait son adversaire vainqueur du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010. Proclamé comme tel par le Conseil constitutionnel, juge des élections, Laurent Gbagbo n’avait pas intérêt à faire la guerre à Alassane Dramane Ouattara. Ce dernier était déjà déclaré vaincu. Cela n’aurait aucun sens. C’est celui qui n’a pas gagné les élections qui crée les troubles, disait récemment le président Gbagbo devant les juges de la Cour pénale internationale (Cpi). Ce n’est donc pas de ce côté-là que M. Ouattara doit chercher ceux qui doivent demander pardon aux Ivoiriens. C’est à ses propres hommes qu’il aurait dû adresser ces paroles teintées d’ironie. Alassane Dramane Ouattara a feint d’ignorer que des hommes ont pris des armes pour l’aider à accéder au pouvoir d’Etat. Et que les attaques de la rébellion armée n’ont pas été sans dommages pour toute la Côte d’Ivoire et sa population. A tous les niveaux, la société ivoirienne a été atteinte dans sa chair. Le camp Ouattara n’a jamais démenti les propos de l’ex-chef rebelle Koné Zakaria, alors com zone de Séguéla, qui attribuaient la paternité de la rébellion armée à Alassane Dramane Ouattara. Il disait que c’était encore lui qui avait assuré gîte et couvert aux rebelles pendant toute la durée de leur formation au Burkina Faso. Koné Zakaria avait notamment affirmé que s’ils ont pris les armes, c’est pour Alassane Ouattara. Celui qui doit donc demander pardon aux Ivoiriens est celui pour qui a été levée une rébellion armée pour frapper la République dans le cœur. Celui qui doit demander pardon est celui pour qui des bandes armées ont tué çà et là à travers tout le sud de la Côte d’Ivoire et rayé de la carte des villages entiers dans l’ouest du pays sous le fallacieux prétexte que leurs populations sont des partisans de Laurent Gbagbo. Ce ne sont donc pas les dirigeants du Fpi ni le président Laurent Gbagbo qui ont monté une armée tribale composée de soldats déserteurs, ressortissants du nord pour la plupart, et de chasseurs traditionnels de la confrérie dozo venus également du nord. C’est encore au nom de M. Ouattara que des armées étrangères ont largué des bombes sur la résidence du président d’un pays souverain; que des centaines de Wê ont été assassiné en 24 heures. Le plus grand massacre de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Entre, donc, celui qui a pris les armes et celui qui en a été la victime, qui doit demander pardon ?

Robert Krassault
In Notre Voie
ciurbaine@yahoo.f

Thu, 11 Jul 2013 23:55:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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