« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Bilan de l’année: 2011, le cataclysme !

A l’exception de quelques extrémistes qui refusent de voir la réalité en face, de nombreux militants du Rdr ainsi que des cadres du régime Ouattara sont unanimes à reconnaître qu’en 2011, la Côte d’Ivoire n’a pas décollé. Conscients de cette situation, des membres du gouvernement sont montés au créneau pour affirmer que 2012 sera l’année du décollage, après la crise. Mais l’espoir est-il permis ? Alassane Dramane Ouattara est parvenu au pouvoir dans des conditions calamiteuses et particulières. En effet, le 28 novembre 2010, les Ivoiriens se sont rendus aux urnes pour le compte du second tour de l’élection présidentielle. Ils avaient à choisir entre Laurent Gbagbo, chef de l’Etat sortant, candidat de La majorité présidentielle (Lmp) et Alassane Ouattara, candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp). Trois jours après le scrutin, la Commission électorale indépendante (Cei) ne parvient pas à proclamer les résultats provisoires. Le quatrième jour, 24 h après l’expiration du délai imparti pour la proclamation des résultats provisoires, Le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, se retrouve, seul à la grande surprise, au Qg de Ouattara au Golf Hôtel où il proclame la victoire de celui-ci. Le Conseil constitutionnel, le juge des élections, ne dit pas la même chose. Il proclame Laurent Gbagbo, vainqueur, et l’investi comme Président de la République, conformément à la constitution. Alassane Dramane Ouattara refuse de se soumettre à la décision et se proclame Président. Alors que Laurent Gbagbo propose un recomptage des voix pour trancher la question, son adversaire, lui, exige que le vainqueur quitte le pouvoir. Cette position est soutenue par la France et les pays occidentaux. Après plusieurs jours de bombardement de sa résidence par des hélicoptères de combat français et de l’Onuci, le Président Gbagbo est arrêté le 11 avril dernier, avec la complicité des forces françaises qui ont pris le soin d’encercler, auparavant, sa résidence. Ouattara parvient donc au pouvoir dans des conditions calamiteuses. L’année 2011 a été marquée par de graves atteintes des droits de l’homme et des libertés publiques consacrant un recul des acquis démocratiques en Côte d’Ivoire. Pour la première fois, depuis de longues années, l’opposition se voit interdit d’organiser des meetings. Plusieurs rassemblements du Fpi, parti de Laurent Gbagbo, sont réprimés violemment par les forces armées pro-Ouattara. Occasionnant de nombreux blessés parmi les militants Fpi. A Port-Bouët, Bonoua et Yopougon, on a frôlé le pire avec l’intervention des Frci qui ont tiré des coups de feu. La liberté d’expression est visiblement interdite pour les opposants. De nombreux responsables de l’opposition sont détenus illégalement pour des raisons politiques. Pascal Affi N’guessan, président du Fpi ; Sangaré Abou Drahamane, 1er vice-président ; Simone Ehivet Gbagbo, 2ème vice-présidente, sont incarcérés dans le nord du pays, fief de Ouattara. Dans l’administration publique, les militants du Fpi font l’objet de traque. Ils sont systématiquement licenciés. Des manquements graves ont été enregistrés contre la liberté de presse. Plusieurs journalistes ont été mis aux arrêtés (puis libérés sous la pression de l’opinion), malgré la dépénalisation des délits de presse par la loi 2004 portant régime juridique de la presse. On peut citer Herman Aboa, journaliste à la Rti ; Franck Anderson Kouassi, ex-président du Cnca ; Armand Bohui ; César Etou, Dp et Dg du quotidien Notre Voie ; Depry Didier, secrétaire général de rédaction et Boga Sivori, chef du service politique. Outre les arrestations de journalistes, il y a eu plusieurs suspensions de journaux. Notre Voie, Le Temps, le Nouveau Courrier, Aujourd’hui et Le Quotidien ont été régulièrement suspendus. Il faut remonter aux années 90 pour voir pareilles menaces contre la liberté de la presse en Côte d’Ivoire. Depuis avril 2011, les journalistes ne sont plus libres d’exercer leur métier. Sous le régime Ouattara, la situation sécuritaire a basculé dans le chaos. Les Frci commettent des exactions inommables contre les populations civiles. On peut rappeler, entre autres, les attaques Des Frci contre les populations de Vavoua et Sikensi… La situation sécuritaire est profondément inquiétante. Les Ivoiriens et tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire ont peur. Dans ce climat d’insécurité et de violence, le pouvoir organise les élections législatives, le 11 décembre dernier. Un scrutin dont le Fpi dénonce les conditions d’organisation jugées anti-démocratiques. Avant de refuser d’y prendre part. Ces législatives sont effectivement une foire à la fraude. Le taux de participation très faible, en vérité, est artificiellement gonflé par la Cei. Plus d’une centaine de candidats du Rdr sont accusés d’avoir fraudé pour gagner. Arrivée dans des conditions épouvantables, l’année 2011 s’achève dans les mêmes conditions. 2012 ne s’annonce pas mieux.

César Ebrokié in Notre Voie

Mon, 02 Jan 2012 20:47:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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