On a cru entendre un justicier venu faire payer tout seul, les crimes commis. Ou encore : ‘’Nous voulons rebâtir une Côte d’Ivoire unie, mais une Côte d’Ivoire responsable où chacun, s’il a commis des actes, assume’’. C’est celui qui a charge de réconcilier qui parle ainsi aux Ivoiriens. Et Banny de poursuivre ‘’ce qui s’est passé est grave et moi j’ai vécu cela’’. La messe est déjà dite par le président de la CDVR qui est ici dans la peau du juge prêt à prononcer la sentence. Suivons le ‘’prince de Morofê’’ à la fin de l’interview faire sa propre éloge : ‘’J’ai un passé, j’ai exercé des responsabilités de souveraineté, j’ai été Premier ministre et 15 ans gouverneur de banque centrale. Ça sait décider et ça gère des responsabilités, des souverainetés importantes’’. Alors question ! Qu’avez-vous, vous le gouverneur de 15 ans, fait hier des auteurs de la casse de la Bceao à Bouaké, Man, Korhogo ? Que la commission remonte aussi à cette époque pour rechercher les auteurs et leurs complices. C’est ça aussi le combat contre l’impunité. Le réconciliateur est bien ici dans le rôle de celui qui sape lui-même ladite réconciliation. L’Afrique du Sud a privilégié hier le pardon et la réconciliation. Tout près de nous, le Libéria n’est-il pas aujourd’hui relativement en paix ? A-t-il recouru à une chasse aux sorcières, à la justice des vainqueurs ? Pourtant, le conflit libérien a été plus dévastateur, avec 250.000 morts, que le conflit ivoirien. Il n’y a pas eu là-bas de vengeance et de revanche.
LA LEÇON D’OSLO AUX RÉCONCILIATEURS IVOIRIENS
Le choix des Libériennes Sirleaf, Leymah et de la Yéménite Tawakkol Karman est une leçon, un enseignement pour la CDVR. A-t-on su jusqu’à leur désignation, que ces femmes ont œuvré pour la paix dans leurs pays respectifs ? Le Premier ministre Banny devrait plutôt être soucieux de réconcilier, d’initier le dialogue que de se soucier de son image médiatique, des résultats concrets que ce qu’il sert à ses concitoyens depuis sa nomination. Le dialogue dans la vérité pour aboutir au pardon, voilà ce qu’on attend de lui. Les grandes démonstrations sur la justice doivent être l’affaire des juges et des avocats. On ne lui demande pas de faire l’apologie de la justice mais celle du dialogue dans la vérité qui réconcilie. Le président de la CDVR doit se débarrasser de son étoffe de présidentiable déjà en campagne pour être ami du dialogue et de la réconciliation. Dans la vérité aussi. La prochaine présidentielle en Côte d’Ivoire, c’est en octobre 2015. Pour le moment, en tant que réconciliateur, son rôle devrait être celui de l’adversaire de la justice vengeresse et punitive. C’est à ce seul prix qu’il pourra être cité comme un homme de paix. C’est in fine, ce que tous les ivoiriens attendent de lui. L’Intelligent d’Abidjan espère que le président de la CDVR sera le 10 décembre 2011 à Oslo pour assister au sacre des lauréates. Un tour près au Yemen et un autre au Libéria ne sont pas à écarter pour écouter les experts des résolutions des conflits et inviter les ‘’3 glorieuses’’ à s’impliquer, par leurs expériences, un retour de la paix en Côte d’Ivoire surtout que lui-même s’est mis dans la peau de celui qui travaille à l’échec patent de la CDVR.
In L’intelligent d’Abidjan
Sat, 08 Oct 2011 13:20:00 +0200
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