1 – Le mouvement d’humeur des 200 soldatssénégalais est, de toute évidence, un mouvement spontané dont l’objectif correspond sans doute très exactement à ce qu’eux-mêmes en disent. Il n’y a aucune arrière-pensée politique. Personne, sinon peut-être quelques officiers subalternes, ne se tient derrière eux pour les pousser à exiger toujours plus jusqu’à ce que le pouvoir n’en puisse plus. Ils n’appartiennent pas à un corps d’élite rapidement monté en vue de coups politiques tordus, comme l’était la fameuse Firpac au sein de laquelle la plupart des mutins de 1999 et futurs rebelles de 2002 avaient fait leurs classes avant d’aller se perfectionner dans le cadre de la mission de l’ONU pour la République Centrafricaine, d’où ils revinrent fin prêts pour ce qu’on attendait d’eux, et avec ce prétexte en or : les autorités ne leur avaient reversé qu’une infime partie de cequ’ils avaient théoriquement gagné au service des Nations Unies !
2 – L’armée sénégalaise est une vraie armée dans laquelle une situation comme celle qui a conduit au renversement de Bédié oucomme celle qui a permis, à partir du 19 septembre 2002, de miner méthodiquement le régime de Gbagbo jusqu’à sa chute finale le 11 avril 2011, ne prospérerait pas comme cela fut possible dans une Côte d’Ivoire qui n’a jamaiseu une armée digne de ce nom.
3 – Personne, en dehors des opposants sénégalais,ne souhaite vraiment la chute du président Wade. Surtout pas la France sansl ’accord et l’assistance de laquelle tout changement est impossible dans sonpré carré.
La présente affaire des 200 Sénégalais montre queles mutins ivoiriens de 1999 avaient probablement raison sur ce point, mêmes’ils avaient évidemment tort d’en faire grief à leur hiérarchie qui, en l’occurrence, aura seulement péché par inexpérience. Car des contingents de nombreux autres pays participant à des missions de l’Onu, connaissent sans doute les mêmes problèmes en ce qui concerne la différence entre les primes effectivement perçues individuellement par chaque homme et les sommes versées à ce titre par l’Onu à leurs pays respectifs sans qu’on y observe des mouvements comme celui qui entraîna la chute de Bédié ou comme celui qui affecte cette unité sénégalaise de l’Onuci. Ou peut-être y en eut-il. Car tout est toujours possible. Mais on ne peut pas le savoir, parce que de tels mouvements n’ont aucune chance de prospérer dans des pays possédant une armée digne de ce nom,c’est-à-dire un corps professionnel solidement organisé et encadré et soumis à une discipline stricte, la discipline étant la première des qualités que leur état exiged’eux pour être véritablement et constamment à la hauteur de leur tâche.
Cette affaire nous enseigne pourtant une grande leçon. Mais avant de dire laquelle, rappelons ce qui s’est passé récemment auBurkina Faso. Des soldats burkinabés, retour eux aussi d’une des missions de maintien de la paix de l’Onu, se sont mutinés pour les mêmes raisons que nos mutins de 1999 et que les 200 sénégalais de l’Onuci. Blaise Compaoré n’avait certainement rien à craindre d’eux, car il bénéficie d’une assurance en béton contre cette sorte de risques : la protection que la France lui accorde sans mesure depuis 1987 pour les immenses services qu’il lui a déjà rendu et qu’il est toujours prêt à lui rendre. Aussi, le fait lui-même est sans importance. Mais là où il devient tout à fait intéressant, c’est quand on nous apprend que la plupart des soldats mutinés étaient des natifs de la Côted’Ivoire qui étaient revenus dans le pays de leurs parents pour y faire carrière. Il me plaît assez d’imaginer que ces jeunes binationaux ivoiro-burkinabés se sont révolté parce qu’ils étaient scandalisés par la manière dont la France instrumentalisait l’une de leurs deux patries dans savolonté d’asservir l’autre.
C’est un peu la même leçon que je tire du cas des200 Sénégalais de l’Onuci. Comme le Burkina Faso de Blaise Compaoré, le Sénégald’Abdoulaye Wade a été très en pointe dans ce qu’on appelle « la crise post-électorale ».
Juste retour des choses…
Par Marcel Amondji
Fri, 04 Nov 2011 16:03:00 +0100
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