« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Ballets des hélicos dans le ciel ivoirien: La Côte d’Ivoire sous le bruit de l’impérialisme occidental

Le 15 mai 2011 par le Temps – Abidjan, la paisible capitale économique de la Côte d’Ivoire, n’est plus qu’une sorte de chantier terrifiant. Il y a des jours, bien souvent d’ailleurs, l’ambiance est intenable. Et ce, depuis que la France et l’Onu ont lancé leur offensive qui a conduit au renversement du régime de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011. Le ciel n’est plus celui auquel les Ivoiriens étaient habitués. Ce ciel calme et poétique est assailli par des dragons métalliques évoquant la mort, l’accaparement des biens d’autrui, la raison du plus fort : la jungle ou la forme outrancière du néo-colonialisme. Où sommes-nous au juste ! Qu’on ne s’y trompe pas. Nous sommes à Abidjan. A Abidjan avec une telle agitation bruyante et désordonnée dans le ciel ! Que les temps changent ! L’espace aérien de la Côte d’Ivoire, tout comme le pays tout entier, n’appartient plus aux Ivoiriens, depuis que Alassane Ouattara, le nouveau chef de l’Etat est au pouvoir. Ils rasent les murs. Ils se cachent. Ils disent le contraire de leur pensée, de peur d’être tué. Voilà ! Mais parlons du ciel. Il est devenu si bavard. Si plaintif. Son gémissement, parfois matinal, reflète l’agressivité et l’inhumanité de l’impérialisme occidental. Comment peut-on imaginer que pour des raisons de pétrole et de cacao, pendant plus d’une semaine, des pays et l’Organisation des nations unies, peuvent bombarder aux missiles, une population et la résidence de son président ! Cela s’est passé à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Et depuis ces moments, le ciel d’Abidjan ne connait pas de repos. Des hélicoptères, des bombardiers de la force française Licorne et de l’Onuci, souvent de type Mi-24, survolent les toits des habitations. On se demande parfois si l’engin va s’écraser sur le toit, tellement il vole à basse altitude. En tout cas, on peut le dire, il y a du boucan dans le ciel d’Abidjan. Comment se reposer avec un tel ballet qui a le charme de ne pas être discret ? Avez-vous connu le bruit de l’enfer ? Eh bien, il se trouve dans le ciel d’Abidjan, loin de Nicolas Sarkozy et Barack Obama. Autant de démonstrations de force face à une pauvre population et un président de la République qui n’a pour péché que de vouloir inculquer à son peuple la vraie notion de la démocratie, est tout de même quelque chose de malsain pour des Etats et une organisation qu’on croit champions de cette valeur. C’est vrai, peu importe pour ces colons qu’un gringalet comme moi soit déçu d’eux ou pas. Cela n’a aucune influence sur la qualité et la quantité du cacao embarqué vers les Etats-Unis ou sur la part du lion que Paris s’est taillée dans le partage du revenu du pétrole ivoirien. Ce sont là des choses essentielles ou graves pour affoler le ciel abidjanais qui ne cesse de crier sa désolation et son indignation. Il y a deux jours, je marchais dans une rue à Abidjan. Le bruit qui m’a envahi était infernal. J’ai cru que le démon venait se poser sur mon pauvre crâne. Lorsque j’ai levé la tête, j’ai vu un hélico de combat, blanc, des missiles de chaque côté. Il est mentionné en dessous : UN (Nations-Unies). Mais à quel jeu se livre l’Onu dans mon pays ? Comment le monde va-t-il se défaire de cette situation ? Parce que des pays ont une puissance militaire et qu’ils succombent au péché de la convoitise, ils vont soumettre brutalement tout pays sans défendre et lui extorquer ses richesses ! Et ces Etats négriers, pour conserver leur avantage militaire, veillent à ce que les pays sans défense ne puissent pas développer leur armement. Voilà l’injustice que subissent nos pays. Comment en sortir ? C’est parce que cette question n’a pas de réponse que le ciel d’Abidjan ne chante pas, mais pleure. L’impérialisme occidental fait trop de mal aux Ivoiriens.
Pour des intérêts injustes, des chefs d’Etat démonisés font prévaloir le mensonge, sèment la terreur dans d’autres Etats, y provoquent la guerre civile et le génocide. Pendant ce temps, ils vivent, eux, en paix avec leurs peuples et leurs familles. Ils se rencontrent et trinquent à l’horreur qu’ils ont créée. Cette évidence est douloureuse. Et quand le ciel de votre pays, censé vous apporter le calme propice à la réflexion à tous ces problèmes est devenu fou du fait de ces impérialistes, l’on finit, soi-même, par devenir des gros points d’interrogation ambulants. Est-ce cela être les gendarmes du monde ? Et que faire lorsque le gendarme lui-même est devenu braqueur, coupeur de route, gangster ?

Germain Séhoué – Le Temps

Sun, 15 May 2011 15:28:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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