Blaise Compaoré est aujourd’hui pleins de chagrins. Car militaire puis chef d’Etat, médiateur avisé, stratège politique, il avait toutes les clés en mains pour être un héros. Pour marquer de façon indélébile l’histoire du Burkina. Mais l’entêtement, l’orgueil, la folie du pouvoir ont fait chuter le sphinx. Cela suffit à lui rendre la vie impossible. Qui plus est, devenu citoyen comme les autres, finie l’immunité et tous ses avantages. Il doit répondre des crimes de sang, crimes économiques… dont il est accusé. Acculé et humilié, il doit avoir le sommeil difficile. Normal donc que le stress permanent qu’il vit rejaillisse sur son physique. En fait, il est prisonnier. Prisonnier de la Côte d’Ivoire! Qui l’eût cru?
Arrivé au pouvoir le 15 octobre 1987 à la suite d’un sanglant coup d’État contre Thomas Sankara, il est le fondateur de l’Organisation pour la démocratie populaire-Mouvement du travail (ODP-MT), qui fusionne avec douze autres partis politiques pour donner naissance, le 5 février 1996, au Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), ancien parti au pouvoir.
Élu président du Faso en 1991 à la suite d’un scrutin contesté et boycotté par l’opposition, il est réélu en 1998, 2005 et 2010. Le 31 octobre 2014, après 27 ans au pouvoir, il est obligé de démissionner à la suite d’un soulèvement populaire. En effet, le 30 octobre 2014, Blaise Compaoré fait face à un soulèvement populaire contre son projet de modification de l’article 37 de la loi fondamentale limitant le nombre de mandats présidentiels, afin de se représenter en 2015. À la suite des émeutes, Blaise Compaoré quitte le pouvoir. De force.
Exfiltré par les Français, il trouve refuge, avec le soutien du président français François Hollande, en Côte d’Ivoire le 31 octobre, puis au Maroc le 20 novembre 2014. Il est naturalisé ivoirien par le président Alassane Dramane Ouattara. Le décret de naturalisation de Blaise Compaoré a été publié à Abidjan au Journal officiel du 18 janvier 2016.
L’ancien président burkinabè, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour son implication présumée dans la mort de l’ancien chef de l’État Thomas Sankara, devrait ainsi échapper à une éventuelle extradition vers son pays.
Mais on peut être un Blaise Compaoré sans peur d’être extradé et vivre en ivoirien en Côte d’Ivoire mais nourrir des regrets, des regrets dévastateurs. Cela s’appelle cas de conscience. Souffrance intérieure pour les uns, remords pour les autres. Cette souffrance-là est comme un cancer qui ronge silencieusement, lentement, mais sûrement. Les victimes ont toujours une personne invisible pour les défendre. Le faible et le petit, l’orphelin et la veuve ont toujours un défenseur puissant et efficace.
Mais en vérité, que Blaise Compaoré soit devenu «un vrai sahélien-somalien», qu’est-ce que cela fait aux Burkinabè? Ni chaud ni froid. Car la plupart d’entre eux voient en Blaise Compaoré un traître, quelqu’un de déloyal qui a renié son peuple et son pays. Pourquoi en effet fuir son pays si l’on ne se reproche rien? Alors, une trahison pour sauver sa peau? Par pur intérêt, en parfaite connaissance de cause? Quelle que soit la réponse et quel que soit l’état physique dans lequel Blaise se trouve, la seule solution qui lui reste pour redorer son blason et se montrer digne fils du Burkina Faso, c’est de revenir au pays répondre de ses actes. En aurait-il un jour le courage? Rien n’est moins sûr.
Théophile MONE
In lesechosdufaso.net
Thu, 15 Sep 2016 16:28:00 +0200
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