« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Après les affrontements de Sikensi : Les jeunes toujours sur le pied de guerre /Le chef Adja Paul Emile catégorique: « Nous ne voulons plus des Frci à Sikensi »

Alors que nous embarquons à 14h40 en direction d’Abidjan, nous sommes stoppés au niveau du quartier Sikensi A par des jeunes manifestants surexcités. La raison, un jeune habitant Abidji du nom de Bogo Béhiri aurait été agressé à l’arme blanche, au niveau du maquis Sikensi Gasoil (le maquis d’où la crise est partie le samedi 24 décembre) par un jeune malinké. Grièvement blessé à l’abdomen et aux fesses, il serait conduit dans un centre de santé privé de la place. Cette situation a créé une peur panique dans la ville surtout que des femmes couraient dans tous les sens. « Ce n’est pas fini ! Nous sommes prêts à toutes sortes d’attaques. Nous allons nous mesurer ! » proféraient ces jeunes manifestants. Mais déjà le matin à 9h, une situation créée par un certain Fofana au marché central de la ville a suscité des frayeurs. A la tête d’un groupe de manifestants malinké, Fofana aurait pris des vendeuses du marché à partie. Mais il est vite maîtrisé par des forces de la gendarmerie fortement déployées dans la ville. Au quartier Dioulabougou, dit-on, les jeunes ne finissent pas de ruminer leur colère. D’ailleurs l’un des responsables des jeunes, M. Koffy que nous avons rencontré chez le chef de génération conseille aux jeunes Abidji de ne point s’aventurer dans ce quartier. C’est donc la veillée d’armes dans les différents quartiers protagonistes sous le regard vigilants des forces militaires ivoiriennes et onusiennes. La tension était toujours vive jusqu’à 18h, selon notre informateur, M. Koffy.

Norbert Nkaka in Soir Info (Envoyé spécial à Sikensi)

Réactions : Le chef Adja Paul Emile catégorique: « Nous ne voulons plus des Frci à Sikensi »

Nous avons rencontré, le mercredi 28 décembre 2011, le chef de la communauté Abidji au quartier Sikensi A, lieu où les affrontements ont eu lieu. Adja Paul Emile Leschamps de Brouville est catégorique.
« Ce qui est arrivé surprend tout le monde. Au départ, nous avons accueilli les éléments Frci comme nos frères. Mais depuis un moment, ils se sont transformés en véritables bourreaux pour les populations surtout les jeunes abidji qu’ils bastonnent chaque jour. Certains sont blessés et humiliés devant leurs parents et parfois devant leurs femmes. Comment pour une affaire de femme, nous pouvons enregistrer autant de morts. Nous sommes fatigués. Mais ce que nous regrettons le plus, ce sont nos frères allogènes et allochtones malinké qui détournent le sens de notre colère contre les Frci en s’interposant. C’est pour toutes ces raisons que nous avons estimé que les Frci doivent disparaitre de la ville. Nous ne voulons plus les voir. Nous avons été suffisamment clairs avec le préfet Yéo Omar à qui nous avons formulé que les Frci ne sont plus les bienvenues dans notre cité. Je conseille à mes frères allogènes et autres allochtones de faire en sorte à préserver le climat de paix et de fraternité qui nous lie depuis plus de quarante ans. Je rends un hommage appuyé au gouvernement et aux forces onusiennes qui ont déployé de grands moyens pour éteindre le feu. »

•Kamagaté Gbè dit Tchègbè : « C’est une situation très regrettable »

Nous avons rendu également visite à Kamagaté Gbè dans son quartier à Dioulabougou. Ce porte- parole de la communauté malinké qui rentrait d’un enterrement à Binao, nous a donné rendez-vous au marché. Il donne son point de vue.
« C’est moi qui ai fait évacuer les morts de ces affrontements sanglants à la morgue de Ndouci. Depuis trois jours, je ne parviens pas à fermer l’œil. C’est une situation très regrettable. Ce sont les éléments des Frci qui sont à la base de cette tragédie. Pendant la guerre, les habitants de Sikensi vivaient en paix ici. Mais ce qui s’est passé indique bien que des populations en avaient un peu gros sur le cœur. Je demande à nos frères malinké et même aux frères abidji de calmer leurs ardeurs. On doit éviter de réveiller les démons de la guerre. Nous devons préserver l’esprit de paix, de dialogue et surtout de tolérance. Je demande aux jeunes de se ressaisir en cette période assez sensible. Ils doivent se mettre au travail pour assurer l’avenir au lieu de se comporter comme des voyous. Leur inconscience a provoqué des morts inutiles. C’est une situation très regrettable que nous allons tout mettre en œuvre pour régler pour le bonheur des communautés vivant à Sikensi. »

Propos recueillis par NNk

Thu, 29 Dec 2011 09:21:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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