Le lien entre les blogueurs normands et Jean-Marie Bourry? Aucun en apparence. Ils ne se sont jamais rencontrés, ne se connaissent pas. Mais voilà. Jean-Marie Bourry est depuis 2010 responsable de la police pour l’Onuci. Il est aussi le seul Français engagé dans cette force de sécurité internationale. Un crime aux yeux de Yannick Toutain. Un jour de janvier 2011, il se fend d’un billet sur son blog, qualifie l’ancien flic angoumoisin de «fasciste», «de criminel» et assure qu’il sera «jugé par le Nuremberg de l’Afrique». Le tout agrémenté de sa photo et de sa biographie extraites du site de l’Onuci, à l’image des sites «cop watch» qui divulguent l’identité et le visage de policiers pour les identifier comme cibles.
«Je suis tombé sur ce texte complètement par hasard en tapant un jour mon nom sur Google, décrit Jean-Marie Bourry. Au départ, j’ai cru à une plaisanterie de mauvais goût. Mais ç’a continué.»
Toujours en poste en Côte d’Ivoire, Jean-Marie Bourry ne prend plus l’affaire à la légère. «Vu le contexte, on ne sait pas l’effet que peut faire ce genre de texte sur certains, dénonce-t-il. On me fait passer pour un barbouze alors que je suis engagé dans une force de paix, c’est délirant», dénonce-t-il, en s’inquiétant des répercussions sur sa famille restée en Charente.
Dès juillet, il a confié le dossier à l’avocat angoumoisin Jean-François Changeur. «On a pris contact avec les administrateurs du blog pour qu’ils retirent le texte. Nous n’avons eu aucune réponse. Nous avons écrit à Google pour que l’article soit retiré des référencements. Ils ne font rien», décrit Jean-François Changeur. Il a donc décidé de saisir le TGI en référé. «Ce genre de propos peut entraîner des dangers considérables, surtout dans un pays à risques où des actions de guérilla ont repris depuis peu», argumente Jean-François Changeur, atterré par «la violence verbale déversée sur internet».
«Je ne renierai pas quarante ans d’engagement»
Fin septembre, Mickaël Janas, le président du TGI, a jugé en faveur de l’ancien policier angoumoisin et a condamné Yannick Toutain et Julie Amadis qui n’avaient pas répondu aux conclusions de l’avocat charentais. Jean-Marie Bourry se félicite: «ça montre qu’on ne peut pas écrire n’importe quoi sur n’importe qui et que l’on n’est pas à l’abri des lois sous prétexte que l’on est caché derrière un ordinateur.»
Toujours installé en Normandie, Yannick Toutain, ex-enseignant, qui se présente comme musicien et chercheur en pédagogie, s’est vu notifier le jugement il y a quinze jours. Il a tout de suite dégainé sur internet et ne compte pas baisser pavillon si facilement: «ça fait quarante ans que je milite à l’ex-LCR [Ligue communiste révolutionnaire, NDLR]. J’ai toujours considéré qu’un militaire français en Afrique était un fasciste. Je ne renierai pas quarante ans d’engagement et de militantisme à cause d’un juge qui se croit tout puissant.» Et de dénoncer la condamnation dont il vient d’écoper: «C’est une mascarade qui remet en cause la liberté d’expression et la liberté de la presse», dénonce-t-il. Il a fait appel. La procédure pourrait être encore longue.
charentelibre.fr
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