« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Au Burkina Faso, « le coup d’État le plus bête du monde » occupe toujours les esprits

La rue l’a qualifié de « coup d’État le plus bête du monde ». Un an après le putsch manqué du général Gilbert Diendéré au Burkina Faso, pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, les Burkinabés attendent l’ouverture d’un procès historique devant le Tribunal militaire. Pour la première fois, ils ont l’espoir qu’un tel crime ne reste pas impuni.

La révolte de la population

Le 16 septembre 2015, la garde prétorienne de l’ancien président Blaise Compaoré, chassé par la rue un an plus tôt, prenait le gouvernement de la Transition en otage en plein conseil des ministres. Le lendemain, le général Gilbert Diendéré annonçait sur les ondes qu’il prenait la tête d’un Conseil national pour la démocratie.

La population ne s’est pas laissée faire et a manifesté. Une dizaine de morts ont été recensés dès les premiers jours. Tandis que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et les chancelleries occidentales tentaient de désamorcer la crise, des soldats loyalistes reprenaient la main sur la capitale.

Après avoir présenté ses excuses et s’être retranché à la Nonciature apostolique, Gilbert Diendéré s’est livré aux autorités le 1er octobre 2015.

12 chefs d’inculpation contre Gilbert Diendéré

Voilà maintenant onze mois qu’il est incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction des Armées (MACA). L’ancien chef d’État-major particulier de Blaise Compaoré, patron du renseignement et de la garde prétorienne, est visé par douze chefs d’inculpation, dont « crime contre l’humanité par meurtre », « actes de terrorismes » et « trahison ».

À la MACA, le général reçoit beaucoup. Parmi ses visiteurs, Gilles Thibault, ambassadeur de France, est venu lui signifier sa radiation de l’Ordre de la Légion d’Honneur, « pour acte contraire à l’honneur ».

Que s’est-il passé dans la nuit du 16 au 17 septembre 2015 ? Gilbert Diendéré, formé à Saint-Cyr, a-t-il fomenté le coup d’État ou bien a-t-il été contraint d’assumer les actes de ses hommes de la garde prétorienne, fâchés depuis des mois avec le gouvernement de la Transition ? Comme le rappelle le journaliste burkinabé, Adama Ouedraogo dans son dernier livre, Blaise Compaoré, de l’ascension à la descension (2016) : « En 1989, le capitaine Diendéré aurait cautionné la tentative [d’un] coup d’État pour sa propre sécurité avant de travailler à tuer le projet dans l’œuf. ».

L’affaire des écoutes téléphoniques

Autre inculpé de poids toujours en prison, le général Djibril Bassolé. L’ancien chef de la diplomatie de Blaise Compaoré, arrêté dès le 29 septembre 2015, est soupçonné d’avoir cherché à soutenir les putschistes avec le concours du président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire voisine.

Cette affaire dite des écoutes téléphoniques, qui a éclaté en novembre 2015, a provoqué une crise diplomatique entre les deux pays. « C’est un montage, dénonce Me Dieudonné Bonkoungou, l’avocat de Djibril Bassolé. Une expertise privée montre que ces écoutes ne sont pas authentiques. Le dossier est vide. Nous attendons des preuves de son implication. »

L’enquête, dans laquelle sont inculpés 84 autres militaires et civils, suit son cours. Parmi les inculpés, 34 ont été remis en liberté provisoire et 10 sont en fuite. Près de 275 parties civiles ont été entendues. Le dossier, de 2 500 pages, est tentaculaire. Il est attendu au Parquet dans un mois. Le président du Burkina Faso, Roch Kaboré, espère un procès avant la fin de l’année 2016.

Gilbert Diendéré, dont le nom revient dans toutes les intrigues militaires du pays depuis 30 ans, est actuellement entendu par d’autres juges dans l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara en 1987, dans laquelle il est également inculpé. La garde prétorienne a été dissoute et ses membres, non visés par l’enquête, réaffectés dans d’autres unités de l’armée.

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Fri, 16 Sep 2016 10:03:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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