« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Burundi : la chronique nécrologique que je n’ai pas envie d’écrire

La tentative de coup d’état au Burundi ayant échoué, le président Pierre Nkurunziza a retrouvé son palais avec encore plus d’autorité. Dans la capitale, la chasse aux responsables du putsch ainsi que leur complice se fait sanglante…

Mon ami et collègue Antoine Kaburahe n’a pas l’habitude de crier sans raison au loup. À la tête du groupe de presse Iwacu (www.iwacu-burundi.org), il a dû en fermer le site internet en affirmant, sur la page d’accueil, que « pour des raisons de sécurité » il n’était plus en mesure de travailler. Puis, en courant d’après-midi, de son lieu de cachette, il m’a fait parvenir cet appel à l’aide : « François, essaie d’alerter nous sommes en danger, je ne voudrais pas que tu fasses ma nécrologie, défends moi de mon vivant on est mal ». Plus tôt dans la journée, une autre source m’avait confirmé le départ précipité de l’emblématique directeur de la radio privée RPA, la voix la plus critique du pouvoir actuel.
Il n’y a point de doute donc : sous prétexte de juger les responsables de la tentative de coup d’état, le pouvoir burundais veut en profiter pour se débarrasser de cette presse remuante et mobilisatrice en ces temps de contestation de la rue. L’occasion est très belle pour un président dont la population rejette son intention de se présenter pour un troisième mandat de faire oublier la flagrante entorse constitutionnelle qu’il veut s’autoriser. Et le pari semble réussi puisque l’objection à ce nouveau mandat est aujourd’hui éclipsée par les discussions entourant l’organisation du coup d’état et l’appui que ses organisateurs avaient vite reçu de la société civile.
Certains observateurs en arrivent désormais à se demander si le putsch en lui-même n’était pas une manigance (en sous main) du pouvoir actuel pour discréditer d’un seul coup de balai toutes les voix de l’opposition. L’histoire dira.

En attendant, le temps presse pour empêcher une purge dans les rangs de l’opposition. La communauté internationale qui avait pris la bonne mesure dans la crise burundaise en appelant le président actuel à respecter les règles de la constitution et en annonçant le gel de la coopération dans la processus électoral doit maintenant augmenter la pression sur Pierre Nkurunziza.
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Sat, 16 May 2015 23:16:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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