« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Armée nationale: Ces chefs militaires dozos

Bamba Cheick Daniel, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, échange avec un homme à l’accoutrement particulier. Ce dernier est coiffé d’un bonnet marron bordé de blanc, son costume bardé de cordelettes, d’amulettes et de cauris blancs. Cet homme n`est autre que le commandant Zackaria Koné, chef de la Police militaire. Ce 1er novembre, il prend part à la rencontre entre le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, et les chasseurs traditionnels du nord, les dozos. Et pour l`occasion, il porte sa tenue d’apparats. Son appartenance à cette confrérie est un secret de Polichinelle. Fin janvier, il en expliquait les circonstances : «Lorsqu’il a fallu trouver un remplaçant à mon grand-père dans la confrérie des dozos, les vieux ont voulu que ce soit moi. C’est vrai que j’avais des aînés qui avaient été déjà initiés. Mais vu mon courage et mes exploits de chasseur, bien que jeune, ils ont porté leur choix sur moi. C’est ainsi que j’ai été initié. Cela fait maintenant trente-deux ans», confiait-t-il. Cela s’est passé à Vandougou, près du village de Gbéyo, avec le vieux Mogotigui Molo. Le cdt Koné est loin d’être un cas isolé. D’autres grands chefs militaires sont des initiés dozo. Gaoussou Koné alias Jah Gao, commandant en second de la Force spéciale, témoigne : « Chez nous on est dozo de père en fils. Mon père l’était, mon grand-père aussi et au-delà de lui ». Le chef du camp commando d’Abobo fait la part des choses : « Quand on est militaire, il faut pouvoir éviter l’amalgame entre cette fonction et certaines particularités qui peuvent choquer des personnes ». Il est d’autant plus conforté dans son choix qu’il estime qu’en cette période où « le nom des dozos est gâté » et qu’on les assimile à des hors-la-loi, le militaire qui incarne la République doit préserver sa neutralité. Les cdt Chérif Ousmane et Messamba Koné ont été initiés en 2002 à Bouaké par un même maître : dozo Bamba. Le Cdt Touré Moussa, marin à la retraite, est aussi un initié bien connu. Il était le commandant des opérations des ex-Forces nouvelles à Boundiali. A en croire un initiateur dont nous taisons le nom, de nombreux militaires ont reçu les secrets de la confrérie. Mais la majorité préfère vivre cette philosophie dans le secret. Pour ne pas heurter les sensibilités de ceux que les dozos horripilent.

Bamba K. Inza in Nord Sud

Cdt Touré Moussa, pdt de la Codozci : « Un militaire ne peut pas être chef dozo»

Président de l’association Confrérie dozo de Côte d’Ivoire (Codozci) cdt Touré Moussa, à la retraite mais exceptionnellement à la marine nationale explique les raisons de son attachement à la confrérie.

En quelle année avez-vous intégré la confrérie des dozos ?

Depuis ma naissance. Je suis d’une famille dozo. Dès le bas âge, on reçoit l’initiation. Mais cela est passé à une autre étape en 1980 lorsque l’ambassadeur Fanny a créé une Ong qui encadrait les dozos. J’en étais le vice-président.

Il y a des choses dont on hérite mais qu’on abandonne ensuite. Devenu adulte vous y êtes resté et mieux vous en faites la promotion. Qu’est-ce qui explique cela ?

J’ai perçu la valeur du dozoya basé sur la dignité. Les dozos sont honnêtes. Ce ne sont pas des bandits. Le dozo est quelqu’un qui sauve, qui soigne. Le vrai dozo ne ment pas. C’est fort de ces qualités que j’ai continué.

Comment arrive-t-on à concilier le statut de dozo et la fonction de militaire ?

Je tiens à préciser que les deux fonctions n’ont rien à voir. Autant il y a des médecins, des enseignants dozo, autant vous avez des militaires qui appartiennent à la confrérie. Mais le soldat doit faire la part des choses. Il ne doit pas confondre le dozoya et l’armée. Celui qui veut revendiquer son statut de dozo doit attendre la retraite avant de le faire.

Mais vous étiez toujours dans l’armée quand vous avez commencé à faire la promotion de la confrérie.

C’était une situation particulière. Mais j’ai créé mon association lorsque j’ai pris ma retraite. Parce que j’estime qu’un militaire ne peut pas être chef dozo. Ce n’est pas possible.

Avoir subi l’initiation dozo est-il un plus pour le soldat ?

J’ai dit que le dozoya fait la promotion des valeurs morales. Un bon soldat est celui qui respecte les règles. A ce niveau ça se rejoint. Donc un initié peut donner un soldat plus fidèle, rigoureux, qui respecte la hiérarchie. Et qui en plus est intègre.

Pour mettre de l’ordre, le ministre de l’Intérieur demande aux membres de la confrérie de s’unir en une seule fédération. Pensez-vous que c’est la solution ?

Le ministre a commencé une bonne chose. Qu’il aille jusqu’au bout de son idée. L’agrément que nous avons est élargi à tous les dozos. Aujourd’hui, j’entends des gens se présenter comme chef suprême des dozos ou encore président central des dozos. Cela n’existe pas dans le dozoya. Nous devons nous entendre. La Codozci a un agrément. Il faut confier le travail aux organisations légalement constituées. Chaque fois que je me rends dans une localité, je rentre en contact avec les autorités administratives et sécuritaires. Je peux vous dire aujourd’hui combien de dozos il y a exactement à San Pedro, à Odienné, à Aboisso.

Entretien réalisé par BKI in Nord Sud

Thu, 08 Nov 2012 11:09:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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