« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Billet d’humeur (Philippe Kouhon) : Le FPI peut-il être sacrifié sur l’autel des petits arrangements ?

« …Pascal Affi Nguessan, qui bien que bénéficiant d’une liberté encore précaire, devra à son tour peser par tous les moyens afin de conduire le navire FPI jusqu’à bon port ; c’est-à-dire à la libération totale du reste des prisonniers politiques, parmi lesquels, le président Laurent Gbagbo, son épouse Simone Ehivet Gbagbo et le retour de tous les exilés proches du FPI. Un objectif qui peut être atteint s’il est dépourvu de tout autre agenda caché… »
Et pourtant, comme un guerrier, Pascal Affi qui n’a rien perdu de son tonus malgré les 2 ans de torture dans les geôles de Ouattara à Bouna en pleine savane. Celui-ci a décidé de braver vents et marées pour reprendre les routes et pistes de la Côte d’Ivoire à la rencontre de la population. Avec pour unique message : « Séchez vos larmes, Gbagbo reviendra. Simone sera libérée, Blé Goudé également ». Et si son message reste une vérité de la palisse, il a un contour flou car manquant d’objectivité. Un message d’un vrai messie qui dit : suivez-moi et vous serez sauvé. On le sait et Affi lui-même en premier lieu, que si les nombreux ivoiriens, et non ivoiriens battent le pavé tous les jours en Europe et partout dans le monde pour exiger la libération de Laurent Gbagbo, ce n’est pas parce que ce dernier a distribué du temps de sa gestion de pouvoir des sacs de riz et des bidons d’huile à toutes les familles en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo est aujourd’hui dans la conscience populaire africaine ce qu’est Nelson Mandela du temps de l’Apartheid. Celui qui a dit au néocolonialisme. Ni plus ni moins !
Aussi, si le président Gbagbo croupit depuis bientôt deux ans dans la prison de Scheveningen à la Haye, c’est bien pour répondre à l’autre pan des préoccupations du reste de la communauté internationale (hors mis la France et Ouattara) : Qui a gagné les élections présidentielles de novembre 2010 en Côte d’Ivoire ?
Alors, le président statutaire du parti de Laurent Gbagbo qui entame depuis sa sortie de prison une tournée à travers le pays pour dit-on redynamiser la base et reconquérir le cœur des ivoiriens en vue des échéances électorales de 2015, peut-il ignorer tout cet état de fait ?
A-t-il déjà dit, lui aussi, sa part de vérité sur ces élections et surtout le contexte de guerre postélectorale qui a emporté le pouvoir du FPI ? Lui, le président du parti depuis septembre 2001 jusqu’aujourd’hui.
L’autre question est, la réelle opportunité d’une rencontre avec le Premier Ministre Kablan Duncan, le chef du gouvernement de Ouattara avant même que Affi ne reçoive les nouvelles charges du parti y compris le contenu des négociations entamées entre le gouvernement et le FPI depuis un an ?. Autant de document que Miaka s’apprêtait à lui remettre le 7 septembre lors de la passation de dossiers. Et, que cachait cette sortie du président du FPI qui à quelques jours de la rencontre à Nice en France entre François Hollande et Ouattara, déclarait fièrement : « je suis venu saluer un grand frère…Nous avons parlé des avantages alloués au Premier Ministre… » ?
Comme il fallait s’y attendre, c’est bien sans surprise que la photo du jour a fait le tour du monde et la UNE de tous les médias ivoiriens y compris la presse pro-Ouattara autrefois amer avec le parti de Laurent Gbagbo. Un grand coup médiatique qui donnait ainsi à Ouattara de solides arguments face à un Hollande qui avait fini par comprendre la supercherie de l’ami de Sarkozy.
Affi le sait, c’est sous la pression des patriotes ivoiriens de la diaspora et les nombreuses missions diplomatiques auprès de ses services à Paris que Hollande aurait cédé et demandé personnellement au téléphone à Ouattara de libérer les prisonniers politiques. Cette pression qui n’avait pas encore baissé avec Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé en prison, Ouattara se devait de faire le point à son nouveau maître.
L’autre interrogation et qui ne devrait guère surprendre personne, c’est la vitalité retrouvée chez Affi Nguessan. Comment en si peu de temps, alors que la direction intérimaire criait sur tous les toits le manque de moyens financiers (une condition qui avait failli faire reporter la convention de Avril 2012), le parti organise une grande tournée à travers le pays à bord de véhicules flamant neufs ? Est-ce à dire que ceux qui avaient l’argent au FPI sont de retour ? Et pourtant plusieurs pontes du parti ont eu leurs Avoirs gelés.
Est-il possible à pratiquement un an des présidentielles de 2015 pour le FPI que nous connaissons actuellement de faire mentir Ouattara et ses alliés quant à une possibilité d’une seconde victoire du parti de Laurent Gbagbo après celle contestée de 2010 ?
Pascal Affi, en s’entêtant d’embarquer sur un bateau presque ivre ne ferait-il pas là le jeu du RDR qui voyant son allié PDCI(RHDP) vouloir le combattre en 2015 avec des jeunes et vieux loups tels que KKB, Banny, Mady, Oegnin ect…pourrait profiter d’une candidature du FPI, donc balayant du revers de la main la nouvelle alliance FPI-PDCI, pour s’offrir un deuxième mandat ?
Enfin, de quoi parle Guillaume Soro lorsqu’il révèle depuis Gagnoa que la libération des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire n’était pas conditionnée par celle de Laurent Gbagbo.
« Quand nous sommes allés les voir en prison, nous avons parlé. La libération de Gbagbo n’était pas l’ordre du jour. S’ils veulent poser cette nouvelle condition, je vais parler.. » avait menacé le président de l’Assemblée nationale qui par le même tour de passe était favorable et avait presque promis à la famille de Blé Goudé la libération de leur fils.
Qu’est-ce que le pouvoir Ouattara et Affi se sont dit à Bouna si cette question ne relève pas de secret d’état ? Le FPI peut-il être sacrifié sur l’autel des petits arrangements ? Les prochains mois nous situeront !

Philippe KOUHON
Pkouhon@gmail.com

Mon, 16 Sep 2013 20:27:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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