Les regards du Fpi étaient rivés sur la Cpi
«Cette audience était fixée au 18 juin 2012. Les regards et l’attention politique étaient rivés sur la Cpi. Les militants et dirigeants du Fpi sont concentrés sur ce dossier pour donner toutes les chances à la libération de leur leader. Il va se trouver que du 2 au 8 juin 2012, soit deux semaines avant cette audience, capitale pour le Fpi et qui n’a donc aucun intérêt à faire accréditer par l’opinion internationale, l’image de violence dont la Cpi affuble le président Gbagbo, trois évènements vont se produire pour secouer le marigot politique ivoirien, brouiller les cartes et incriminer le Fpi», a rappelé le président intérimaire du Fpi. Avant de citer en premier, l’arrivée de l’ex-procureur de la Cpi, Luis Ocampo Moreno, le 2 juin 2012, en Côte d’Ivoire pour auditionner Soro, en sa qualité de secrétaire général de l’ex-rébellion armée, sur les crimes commis de 2002 à 2011. «Cet interrogatoire n’a pas été comme on peut s’en douter, du goût de M. Guillaume Soro qui n’entend pas faire seul les frais de la rébellion sans ses commanditaires. De ce fait, il se tient depuis sur ses gardes. Lui et ses com-zones qui, s’ils devraient être transférés à La Haye, vendraient cher leurs peaux. Il y avait comme une situation délétère dans l’air, faite de tension entre les deux clans alliés d’hier, Soro et Ouattara. Le second nommé ayant lui-même déjà pris en charge, par précaution, le portefeuille de la Défense». Miaka Ouretto citera comme autre fait marquant, l’arrestation, le 5 juin 2012, à Lomé (Togo) et l’extradition manu militari à Abidjan de Moïse Lida Kouassi, ex-ministre d’Etat et ministre de la Défense sous Laurent Gbagbo. Pour juste accuser, à cette occasion, le Fpi de vouloir chercher à porter atteinte à la sûreté de l’Etat de Côte d’Ivoire. Le dernier fait marquant sera l’embuscade à l’Ouest du pays, le 8 juin 2012, qui s’est soldée par la mort de sept Casques bleus nigériens de l’Onuci. Et quand la Cpi reporte la deuxième comparution de Laurent Gbagbo au 13 août 2012, une semaine plus tôt, des crimes vont encore être commis dans les casernes et commissariats de police. Et une fois encore, le pouvoir les fera porter au Fpi. Guillaume Soro descendra de son perchoir pour demander, via un de ses conseillers, «l’éradication du Fpi» qu’il assimile à «une organisation terroriste». La direction intérimaire du Fpi interprète d’ailleurs cette sortie comme un véritable appel au meurtre.
Et si on regardait du côté de Soro ?
«La criminalisation du Fpi est une diversion machiavélique qui, tout en conduisant à l’affaiblissement du Fpi par sa décapitation, ouvre la voie à l’assouvissement de noirs desseins présidentiels que l’on tente maladroitement de masquer», déclare Sylvain Miaka Ouretto à propos de la déclaration publiée sur le compte Twitter de Guillaume Soro. Pour le président intérimaire du Front populaire ivoirien, il n’y a aucun doute, les attaques auxquelles l’on assiste, en ce moment en Côte d’Ivoire, constituent une guerre de positionnement des héritiers de la rébellion armée. Avec en pôle position, Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces nouvelles, l’ex-rébellion armée. La suspicion qui pèse sur le président de l’Assemblée nationale est légitime. Bien que loin de l’exécutif, Guillaume Soro affirme sur son Twiter avoir été informé de l’attaque du camp d’Akouédo au moment où elle s’est produite autour de 3 h du matin, le 6 août dernier. «Pourquoi c’est seulement à 5 h du matin que l’un de ses ex-com-zones, Wattao, arrive sur le terrain ? Pourquoi avoir attendu deux heures avant d’intervenir ? Le temps que les agresseurs se servent tranquillement en armes et disparaissent dans la nature ?», s’interroge le patron du Fpi. Pour Sylvain Miaka Ouretto, seul Guillaume Soro a aujourd’hui intérêt à avoir la mainmise sur le système de défense, dont il avait été écarté. Parce que la Cpi envisage sérieusement leur transfèrement, lui et ses hommes à La Haye, révèle Miaka Ouretto. Qui conclut que c’est M. Soro qui a intérêt à mettre en difficulté le régime Ouattara pour empêcher son transfèrement à La Haye. Pour la direction intérimaire du Fpi, les attaques des casernes et des commissariats sont donc des signaux forts que Soro semble donner au clan Ouattara pour le dissuader de s’engager dans cette voie qui serait suicidaire pour le régime. Miaka Ouretto indique que c’est justement ce qui explique que Guillaume Soro a récemment convoqué tous les «sécurocrates» du régime Ouattara à lui faire allégeance dans la conduite de la défense nationale. Et c’est à juste titre qu’il a fait la déclaration suivante : « Qui s’organise déjà pour prendre et exercer le pouvoir d’Etat en 2020 ? Si ce n’est maintenant ? La réponse à tout ce questionnement nous conduit au cœur de l’imbroglio politique ivoirien ».
Robert Krassault in Notre voie
ciurbaine@yahoo.fr
Wed, 05 Sep 2012 21:53:00 +0200
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