« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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COMMENT VAINCRE L’IMPÉRIALISME ?

« On ne saurait insister suffisamment sur le fait que l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialisme économique; Détruire les bases du premier c’est donc contribuer à la suppression du second. » Cheikh Anta Diop, "Nations Nègres et Culture" p. 407

Ainsi, pour en finir avec plus d’efficacité avec ce qui est communément appelé l’impérialisme, il faut rompre d’abord les chaînes culturelles qui nous lient par mille liens avec les impérialistes. Chacun doit donc se faire violence intellectuellement pour pulvériser en lui la structure culturelle d’emprunt qui s’est sédimentée dans son subconscient lors de son exposition à une éducation eurocentrée ou arabocentrée.

On a voulu, par préoccupation alimentaire, faire croire aux Africains que leur principale priorité serait de se développer économiquement, et réduire ainsi les enjeux au manger et au boire ou posséder des infrastructures, alors que le véritable enjeu de fond est de faire d’abord la révolution culturelle en soi pour ébranler toute la superstructure de l’impérialisme.

En effet, comment peut-on même imaginer qu’on puisse s’épanouir économiquement si les acteurs même de cet épanouissement sont sous influence d’une culture étrangère qui les infériorisent, qui les a convaincu de leur inaptitude à se reconstruire par leurs propres moyens sans s’en remettre aux "aides", aux "mains tendues", au "djihad humanitaire" (les ONG islamiques), etc.?

Qu’est-ce qu’un aliéné peut-il faire si ce n’est de singer mécaniquement les méthodes d’autrui par infériorité, devenir la caisse de résonnance des concepts d’autrui, des manières de prier, pour les plaquer dans son pays avec le type de résultats désastreux que l’on observe actuellement après plus de 50 ans de consommation effrénée de toutes sortes de concepts étrangers supposés nous sortir de la "barbarie", du "retard", avec la dernière supercherie à la mode actuellement qu’est "l’émergence".

C’est avec raison que Steve Biko dit: « L’arme la plus puissante entre les mains de l’oppresseur est l’esprit de l’opprimé. »

Effectivement, tant que votre esprit ne vous appartient pas, il n’y aura jamais de "développement". Que peut-on s’attendre comme performance de la part d’un peuple dont les émotions les plus intimes sont orientées vers un Dieu étranger? Rien. Que peut-on s’attendre comme performance de la part d’un peuple vautré dans une consommation effrénée de concepts qui n’ont jamais eu pour vocation de l’émanciper? Rien. Et l’actualité le prouve d’une manière brutale.

« Des efforts sont aussi à faire pour la libération psychologique des populations; On constate chez beaucoup d’intellectuels, un certain conformisme dont on connaît les origines. Ce conformisme provient des pressions morales et de mesures de représailles qu’on a souvent exercées sur les intellectuels noirs. Il suffisait de dire la vérité pour que l’on fût vite taxé de révolutionnaire dangereux, xénophobe, meneur, élément à surveiller, etc. » Lumumba (extrait de son discours à l’Université d’Ibadan au Nigéria le 22 mars 1959 dans le cadre du "Congrès pour la liberté de la culture")

Le futur de l’Afrique ne s’écrira qu’avec ceux qui se sont affranchis d’abord de l’impérialisme culturelle, les rendant ainsi libres de tout conformisme aliénant qui les empêche de reprendre l’initiative historique perdue depuis les invasions des barbares.

« Il ne faudrait pas nous faire un procès d’intention. Parler du passé ce n’est pas synonyme d’une délectation sur le passé qui aurait tourné le dos à l’avenir. Toute notre vie est là qui prouve que nous sommes engagés vers l’avenir, vers le futur. Toutes nos études du passé constituent seulement un ressourcement de l’âme et de l’esprit africain pour l’aider à retrouver sa créativité afin de mieux faire face aux problèmes du présent, et de mieux organiser l’avenir. Voilà le message que véhiculent mon enseignement et mes travaux. Dans la préface de "Civilisation ou Barbarie" j’ai dit que ceux qui auront compris le message que j’ai voulu véhiculer dans mes livres, je ne sais pas si j’y ai réussi, les lecteurs après les avoir lus, doivent se sentir un nouvel homme, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation.» Cheikh Anta Diop dans "Hommage du Cameroun au professeur Cheikh Anta Diop" p.43 de Prince Dika Akwa Nya Bonambela

Par prométhéen, Cheikh Anta Diop veut dire s’approprier la technique, la science, pour émanciper et non pour dominer comme c’est le cas dans la logique impérialiste. Pour ce faire, la manifestation de notre génie créateur pour métamorphoser notre univers doit être d’expression africaine, soit en totale rupture avec toute expression sous influence culturelle non-africaine.

« Les sociétés africaines ont subi au cours des 4 derniers siècles cinq agressions hyper violentes. On peut citer:
– le commerce triangulaire;
– la colonisation;
– les religions révélées;
– la version africaniste de l’histoire africaine;
– l’axiologie de la guerre froide.
Toutes ces agressions ont forcément laissés des traces, des empreintes, des séquelles, des hématomes sur notre tissu social.

[…] Or d’autres prismes nous apprennent plutôt que nos sociétés sont des sociétés qui ont été cassées, tordues. Il ne s’agit donc pas de rattraper un retard mais de réparer un tissu social. Non pas d’ajuster une culture mais de redresser un tissu psychologique.

[…] l’insalubrité du tissu social: à savoir, la formation de pathologies comportementales sur le plan culturel (préjugé sur l’aptitude de la culture africaine à servir comme support d’un projet de modernité), sur le plan intellectuel (hétéronomie de la pensée), sur le plan gouvernemental (une culture politique libertaire) et sur le plan économique (une mise en valeur de nos richesses sous l’angle de la rentabilité externe).

[…] Rappelons que le paradigme de la renaissance africaine véhicule l’idée selon laquelle l’avènement de la modernité au sein des sociétés africaines postcoloniales passe par un processus de renaissance historique. Comme tel, il invite à remplacer les politiques du développement par des politiques de refondation du tissu social. Par refondation du tissu social, il faut entendre une politique qui vise à refonder le tissu social comme tissu à nouveau propice à l’historicité c’est-à-dire à la capacité pour les sociétés africaines de produire les conditions matérielles et immatérielles de leur propre existence. Cette refondation passe par la mise en oeuvre de politiques sectorielles dont le fil directeur se traduit par deux objectifs distinctes mais complémentaires: d’une part un objectif d’assainissement du tissu social, d’autre part un objectif de réappropriation des ressorts de l’historicité. » Jose Do Nascimento, "Discours aux Africains" p.5-10-60-73

Voici le prototype parfait de l’entrepreneur africain moderne qui a rompu d’abord avec l’impérialisme culturel avec ses schémas de pensée aliénants pour découvrir finalement des possibilités économiques infinies par une expression africaine de son génie créateur lui permettant ainsi de vaincre l’impérialisme.

Uhem Mesut Kemet Land

Mon, 24 Jun 2013 10:22:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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