Les portes de la prison se referment à peine sur Justin Koua que, déjà, Nestor Dahi est à l’œuvre. Dans le même registre que son prédécesseur, Justin Koua, Nestor Dahi mobilise au titre de la structure spécialisée dont il a désormais la charge. Il multiplie tournées de sensibilisation et d’information. Le voilà déjà dans le sud de la Côte d’Ivoire. Le voilà aussi annoncé dans plusieurs autres régions. D’ailleurs, le jour même de sa prise de fonction, soit quelques heures seulement après l’arrestation lâche du national Koua, Nestor Dahi a honoré un rendez-vous à Yopougon. Le nouveau patron de la Jeunesse du Front populaire ivoirien (Jfpi) se donne à fond. Car il a compris le message de Franck Fanon qui dit que «chaque génération doit découvrir sa mission, puis la trahir ou l’accomplir». Il a compris, comme son modèle Laurent Gbagbo que la sauvegarde de la Nation ivoirienne passe par la lutte de la jeunesse. Il a compris que, pour transformer la Côte d’Ivoire et donner la chance au pays d’accéder à la démocratie, le Fpi compte sur les jeunes et les femmes de Côte d’ivoire. Il faut donc se mobiliser, lutter pour le pays.
Donc la prison ? Ce n’est pas qu’il n’en a cure. Mais il se dit, comme tous les militants engagés, que chaque fois qu’un démocrate sera arbitrairement arrêté, il y aura un autre pour reprendre la lutte là où l’autre l’a laissée. La violence du pouvoir en place est un état de fait devenu une sorte «d’état de siège». Les Ivoiriens sont fatalement dedans. Mais c’est là aussi que le jeu de la responsabilité prend tout son sens. Le pouvoir a contraint Konaté Navigué à l’exil. Justin Koua a pris la relève. Le 7 juin dernier, lui aussi a été visité par le pouvoir totalitaire. Il est en prison, mais Nestor Dahi est là. L’histoire qui est «science et mémoire» retiendra ces faits. Tant que la Côte d’Ivoire n’aura pas pris le pari de la démocratie, il y aura encore et encore des Navigué, des Koua, des Dahi… comme il y aura des Affi N’Guessan, des Simone Gbagbo, des Sangaré…
Si le pouvoir a des leçons à tirer, il devra le faire maintenant. Comprendre que chaque fois qu’il va offrir la prison aux patriotes, il y aura d’autres patriotes pour se dresser pour la Côte d’Ivoire. Avec plus de 80 000 Ivoiriens contrains à l’exil ; avec plus de 700 prisonniers politiques dans les goulags du régime ; avec des milliers d’anonymes qui croupissent dans des cellules secrètes de torture, sous la férule des ex-chefs de guerre. Et avec les libertés et les droits embastillés. Bref, le pays va «peinardement» à vau-l’eau.
Armand Bohui
bohuiarmand@yahoo.fr
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