Gigantesques concentrés d’états major. Anciens chefs de guerre, rebelles de 2002, chasseurs traditionnels du nord, hommes de petits métiers et autres mercenaires convertis en Frci, ont envahi le grand ouest du pays. Pour préparer, la visite que le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara effectue, cette semaine, dans la région. Seulement, le retour du «bravetchè» sur les lieux du génocide du peuple Wê, n’emballe visiblement pas les populations. Celles-ci, heurtées et déséquilibrées par une guerre injuste qu’elles subissent, scrutent l’horizon, avec inquiétude et incertitude. Malgré l’énorme propagande qui entoure cette visite, les populations se demandent si leurs plantations occupées par la force, vont leur être rendues, si leurs frères, sœurs et enfants contraints à l’exil, vont être autorisés à rentrer sans que les «maîtres des lieux» ne les tuent. Elles se demandent surtout si le massacre des peuples de l’ouest va enfin «être reconnu comme un génocide». En tout cas, les peuples meurtris de l’ouest se posent beaucoup de questions, et ne voyant pas venir les réponses, boudent en silence, l’arrivée de Ouattara chez elles. Et les organisateurs du voyage présidentiel, qui ont compris que les populations risquent de ne pas sortir, ont décidé de prendre le taureau par les cornes. A quelques heures de la visite, responsables des Frci et cadres politiques font du corps à corps. A défaut de convaincre les populations, ils multiplient menaces et intimidations. «Gare à celui qui ne viendra pas pour accueillir le président», disent-ils aux habitants des différentes villes qui seront visitées. Autres précautions, des convois sont organisés pour l’accueil. «Vous allez voir beaucoup de personnes qui ne vivent pas ici. On les a transportées pour la circonstance», révèle une source jointe sur place à l’Ouest. Ainsi, après l’expédition punitive de 2010, destinée à conquérir la région pour la retirer de l’autorité de Gbagbo, le grand Ouest vit toujours l’angoisse de l’arrivée des conquérants. Ici encore, les acteurs sont les mêmes, la parade aussi est la même : c’est la raison du plus armé.
Koulibaly Doucy in Notre Voie