« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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« Ce qui préoccupe Blaise Compaoré, c’est la révision de l’article 37 «



L’actualité burkinabè est dominée ces derniers temps par les débats sur la mise en place du Sénat. C’est pour apporter sa part de contribution à ce débat passionnant que le Réseau d’initiatives de journalistes a invité le CGD, l’opposition et le parti majoritaire afin que chaque partie donne sa lecture sur la mise en place du Sénat. Si les deux premiers cités ont pris part aux débats, le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) a brillé par son absence. Qu’à cela ne tienne, les deux autres panélistes ont fait des exposés pertinents. Pour le représentant du CFOP, Philippe Ouédraogo, depuis 2008, le CDP parle de révision de la Constitution. Et jusque-là, toutes les initiatives de ce parti n’ont qu’un seul but : la révision de l’article 37. « Ce qui préoccupe Blaise Compaoré, c’est la révision de l’article 37 », a-t-il dit. Selon M. Ouédraogo, la création d’un ministère chargé des réformes politiques obéit à cette logique. Et de faire remarquer que même ceux qui ont accepté le principe de la création du Sénat au CCRP s’y opposent actuellement parce que l’esprit n’a pas été respecté. « On veut nous servir un Sénat plus fourni que la 2e chambre en 2002, et qui va coûter plus cher alors qu’on ne voit pas son intérêt », a martelé Philippe Ouédraogo.

Le Sénat ne peut renforcer la démocratie burkinabè

Il a souligné qu’il ne voyait pas comment le Sénat pourrait renforcer la démocratie burkinabè. Avant de livrer son exposé, le Pr Augustin Loada a tenu à préciser qu’il parle en son nom propre et non en celui du CGD. Ce dernier a d’abord fait savoir qu’il y a beaucoup de contradictions au sein des partisans du Sénat. « Le même pouvoir qui était contre le bicaméralisme en 2002, est aujourd’hui au centre du bicaméralisme », a-t-il relevé. Pour lui, la configuration actuelle du Sénat fait qu’il ne représente pas une institution démocratique. Comment peut-on réguler le pouvoir exécutif si 1/3 des 89 sénateurs sont nommés par le président du Faso ? S’est-il interrogé. Il y a un problème de séparation des pouvoirs et de rééquilibrage de pouvoir. Et ce n’est pas le Sénat dans sa forme actuelle, a-t-il indiqué, qui pourra mettre fin à cette situation. Le Burkina n’est pas cité comme un modèle de démocratie mais de stabilité qui, du reste, repose sur une personne et non sur des institutions. Le rapport du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) parle de verrouillage et non de mise en place du Sénat, a rappelé Augustin Loada. « Si le pouvoir veut démocratiser le Burkina, il doit arrêter de manipuler la Constitution. Depuis une décennie, le Burkina ne parle que de réformes institutionnelles alors qu’il y a d’autres priorités comme l’accès des populations à l’eau potable, à l’éducation, à la santé, à l’emploi, etc. La lutte contre l’impunité est également un chantier qui devrait préoccuper les dirigeants », a soutenu le professeur non sans évoquer le cas de Ousmane Guiro, l’ex- directeur général des Douanes accusé de détournement et d’enrichissement illicite mais qui se la coule douce.

« La mise en place du Sénat n’obéit pas à une stratégie de démocratisation »

A son avis, la mise en place du Sénat n’obéit pas à une stratégie de démocratisation. Dans sa forme actuelle, il ne sert à rien, a-t-il confié. C’est parce que le pouvoir n’a pas la majorité qualifiée à l’Assemblée nationale pour modifier l’article 37 qu’il cherche une issue de secours à travers la création du Sénat, a fait noter Augustin Loada. A la question de savoir si la loi instituant le Sénat a été promulguée, Philippe Ouédraogo repond oui, par un décret présidentiel du 10 juin. Dans ce cas, que peut-on encore faire ? Tout dépendra de la détermination du peuple, diront les deux panélistes. Si le peuple reste mobilisé, cela peut amener le pouvoir à reculer en modifiant la Constitution pour supprimer la loi, ont-ils renchéri. Pour le Pr Loada, il ne faut pas se tromper d’enjeu, car derrière le Sénat, il y a une chose pire. « Ce n’est pas la démocratie qui intéresse nos dirigeants. Ce qui les intéresse, c’est ce qui leur permet de rester au pouvoir. C’est pourquoi d’ailleurs lorsqu’une institution ou un groupe tel que le Collège des sages, fait des propositions, si elles ne les arrangent pas, ils ne les appliquent pas », a-t-il ajouté. Jusqu’où le bras de fer actuel entre pouvoir et opposition, né de la création du Sénat, pourra-t-il conduire le pays ? Dans l’incertitude bien sûr, a répondu Pr Loada. Ce panel a été l’occasion pour le coordonnateur du RIJ, Fabrice Yi-Bour Bazié, de présenter et de rappeler le caractère apolitique du réseau, d’énumérer quelques activités réalisées dont les fora régionaux et d’inviter les membres du réseau à payer leurs cotisations.

Dabadi ZOUMBARA in Le Pays

Wed, 03 Jul 2013 18:03:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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