Le jeudi 4 juin 2015, à l’ouverture de cette 9e et dernière de la série des procès ouverts depuis la reprise des activités du Tribunal militaire, l’ordre de convocation lu par le greffier a relevé : « Relativement à la blessure dont il avait été victime de la part du commandant Séka, l’élève-officier de gendarmerie Tiapo Nangui Jean-Hugues, entendu, expliquait que dans l’enceinte de l’école de gendarmerie, il inspectait son arme lorsque par inadvertance, un coup de feu en sortait. Interpellé par le commandant Séka, ce dernier lui arrachait l’arme et lui tirait une balle dans son pied gauche. A propos de la blessure par balles de l’élève-officier survenue à l’école de gendarmerie, il (le commandant Séka, Ndlr) précisait que l’individu s’était mis à tirer dans tous les sens, et que c’est en voulant lui arracher l’arme qu’un coup l’atteignait au pied. Sur le champ, il donnait des instructions pour que ce dernier soit conduit à l’hôpital ».
Interrogé hier lors de sa comparution, l’officier supérieur de gendarmerie Yao Kouakou Kan Roland qui logeait au camp d’Agban au moment de la survenue de l’incident a plutôt donné une version des faits qui compromet le commandant Séka. Il a d’abord, expliqué avoir fait descendre les caissons de missiles et autres matériels pour qu’ils ne désagrègent pas le camp de gendarmerie d’Agban, si jamais il y avait un tir. « J’ai fait également descendre le château d’eau et les caisses de munitions. Il y avait deux magasins d’armes à l’école. Il y avait un magasin d’armes à terre du côté de la soute et un autre en hauteur. Je les ai tous rassemblés dans le souci de vider l’école de tout ce qu’il y avait comme danger. Donc ces munitions ont été emportées vers la Présidence et les missiles étaient restés dans la salle du service général à proximité des salles de cours. Quand j’ai fini, j’étais fatigué car ces matériels sont lourds. J’étais assis devant le service général quand j’ai entendu un coup de feu. J’ai demandé ce qui se passait. Ceux qui étaient présents m’ont dit que le commandant Séka avait tiré dans la jambe d’un élève-officier. Quand je me suis rendu à l’endroit des faits, je me suis rendu compte que c’est l’élève-officier Tiapo qui avait reçu une balle », a-t-il ensuite précisé.
De son côté, après avoir indiqué qu’en raison de sa neutralité, la gendarmerie n’était engagée dans aucun combat et qu’aucune de ses unités ne devait sortir pendant la crise postélectorale, l’officier supérieur de gendarmerie Gnaoulé Beuglé Clément avait déclaré au juge d’instruction que « le commandant Séka était le seul qui les (avait accusé) d’avoir démissionné parce qu’ils refusaient de faire sortir les engins blindés de la gendarmerie ». Pendant son interrogatoire à la barre hier, Gnaoulé Beuglé a corroboré ses propos, en justifiant qu’il « n’avait pas le pouvoir de donner l’ordre » de mettre à la disposition du commandant Séka les engins blindés. Une déclaration qui confirme à tout le moins, l’intention du commandant Séka de se munir illicitement d’armes et de munitions de guerre.
Les officiers supérieurs de gendarmerie Yao Kouakou Kan Roland et Gnaoulé Beuglé Clément ont été entendu hier avec trois autres de leurs frères d’armes sur le chef d’accusation de violation de consignes.
En dehors des faits compromettants qu’ils ont évoqué contre lui, le commandant Séka Séka sera entendu sur les chefs d’arrestations illégales et séquestrations, achat, commerce, détention et cession illicite d’armes et de munitions de guerre, meurtres, recel de cadavres et violation de consignes.
Au cours de l’audience d’aujourd’hui, l’ex-ministre Joël N’Guessan, par ailleurs porte-parole du RDR, qui accuse le commandant Séka d’avoir tué ses gardes de corps et ses chauffeurs au plus fort de la crise postélectorale, pourrait être appelé à la barre pour témoigner.
Par ailleurs, Dembélé Tahirou, le président du Tribunal militaire, a souligné qu’une confrontation aura lieu entre le commandant Séka et Fofana Aboubacar, officier de gendarmerie en service au commandement de l’escadron de Korhogo, mais en fonction au CECOS pendant la crise postélectorale. Ce dernier a nié avoir intervenu de concert avec le commandant Séka lors d’une opération du CECOS menée à Williamsville. Intervention qui s’est suivie plus tard par l’assassinat d’un imam et de son fils.
A.A
In L’Intelligent d’Abidjan
Thu, 11 Jun 2015 06:34:00 +0200
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