Un président sans légitimité
Jean-François Copé n’est pas le président légitime de l’UMP. S’il n’y avait pas eu tant d’accusations de fraudes et que le résultat avait été plus marqué, je n’aurais pas eu de problème à dire qu’il avait été élu. Mais le "psychodrame" qui a eu lieu dimanche soir – pour reprendre les termes des journalistes – pose problème pour notre mouvement.
J’étais atterrée d’assister aux réactions des différents représentants de notre parti. On aurait pu comparer cette élection à celle qui opposait Laurent Gbagbo et Alassane Outtara en Côte d’Ivoire. Nous n’avons pas de leçons à donner aux Africains lorsque l’on voit la façon dont nous gérons cette élection. L’annonce de la victoire par Jean-François Copé était un peu l’apogée de cette soirée chaotique. Cela n’a vraiment pas donné une bonne image de notre parti.
Je n’ai pas encore pris assez de recul pour savoir comment notre parti pourra se remettre de cet exercice de démocratie interne. Il y a deux scénarios qui semblent se dessiner : soit l’ex-Premier ministre se rallie et notre parti essaye de se recomposer tant bien que mal, soit l’UMP implose et François Fillon créé un autre parti ou bien prend la voie d’une autre forme d’engagement politique moins militant.
Jean-François Copé a proposé la vice-présidence à François Fillon, il ne l’a pas acceptée. François Fillon va prendre les deux prochains jours pour réfléchir à la forme que va prendre son engagement politique, il est donc le seul à pouvoir décider.
Deux droites
Je suis perdue quant à l’avenir de ma formation politique, nous ne pouvons rien savoir pour l’instant. Dans le même temps, est-ce que nous pouvons obtenir de bons résultats aux prochaines élections si nous n’avons pas les voix de Jean-François Copé ?
Aujourd’hui, il y a deux courants qui s’opposent, deux droites qui ont deux visions politiques distinctes. Est-ce que l’UDI viendra ensuite se greffer à un nouveau courant que mettrait en place François Fillon ? Les non-alignés comme Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet auront aussi une carte à jouer dans cette fissure, ils pourraient aider à refonder le parti, et créer le lien.
Si nous arrivions à faire un grand parti de droite en laissant de côté les idées extrémistes, ce serait mieux selon moi.
J’ai adhéré à l’UMP après l’élection de François Hollande, mon militantisme est aujourd’hui remis en cause par ces résultats. L’avenir de mon engagement dépendra de la politique que compte mener Jean-François Copé, mais j’aurais un peu de mal à suivre ses idées politiques.
Sa vision de la droite me pose problème : ses déclarations sur l’immigration, l’"assistanat" ne me correspondent pas. Je n’adhère pas à sa vision "pain au chocolat" de la droite. Il a pourtant l’air bien décidé à défendre une droite "décomplexée", nous n’avons pas besoin de ça. Malheureusement, je doute que son discours ne soit plus mesuré à l’avenir.
Propos recueillis par Mélissa Bounoua in leplus.nouvelobs.com
Tue, 20 Nov 2012 19:42:00 +0100
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