La date du jeudi 16 février 2012 restera certainement gravée pendant longtemps comme un mauvais jour dans la mémoire des enseignants qui officient dans la petite localité d’Azaguié-Ahoua. Et pour cause, dans la nuit du jeudi au vendredi, aux environs d’une heure du matin, leur quartier a été la cible d’hommes en armes qui y ont fait une descente pour les détrousser de tous leurs biens. Bilan de la randonnée nocturnes de ces curieux visiteurs, 12 domiciles passés au peigne fin, de nombreux dégâts matériels, des blessés, dont un cas grave évacué au CHU de Cocody (avec des soins évalués à environ 2 millions de Fcfa), des appareils électroménagers emportés, ainsi que des bijoux et de l’argent liquide. Selon M.K., une des victimes qui a requis l’anonymat, « ce sont des éléments des FRCI qui ont fait le coup. Armés de haches, de pioches, de pieds de biche, de kalachnikov et de Rpg, ils étaient une cinquantaine. Et c’est en toute tranquillité qu’ils ont opéré dans le quartier Ahoua. Au cours de leur sale manœuvre, ils ont soutenu que le régime ayant refusé de les payer, ils ont choisi de se débrouiller ainsi sur le terrain. » Le tour du propriétaire des malfrats habillés en treillis a été plus douloureux pour un commerçant Béninois qui a été délesté de la somme de 2 millions de nos francs. C’est donc pour protester contre ces pratiques dignes de la jungle et attirer l’attention des autorités sur le drame qu’ils vivent que la grande famille des fonctionnaires et agents de l’Etat ont débrayé hier en désertant bureaux et salles de classes pour participer à une marche qui s’est achevé par un sit-in devant les locaux de la préfecture où un préavis de grève de 48 heures a été déposé sur la table du maitre des lieux. Si au terme de ce délai, aucune mesure concrète n’est prise, allant dans le sens souhaité par les manifestants, les fonctionnaires et agents de l’Etat se proposent non seulement d’entrer en grève mais en plus, de quitter définitivement la ville pour des cieux plus cléments. L’autorité préfectorale a dit avoir pris bonne note. Selon plusieurs témoignages, tous les services de l’administration publique ont été ainsi paralysés hier et seul l’hôpital assurait le service minimum. Avant Azaguié et toujours dans la même région, c’est la ville d’Adzopé, qui le mois dernier, avait défrayé la chronique avec une statistique affolante de 40 cambriolages de domiciles en deux mois. La situation avait conduit à une paralysie des services publics suivie d’une marche sur la préfecture locale pour crier le ras-le-bol devant les agissements impunis des supplétifs FRCI. Le préfet avait dû déployer un trésor d’énergie pour ramener un minimum de sécurité dans la ville de peur que les fonctionnaires demandent tous à partir d’Adzopé. Après Adzopé et Azaguié, demain à qui le tour ? La question mérite d’être posée parce qu’aujourd’hui, avec tous ces jeunes associés,- selon la belle formule du ministre Koffi Koffi,- abandonnés aux quatre coins du pays par leurs patrons, il ne fait plus bon d’être fonctionnaire ou agent de l’Etat dans la cité, parce que vous constituez désormais une cible privilégiée pour ces personnes incontrôlées en armes. Si le chef de l’Etat voulait évaluer le travail fait en matière de sécurité par ses securocrates, les derniers évènements d’Azaguié-Ahoua sont là pour le situer véritablement. Pour lui dire que la tâche reste entière si elle n’est pas encore déclarée désespérée ou simplement insurmontable.
Par Géraldine Diomandé in Aujourd’hui