Les victimes innocentes massacrées lors de la crise ivoirienne (de septembre 2002 à avril 2011) qui ont été «convoquées», samedi dernier, par la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (Cdvr), n’ont pas manqué de s’exprimer au cours de la cérémonie dite de «deuil des violences et de purification». C’est le 1er vice-président de la Cdvr, Nanan Awoula Tanoé Désiré, chef suprême des N’Zima-Kôtôkô, qui en a fait les frais, à son entrée, en s’étalant de tout son long, la face pointée vers le ciel, après s’être entremêlé les pas dans les câbles de la régie.
Ce que les 4500 personnes, qui ont pris place à la salle Anoumabo du palais de la Culture de Treichville, n’ont pas manqué d’interpréter comme le signe d’un mauvais présage. «Les morts ne sont pas contents. On dirait qu’ils ne sont pas d’accord avec ce qui est en train de se faire», a soutenu un chef traditionnel invité à la cérémonie. Et comme pour, sans doute, dire qu’ils n’accordent aucune importance au processus de réconciliation, aucun membre du gouvernement n’a pointé présent à cette cérémonie voulue solennelle par les organisateurs. Pour demander pardon à nos morts, le président de la Cdvr, l’ex-Premier ministre, Charles Konan Banny, s’est mis à genoux, lors de son allocution. Par ailleurs, on a remarqué l’absence des Komians (féticheurs traditionnels Akan) et des danseuses d’Adjanou (féticheuses initiées) qui sont, dans les us et coutumes de certains peuples ivoiriens, ceux-là mêmes habilités à exorciser le deuil et faire la purification.
La cérémonie a été marquée par les exhortations des représentants de la chefferie traditionnelle, des chrétiens et des musulmans, au mea-culpa, à la repentance, au pardon et à la réconciliation. «Il faut sortir des considérations régionalistes et ethniques pour bâtir une société nouvelle avec des valeurs de paix, d’amour, de Justice, d’équité et d’humilité dans la diversité et le pardon mutuel. Plus jamais ça en Côte d’Ivoire. Le sang a coulé, trop coulé. Nous avons trop pêché. C’est pourquoi, il faut se repentir et demander pardon», ont confessé les intervenants. «Nous allons continuer à dialoguer avec les hommes politiques sur la nécessité de se réconcilier, d’être ensemble, car il est bon d’être ensemble», a indiqué Banny. Avant de préciser qu’il n’y a pas de réconciliation sans reconnaissance du droit de la victime. «L’effusion de sang et la mort d’hommes qui s’ensuit sont considérées partout en Côte d’Ivoire comme une immense catastrophe parce qu’elles entrainent la rupture de trois liens que sont la relation de la terre qui est forcée d’absorber le sang humain versé, le respect envers les esprits et le lien des Etres humains avec l’univers. Nous envisageons de consacrer un mois entier à cet exercice psychologique et culturel qui connaîtra son apothéose avec la célébration nationale», a-t-il conclu.
Djè Abel in Notre Voie