Au niveau de la Côte d’Ivoire, les autorités ivoiriennes, d’ordinaire très bavardse sur les cas d’extradition des pro-Gbagbo, sont curieusement silencieuses depuis l’arrestation de Blé Goudé. Ni le ministère de la Justice, ni celui de l’Intérieur, n’en dit mot. Le ministre Hamed Bakayoko qui gère ces dossiers, et si prompt à faire des déclarations télévisées, est resté de marbre cette fois-ci. Même le commandant Wattao, dont l’amitié avec Blé Goudé ne fait l’ombre d’aucun doute, se tient à distance, se disant «ni de loin, ni de près mêlé à cette affaire». Alors que la rumeur le présentait comme celui qui est allé accueillir le leader du Cojep à la frontière ivoiro-ghanéenne pour le conduire en lieu sûr en Côte d’Ivoire, Wattao se défend : «Les gens peuvent raconter ce qu’ils veulent mais moi, je ne suis ni de loin, ni de près mêlé à cette affaire. Comme tous les Ivoiriens, c’est par la télévision ivoirienne que j’ai été informé».
Sur cette affaire justement, les Ivoiriens et la communauté internationale n’ont eu droit en tout et pour tout qu’à deux communiqués pour le moins laconiques, dont l’un a annoncé l’arrestation et l’extradition du leader des jeunes patriotes, et l’autre son inculpation par la justice ivoirienne. Sans d’autres explications. Ajouté à cela les images télévisées du prisonnier qui prouvent bien qu’il a été arrêté et qu’il se trouve aux mains des autorités ivoiriennes.
Selon certaines sources proches du dossier Blé Goudé, l’omerta observée actuellement serait le fait d’une injonction venue du sommet de l’Etat. Les différentes personnes qui gèrent cette affaire, auraient été enjointes d’être le moins bavards possible sur la question (?). «C’est un dossier à gérer avec beaucoup de tact et de discrétion», aurait-on instruit. Les yoyos qui ont entouré les autres arrestations de pro-Gbagbo ont donc été étouffés en ce qui concerne Blé Goudé. Que veut-on cacher ? Pourquoi a-t-il été arrêté maintenant et pourquoi tant de mystère autour de l’affaire ? Blé Goudé est-il un colis encombrant ? On est bien tenté d’y croire. Car l’arrestation de ce leader de jeunesse, qui a mobilisé des années durant les jeunes pour constituer un bouclier autour du régime Gbagbo, n’est pas un épiphénomène.
Mais, l’on note bien que personne ne semble vouloir se mettre au-devant de ce dossier. Tout au contraire, chacun semble plutôt se tenir à distance. Et pourtant, l’ancien secrétaire général de la Fesci figurait bien sur la liste des pontes de l’ancien régime activement recherchés par le pouvoir Ouattara. Un mandat d’arrêt international avait été émis par les autorités ivoiriennes contre le ministre de la jeunesse du dernier gouvernement de Gbagbo durant la crise post-électorale. Son arrestation et son extradition sont donc la suite logique de ce mandat, et ne devrait pas être entouré d’autant de mystère. Ce mystère savamment entretenu, qui fait jaser et couler beaucoup d’encre et de salive.
Hamadou ZIAO in L’Inter
Fri, 25 Jan 2013 00:50:00 +0100
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