« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

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Burkina Faso – Blaise Compaoré : le temps du doute

Dans la nuit du 30 au 31 août, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, de retour d’un séjour estival qui l’a conduit du Maroc au Portugal du 17 au 26 août, a fait l’objet d’une tentative d’assassinat. L’attaque survient le jour même où le comité de suivi des réformes politiques devait rendre son rapport sur les réformes politiques, dont la création du Sénat et, pourquoi pas, la levée du verrou institutionnel de la limitation des mandats présidentiels.

L’auteur du forfait, exécuté durant les échanges de tir, est un ancien soldat du régiment de la sécurité présidentielle, mécontent d’avoir été radié de l’armée. Il serait parvenu à s’introduire dans le palais de Koysam avec une relative facilité, attaquant un poste de contrôle à la kalachnikov et tentant de mettre le feu au dépôt d’armes.

Plusieurs explosions et coups feu ont été entendus à Ouagadougou, la capitale. Une partie de la ville a été privée d’électricité, poussant les burkinabés à spéculer sur les circonstances réelles de l’ attaque. A-t-elle été menée par un seul individu comme le clame le président Blaise Compaoré lui même, apparu très détendu devant les objectifs des caméras. L’homme fort du pays a annoncé avoir donné ordre aux militaires de faire un communiqué expliquant ce qui s’était passé.

De son côté, le parquet a ouvert une enquête et a diffusé un communiqué repris par la télévision nationale et la presse. La thèse d’une “main étrangère” est privilégiée : “Dans les documents découverts sur l’ex-soldat, on a trouvé un billet de sortie de la prison délivré par l’administration pénitentiaire d’un pays voisin”, déclare le substitut du procureur.

Contexte politique lourd

Pour le moins cette attaque met définitivement fin aux vacances gouvernementales. La rentrée est bien entamée dans un pays où le débat politique est plus que jamais polarisé. L’attaque survient le jour même où le comité de suivi des réformes politiques devait rendre son rapport sur les réformes politiques votées par l’assemblée le 21 mai et qui portent sur la création du Sénat, prélable vers la levée du verrou constitutionnel de l’article 37 relatif à la limitation des mandats présidentiels. Le vote de ce texte a été dénoncé par l’opposition qui a organisé d’importantes protestations, notamment le 28 juillet 2013. Selon la constitution actuelle, le président Compaoré devrait quitter le pouvoir au terme de son deuxième mandat en 2015.

Aussi, les différentes réformes politiques proposées revêtiraient aux yeux d’une partie de l’opposition et de la société civile le but de proroger le bail du locataire du palais de Koysam? La procédure de désignation et d’élection des membres du sénat (le président nommant directement 29 sur 89 sénateurs) laisse supposer que cette instance sera favorable au président contrairement à l’actuelle assemblée. Pour lever l’article 37, un vote du congrès (parlement + sénat), moins périlleux qu’un référendum populaire, est nécessaire. Celui-ci disposera -t-il d’une majorité qualifiée?

Face à la forte mobilisation de l’ opposition, la présidence a émis un communiqué le lundi 12 août, suspendant la mise en place de cette chambre. Le communiqué présidentiel est explicite: “Au regard des controverses et préoccupations relatives à la création du Sénat qui traversent les différentes composantes de la société burkinabè, le chef de l’État a demandé au Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, de convoquer le comité de suivi et d’évaluation des reformes politiques. (…) Un rapport d’étape circonstancié sur le processus d’opérationnalisation du Sénat avec des recommandations et propositions“.

Blaise Compaoré dit ne pas vouloir utiliser le sénat

Si beaucoup de ses opposants dont Zéphirin Diabré l’accusent de vouloir modifier la constitution, le président Blaise Compaoré est d’avis contraire. Ecouter Blaise Compaoré_ dans des déclarations à la Radiodiffusion Télévision du Burkina, le lundi 5 août.

Arrivé au pouvoir en octobre 1987, le président Blaise Compaoré fait face depuis deux ans à une série de contestations sociales et politiques et à de fréquentes mutineries de soldats. Une éventuelle déstabilisation du Burkina Faso fera sauter le verrou entre le Sahel chaud et le Sahel humide.

Adama Wade
In financialafrik.com

Thu, 05 Sep 2013 22:26:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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