« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Au tribunal de Manhattan, DSK libéré sous caution – Pourquoi Anne Sinclair doit témoigner

Un sourire esquissé et un léger signe de la main à son épouse Anne Sinclair et à sa fille Camille, c’est tout ce que Dominique Strauss-Kahn aura livré ce jeudi dans la salle 51 de la cour surpême de New York. Cour prise d’assaut dès tôt le matin par les caméras, américaines et francaises, mais aussi japonaises ou espagnoles. Un arsenal médiatique obligeant le public à d’inhabituels détours pour trouver l’entrée de ce tribunal pénal du sud de Manhattan. Et poussant à la discussion devant le stand de café sur le trottoir: un cadre en costume cravate se dit « fier de la justice de (son) pays, ce type est traité comme n’importe quel autre et c’est très bien». Walter, 52 ans et quelques anciens soucis avec la justice pour «des affaires de drogue», est plus critique: « J’ai été à la place du prévenu dans ce tribunal, je suis bien placé pour savoir qu’il peuvent vous coller n’importe quoi sur le dos. Il faut attendre d’en savoir plus sur les faits dans cette affaire, jusqu’à preuve du contraire il est quand même innocent.» Pendant ce temps, deux touristes suédoises mitraillent tout sourire le bâtiment, «juste pour dire qu’on y était».

En fin de matinée, le bruit se répand que DSK est maintenant dans le tribunal. Un responsable confirme. Dedans, peu avant le début de l’audience fixée à 14h30 (20h30 heure française), la salle est comble mais plutôt silencieuse, hormi les sirènes de police qui parviennent de l’extérieur. Grande question: y aura-t-il des images ou pas? Une caméra et un photographe sont finalement acceptés. Quatre-vingt journalistes sont là, davantage à l’extérieur pour guetter une éventuelle sortie du maintenant ancien patron du FMI. A l’intérieur, les policiers sont un peu sur les nerfs, le responsable de la presse essaie de détendre l’atmosphère à coups de « relax! » ou « on est tous un peu français aujourd’hui ». Les portables sont autorisés sur silencieux, ça tweete à tout va dans les rangs.

Arrivent la défense, le procureur, Anne Sinclair et sa belle-fille Camille, puis Dominique Strauss-Kahn. Cette fois rasé de près, non-menotté, en chemise bleu et costume gris. Il est assis dos à l’assistance, dont la vue est barrée par une rangée de policiers.

Surveillance électronique

Son avocat William Taylor plaide, comme attentu, pour la libération sous caution, après trois nuits passées en prison. Pour la cour, il s’agit surtout de s’assurer que Strauss-Kahn sera bien présent au procès, s’il y a lieu. Pour l’en convaincre, la défense appuie sur un élément: l’avion qui devait ramener DSK en France et à bord duquel il a été arrêté était réservé à l’avance, ce qui invaliderait la thèse de la fuite. Oui mais les caméras de surveillance ont montré un DSK quittant l’hôte de manière «inhabituellement rapide », rétorque le procureur John McConnell. Qui, au passage, confirme l’inculpation formelle de DSK par le grand jury (la chambre d’accusation composée à New York de 23 jurés et chargée de vérifier si les éléments du dossier sont suffisament solides pour une inculpation). Pour le procureur, Strauss-Kahn a de « bonnes raisons de fuir », et il en a les « moyens personnels, politiques et financiers ».

15h30, interruption de séance, on comprend que le juge Michael Obus veut examiner davantage d’éléments et rendra sa décision dans la foulée ou le lendemain. Strauss-Khan est reconduit hors de la salle. Il y a de la fébrilité dans l’air, un journaliste se fait sortir avant d’être à nouveau réintégré. A la reprise, tout le monde est fixé en quelques minutes : le juge annonce la liberté contre le versement d’une caution d’un million de dollars assortie d’un dépôt de garantie de cinq millions et l’assignation à résidence avec surveillance électronique et gardien. Une nouvelle audience est fixée au 6 juin. Difficile à cet instant de saisir la réaction de DSK. A la fois inculpé de crime sexuel mais sur le point de sortir de prison, ressort par le fond de la salle. Il passera toutefois une quatrième nuit à Rikers Island, en attendant le versement de la caution prévu dans la journée de vendredi.

liberation.fr

Pourquoi Anne Sinclair doit témoigner

L’ancienne présentatrice de 7 sur 7 peut, par son témoignage, réhabiliter l’image de son mari devant les jurés.

En prenant fait et cause pour son mari (Bill Clinton) lors de l’affaire Monica Lewinsky, évoquant même « une conspiration » menée contre lui, Hillary Clinton lui a apporté une aide considérable qui a, sans doute, dissuadé le Sénat américain d’engager une procédure de destitution et facilité une transaction.

En prenant fait et cause pour son mari (Bill Clinton) lors de l’affaire Monica Lewinsky, évoquant même « une conspiration » menée contre lui, Hillary Clinton lui a apporté une aide considérable qui a, sans doute, dissuadé le Sénat américain d’engager une procédure de destitution et facilité une transaction.
Les responsabilités qui pèsent aujourd’hui sur Anne Sinclair sont plus importantes que celles qu’Hillary Clinton a assumées dans la mesure où son mari encourt une longue peine d’emprisonnement. L’ancienne présentatrice de 7 sur 7 ne peut pas se retrancher dans un silence prudent car son témoignage permettra aux jurés comme au juge de se forger une idée sur la véritable personnalité de Dominique Strauss-Kahn. « Il apportera un peu d’humanité au moment où nous sommes encore dans la stupéfaction et la perte de repères, estime l’avocat spécialisé en médias, Fabrice Lorvo. L’image que nous avions du directeur général du FMI est un personnage débonnaire, policé, sympathique, rusé et intelligent. Nous le découvrons à l’audience abattu et défait. »

L’intervention d’Anne Sinclair, qui possède une grande expérience de la radio, de la télévision comme d’Internet, va permettre de reconstruire la personnalité de Dominique Strauss-Kahn et de répliquer à l’hypermédiatisation de cette affaire en apportant un peu d’humanité. En outre, et c’est sans doute l’élément le plus important, la procédure pénale américaine, lorsque le prévenu plaide « non coupable » ne reposant pas, comme en France, sur l’aveu, les témoignages sont essentiels. Le cinquième amendement de la Constitution, qui est devenu un leitmotiv de toutes les séries policières américaines dont les Français raffolent, stipule que « nul ne pourra être, dans une affaire criminelle, obligé de témoigner contre lui-même ».

« Ce sera parole contre parole »

« Quand il y a aveu, l’accusé reconnait la matérialité et l’intentionnalité du délit mais tel n’est pas le cas dans cette affaire. Cela sera donc parole contre parole, affirme Fabrice Lorvo. Le travail de la justice va consister à trancher entre ces deux versions. » Personne ne pourra jamais établir, avec certitude, ce qui s’est passé entre Dominique Strauss-Kahn et Nafissatou Diallo entre 12h et 12h29. Les seules certitudes semblent concerner la réalité du contact entre ces deux personnes et leur présence dans la chambre 2806. Il convient d’attendre la version de DSK qui n’est pas, à ce jour, connue. En présentant l’image d’un couple toujours uni après de vingt ans de mariage et les aléas que toute union traverse, Anne Sinclair peut apporter à son mari une aide considérable. Dans un premier communiqué, le 16 mai, elle a, comme Hillary Clinton, assuré qu’il « s’agissait d’un coup monté » et affirmé qu’elle ne « croyait pas un mot de toute cette affaire ».

Dans sa lettre de démission de directeur général du FMI, rendue publique, Dominique Strauss-Kahn lui a répondu : « je pense d’abord à ma femme – que j’aime plus que tout – à mes enfants, à ma famille, mes amis ». Cet échange donne déjà un aperçu de la défense de Dominique Strauss-Kahn qui va s’appuyer sur la solidarité, sans failles, de sa famille rassemblée derrière lui. Cette détermination que rien ne paraît pouvoir ébranler pourra impressionner autant le grand jury qui lit la presse que les juges. Aussi pénible que cela puisse être pour elle, Anne Sinclair sera contrainte, dans les semaines à venir, de faire des déclarations devant les caméras. Sa sincérité, renforcée par un professionnalisme irréprochable, devrait ébranler le public américain qui ne la connait pas comme journaliste. En revanche, il est certain que son intervention facilitera la réhabilitation de son mari, tant l’audience dont elle bénéficie, à voir toutes les couvertures de presse qui lui sont consacrées, est grande.

tvmag.lefigaro.fr

Fri, 20 May 2011 08:38:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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