« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Au Burundi, l’armée passe au coup d’Etat

Un homme providentiel peut-il empêcher le Burundi de sombrer dans un bain de sang ? En annonçant mercredi matin, sur les ondes de la radio privée Insanganiro, que «les forces de sécurité» avaient décidé «de prendre la destinée du pays en main», le major-général Godefroid Niyombare a créé la «divine» surprise que beaucoup espéraient sans plus y croire, dans ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs. Peu après ce coup de théâtre, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Bujumbura, la capitale, pour exprimer leur joie et leur soulagement après des semaines de confrontations violentes avec les forces de l’ordre.
Il peut sembler paradoxal de se réjouir d’un coup d’Etat militaire dans un pays qui en a déjà connu quatre depuis 1966. Mais ce coup de tonnerre dans un ciel bien peu serein est à mettre en relation avec le «coup d’Etat électoral» que tentait d’imposer Pierre Nkurunziza depuis le 25 avril, lorsqu’il avait officiellement confirmé son intention de briguer un troisième mandat. Cette candidature de trop, jugée inconstitutionnelle à l’issue de deux mandats déjà calamiteux, avait aussitôt enflammé la rue. Or malgré les morts – une vingtaine – et le front commun de l’opposition, laquelle résistait à toutes les sirènes ethniques manipulées par le pouvoir, Pierre Nkurunziza s’obstinait. Mercredi matin, quand il a été brusquement destitué, il n’était pas à Bujumbura. Mais à un sommet régional à Dar es-Salaam, en Tanzanie, consacré à la situation au Burundi. Officiellement on ne devait y aborder que la question des réfugiés qui affluaient dans les pays voisins suite aux violences (lire ci-contre). Et non le troisième mandat. Reste que tout le monde connaissait l’hostilité que cette option suscitait auprès de tous les interlocuteurs régionaux, comme des Occidentaux. Et la réunion était bien censée être celle de «la dernière chance» pour convaincre le Président, au moins, de reporter ces élections potentiellement explosives.

Sauveur. En fin d’après-midi les participants au sommet ont certes condamné le coup d’Etat. Une position de principe pour l’Union africaine, qui avait de la même façon condamné le ralliement des militaires aux manifestants lors de la chute de Blaise Compaoré, au Burkina Faso, en novembre. Sans pour autant réclamer le retour de ce dernier au pouvoir.

Mercredi après-midi, à Bujumbura, des négociations étaient déjà en cours entre militaires putschistes et loyalistes, tous d’accord pour «éviter de verser le sang des Burundais». Pierre Nkurunziza peut-il encore compter sur un dernier carré de fidèles ? Ou sur ses miliciens ? Il aura en tout cas commis l’erreur classique de quitter son pays en pleine crise. Son absence offrait la meilleure opportunité pour le mettre hors-jeu. En le destituant, le général Niyombare s’est posé en sauveur de «l’unité nationale» mais aussi en garant de «la reprise du processus électoral, dans un climat serein». Les putschistes n’entendent donc pas garder le pouvoir.

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Wed, 13 May 2015 20:57:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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