« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Lu pour vous

COMMENT BANNY SAPE LA RÉCONCILIATION NATIONALE

Leymah Roberta Gbowee et Ellen Johnson Sirleaf au Libéria, Tawakkol Karman au Yemen, tout au long de leur lutte n’avaient pas besoin d’une télévision, de Rfi, de France 24 ou de spectateurs pour les applaudir. Elles n’ont pas recherché une gloire personnelle, des honneurs. D’être des stars. La réconciliation est avant tout une œuvre qui se fait sans tapage, sans manière ostentatoire, sans vuvu-zuela et sans une fête populaire. La réconciliation privilégie la concertation, le dialogue, l’humilité, la modestie, la discretion. Mais que constatons-nous sous les bords de la lagune Ebrié avec le président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation ? Un grand battage médiatique. Un empressement vers Rfi, BBC, AFP, France 24 pour une autocélébration. Morceaux choisis de son interview à deux de ces confrères : ‘’…Croyez-moi, nous savons prendre des décisions et nous les prendrons, en tout cas, moi je sais en prendre’’.

On a cru entendre un justicier venu faire payer tout seul, les crimes commis. Ou encore : ‘’Nous voulons rebâtir une Côte d’Ivoire unie, mais une Côte d’Ivoire responsable où chacun, s’il a commis des actes, assume’’. C’est celui qui a charge de réconcilier qui parle ainsi aux Ivoiriens. Et Banny de poursuivre ‘’ce qui s’est passé est grave et moi j’ai vécu cela’’. La messe est déjà dite par le président de la CDVR qui est ici dans la peau du juge prêt à prononcer la sentence. Suivons le ‘’prince de Morofê’’ à la fin de l’interview faire sa propre éloge : ‘’J’ai un passé, j’ai exercé des responsabilités de souveraineté, j’ai été Premier ministre et 15 ans gouverneur de banque centrale. Ça sait décider et ça gère des responsabilités, des souverainetés importantes’’. Alors question ! Qu’avez-vous, vous le gouverneur de 15 ans, fait hier des auteurs de la casse de la Bceao à Bouaké, Man, Korhogo ? Que la commission remonte aussi à cette époque pour rechercher les auteurs et leurs complices. C’est ça aussi le combat contre l’impunité. Le réconciliateur est bien ici dans le rôle de celui qui sape lui-même ladite réconciliation. L’Afrique du Sud a privilégié hier le pardon et la réconciliation. Tout près de nous, le Libéria n’est-il pas aujourd’hui relativement en paix ? A-t-il recouru à une chasse aux sorcières, à la justice des vainqueurs ? Pourtant, le conflit libérien a été plus dévastateur, avec 250.000 morts, que le conflit ivoirien. Il n’y a pas eu là-bas de vengeance et de revanche.

LA LEÇON D’OSLO AUX RÉCONCILIATEURS IVOIRIENS

Le choix des Libériennes Sirleaf, Leymah et de la Yéménite Tawakkol Karman est une leçon, un enseignement pour la CDVR. A-t-on su jusqu’à leur désignation, que ces femmes ont œuvré pour la paix dans leurs pays respectifs ? Le Premier ministre Banny devrait plutôt être soucieux de réconcilier, d’initier le dialogue que de se soucier de son image médiatique, des résultats concrets que ce qu’il sert à ses concitoyens depuis sa nomination. Le dialogue dans la vérité pour aboutir au pardon, voilà ce qu’on attend de lui. Les grandes démonstrations sur la justice doivent être l’affaire des juges et des avocats. On ne lui demande pas de faire l’apologie de la justice mais celle du dialogue dans la vérité qui réconcilie. Le président de la CDVR doit se débarrasser de son étoffe de présidentiable déjà en campagne pour être ami du dialogue et de la réconciliation. Dans la vérité aussi. La prochaine présidentielle en Côte d’Ivoire, c’est en octobre 2015. Pour le moment, en tant que réconciliateur, son rôle devrait être celui de l’adversaire de la justice vengeresse et punitive. C’est à ce seul prix qu’il pourra être cité comme un homme de paix. C’est in fine, ce que tous les ivoiriens attendent de lui. L’Intelligent d’Abidjan espère que le président de la CDVR sera le 10 décembre 2011 à Oslo pour assister au sacre des lauréates. Un tour près au Yemen et un autre au Libéria ne sont pas à écarter pour écouter les experts des résolutions des conflits et inviter les ‘’3 glorieuses’’ à s’impliquer, par leurs expériences, un retour de la paix en Côte d’Ivoire surtout que lui-même s’est mis dans la peau de celui qui travaille à l’échec patent de la CDVR.

In L’intelligent d’Abidjan

Sat, 08 Oct 2011 13:20:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

4 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.