« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire – Conférence sur le social dans le secteur de la presse, André Silver Konan : « À journaliste mal payé, journal mal vendu »

Le journaliste-écrivain avait prévenu l’assistance présente dans la salle Houphouët-Boigny du District d’Abidjan qu’il n’userait pas de la langue de bois et il a tenu parole. A l’en croire, « de l’avis même du président du Conseil national de la presse (CNP), à la mi-juin,  »60% des entreprises ne payaient pas leurs journalistes professionnels à la hauteur des 1400 points requis au terme des dernières négociations entre les syndicats de la presse et le Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (GEPCI) et 25 entreprises, soit 34% avaient affirmé avoir déclaré leur personnel à la CNPS sans preuves. Cela est très grave».
La situation concernant les salaires, surtout pour les journalistes débutants, est, à en croire le conférencier, plus dramatique. « Les 1400 points requis dont parle le CNP, a-t-il indiqué, c’est en réalité 140 000 FCFA, représentant le salaire de base du journaliste débutant. Mais en réalité de nombreux patrons de presse, interprètent eux-mêmes les textes de la Convention collective interprofessionnelle des journalistes et ont fini par faire des 140 000 FCFA, représentant le salaire de base du journaliste débutant (la loi parle de journaliste stagiaire) le salaire net (donc y compris la prime de transport, la prime de logement et les sursalaires divers) non plus du journaliste débutant, mais du journaliste professionnel, c’est-à-dire du journaliste qui justifie d’une licence ou d’une maîtrise ou d’un diplôme délivré par une école de journalisme reconnu et qui a fait un stage pratique d’un à deux ans.
Soyons sérieux, en 2013, à Abidjan, comment peut vivre un homme, vraisemblablement père de famille, avec 140 000 FCFA, moins que le salaire net d’un instituteur débutant, qui entre au Cafop avec le niveau Bac, moins que le salaire d’un policier qui entre à l’Ecole de police avec le niveau BEPC ? Quelle motivation peut avoir un homme obligé d’habiter un quartier modeste pour espérer louer une modeste maison de deux pièces au moins à 30 000 FCFA, prendre le gbaka ou le wôrô wôrô tous les matins, éviter de manger au travail à midi parce qu’autrement la famille à la maison ne mangerait pas, soigner sa famille, tout cela avec 140 000 FCFA ? Encore que certaines rédactions ne payent pas ces 140 000 FCFA ou les payent au compte-goutte ».
Pour le journaliste-écrivain, « rien n’est encore perdu car si certains promoteurs de publications n’appliquent pas de social (heureusement que ce ne sont pas tous les patrons), c’est aussi parce qu’ils ne mesurent pas le renchérissement du social sur leurs chiffres de vente. Un journaliste épanoui et bien payé fournit davantage d’efforts dans la quête de l’information et dans son professionnalisme, ce qui nécessairement rejaillit sur les chiffres de vente du journal. C’est un cercle vicieux : à journaliste mal payé, journal mal vendu, c’est aussi simple que cela ».
En dépit de ce tableau peu reluisant, André Silver Konan a invité à ne pas désespérer de la presse africaine en général et ivoirienne en particulier, relativement au social. « En Côte d’Ivoire, outre les médias d’Etat (RTI et Fraternité Matin, le journal progouvernemental), des groupes de presse appliquent de bonnes politiques sociales : assurance maladie, prime de risques, congés payés, etc. Mieux, il y a dans ce pays, des journalistes qui sont mieux payés qu’un conseiller économique et social, c’est-à-dire qu’ils touchent plus d’un million de francs CFA ». Rien donc n’est vraiment perdu.

Clair Amon-Douah
In Le Banco.net

Sat, 13 Jul 2013 04:28:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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