« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Côte d’Ivoire / Etat de droit : Les actes et les paroles qui inquiètent

Le nouvel homme fort de la Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara, promet aux Ivoiriens et à l’extérieur un Etat de droit. Il annonce, la main sur le cœur, qu’il fera de la Côte d’Ivoire, un pays où nul ne sera au-dessus de la loi. Selon lui donc, la loi sera la même pour tous les citoyens sans exception. Ce qui est une bonne chose. Car dans un Etat véritablement soucieux de la paix, tous les citoyens doivent être égaux devant la loi. Ainsi, quiconque est accusé de crime doit répondre de son acte et subir la rigueur de la loi s’il est reconnu coupable. Mais, selon les praticiens du droit, dans un tel Etat, tout accusé bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à ce que la justice, seule, établisse sa culpabilité au terme d’une enquête fiable et équilibrée.

Sur cette base simple, Alassane Dramane Ouattara, estime que les accusations graves faisant état de massacres à Duékoué, nécessitent une enquête afin d’en situer les responsabilités et faire subir la rigueur de la loi aux éventuels auteurs. Pour le nouveau chef de l’Etat, il faut attendre la fin d’une enquête judiciaire pour déterminer l’ampleur des massacres et prononcer les sanctions qui conviennent. Sur la démarche, on est d’accord avec lui. Mais dans le même temps, on est tenté de ne pas trop y croire si l’on s’en tient à ses déclarations rapportées par la presse. On est même en droit de s’interroger si les Ivoiriens ne courent pas un très gros danger avec lui relativement à l’Etat de droit qu’il annonce.

En effet, toute la presse qui lui est très liée a rapporté le samedi dernier ces déclarations faites par lui à propos du président Laurent Gbagbo chassé du pouvoir par l’armée française : « Gbagbo n’échappera pas à la prison » ou encore « Gbagbo restera en prison ». Ces propos qui sonnent comme un verdict rendu par un président de tribunal, desservent le nouveau chef de l’Etat, Alassane Ouattara qui ambitionne de bâtir un Etat de droit. On sait que depuis le 11 avril dernier, Laurent Gbagbo est arrêté et déporté à Korhogo. Nul ne sait encore de quoi il est accusé et pourtant cela fait déjà près de 50 jours qu’il est détenu. Donc M. Gbagbo ne bénéficie pas de la présomption d’innocence dont bénéficient les auteurs des massacres avérés de Duékoué. Gbagbo et les auteurs des massacres de Duékoué ne sont donc pas égaux devant la loi. Puisque l’un est en prison et les autres sont en liberté. Ces derniers continuent d’ailleurs de narguer leurs victimes en prétendant qu’ils assurent désormais leur sécurité.

Il y a assurément une politique de deux poids deux mesures qui inquiète plus qu’elle ne rassure. Les magistrats chargés du dossier de Gbagbo et ses proches n’ont plus rien à faire. Ils ne feront qu’entériner ce qui est dit de façon fracassante par le président Alassane Ouattara. Et c’est ce qui est inquiétant pour les Ivoiriens. Qui auront le net sentiment que leur président instrumentalise la justice.

Benjamain kore – Notre voie

Tue, 31 May 2011 13:21:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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