« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Commémoration du 11 avril 2011 à Paris, demain Apollos Dan Thé (Cpad) : “Nous voulons placer le problème ivoirien dans le débat électoral français ”

Notre Voie : Quel sera la particularité de votre rassemblement du samedi 14 avril prochain ?

Apollos Dan Thé : La marche du 14 avril qui aura lieu à Paris a plusieurs objectifs, le plus important est celui de dire à Sarkozy que les ivoiriens n’oublierons jamais qu’il a tenté d’assassiner, le 11 avril 2011, le Président Gbagbo, le père de la démocratie en Côte d’Ivoire. Ce jour-là, après plusieurs jours d’intenses bombardements de la résidence du Président de la République de Cote d’Ivoire, les forces françaises sont allées arrêter Laurent Gbagbo et son épouse pour les remettre aux forces rebelles, en violation du droit international. Même la fameuse résolution 1975 de l’Onu dont ils se sont prévalus pour leur sale besogne ne leur donnait en aucun cas l’autorisation de bombarder la résidence officielle du Chef de l’Etat, encore mois de l’arrêter. Nous, ivoiriens de la diaspora, sommes toujours debout pour dénoncer le coup d’Etat de Sarkozy en Cote d’Ivoire et exiger la libération du Président Gbagbo. Le rassemblement du 14 avril à Paris intervient à quelques semaines de l’élection présidentielle en France et donc nous voulons placer le problème de la Côte d’ivoire dans le débat électoral français pour que les citoyens français qui ont été trompés et surtout les français d’origine africaine puissent sanctionner Sarkozy et la droite française pour leurs crimes en Cote d’Ivoire et en l’Afrique.

N.V. : Qu’attendez-vous des Ivoiriens, Africains et Européens qui feront le déplacement ?

A.D.T : Qu’ils viennent massivement avec leurs banderoles et pancartes exprimer leur indignation face au coup d’Etat perpétré par Sarkozy en Côte d’Ivoire et démontrer notre indéfectible attachement au Président Gbagbo injustement emprisonné alors que ceux qui tuent les ivoiriens depuis 2002 continuent de narguer leurs victimes. Ce sera un passage en revue des troupes avant la méga-mobilisation du 18 juin à la Haye.

N.V. : Comment avez-vous vécu en Europe, les événements du 11 avril 2011 survenus en Côte d’Ivoire ?

A.D.T : C’était une douleur indescriptible de voir notre mère-patrie violée par des gens dont la méchanceté est incommensurable. Vous parlez du 11 avril en référence à l’arrestation du Président Gbagbo, mais si on remonte, quelques jours avant, il y a eu les 800 morts de Duekoué, massacrés tout simplement parce qu’ils sont Wê par les forces rebelles et bien d’autres tueries un peu partout en Côte d’Ivoire. Pour nous qui vivons hors du pays, c’était encore plus écœurant de voir toute la manipulation des médias internationaux qui travestissaient les faits au point où les victimes étaient présentées comme les bourreaux. Partout, les ivoiriens se sont organisés pour apporter une réplique aux mensonges distillés par les médias internationaux aux ordres. Cela à travers des manifestations de rue, marches et sit-in, mais aussi par des rencontres de lobbying.

N.V. : Comment est perçu, aujourd’hui, le régime Ouattara en Europe après 1 an d’exercice du pouvoir en Côte d’Ivoire ?

A.D.T : Disons le tout net, ce régime a totalement perdu la cote auprès de plusieurs cercles européens. En réalité, seul Sarkozy est encore le seul gage de ce régime tyrannique qui a fini par se faire découvrir au fil du temps et à l’épreuve du pouvoir en un an seulement. En plus du piètre bilan économique, désormais c’est un régime qui s’identifie par le non respect des Droits de l’Homme, l’impunité et surtout la justice à géométrie variable.
Au début, c’était très difficile de trouver des oreilles attentives à ce que nous disions, mais le triste bilan du pouvoir en place en matière de justice, d’équité et de démocratie a fini par convaincre de nombreux européens qui ont alors compris qu’ils ont été manipulés par Sarkozy et Obama. L’Union Européenne et les Etats-Unis exigent au régime Ouattara, le rétablissement du dialogue politique avec l’opposition. Ce qui veut clairement dire qu’ils ont perdu toute confiance en la capacité de ce régime à gérer la Côte d’Ivoire. La lutte des ivoiriens est citée en exemple avec fierté par d’autres africains. Les Maliens sont les derniers qui viennent de comprendre que Ouattara n’est qu’un agent de l’impérialisme français qui les a utilisés. Et ils prennent des conseils auprès de nous pour voir comment ils doivent s’organiser pour mener la lutte.

Entretien réalisé par Didier Depry in Notre Voie
didierdepri@yahoo.fr

Sat, 14 Apr 2012 02:20:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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