« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Lu pour vous

COTE-D’IVOIRE: Gbagbo, l’embarrassant prisonnier…

Alassane Ouattara dit que sa décision de remettre son prédécesseur à la Cour pénale internationale (CPI) est assujettie à l’incompétence (ou incapacité) des juridictions ivoiriennes à juger l’ancien président, pour les crimes politiques et de droits humains et à sa volonté de ne pas se voir accusé d’avoir administré à Laurent Gbagbo une justice des vainqueurs.
Mais on peut bien se demander si en réalité, il n’a pas, comme dans le cas de Charles Taylor, préféré que le procès de Laurent Gbagbo soit délocalisé pour éviter toute la passion et les répercussions que n’aurait pas manquer d’entrainer sa tenue sur le sol ivoirien. Or, puisqu’il est question de réconciliation, il vaut mieux éloigner tous les sujets qui fâchent.
Laurent Gbagbo n’étant certainement pas un sujet consensuel, il n’est donc d’aucune utilité d’organiser l’aspect le plus sombre de son procès sur le sol ivoirien. Mais il n’est pas exclu que cette attitude aboutisse à l’effet contraire. Car on sait que Laurent Gbagbo cristallise des revendications d’une part non négligeable des populations ivoiriennes.
Depuis, sa détention à Korogho était contestée par ses partisans qui faisaient de sa libération une preuve de la bonne foi d’Abidjan quant à la promesse d’une réconciliation entre tous les Ivoiriens. Maintenant que c’est sa livraison à la justice internationale qui est décidée, les militants de l’ancien président, suffisamment bourrés par les discours nationalistes, pourront difficilement accepter une telle humiliation.
Ainsi, la main tendue de Ouattara sera difficilement acceptée même dans les rangs des plus modérés des militants du FPI. Tandis que pour « les extrémistes », comme les appelle Ouattara lui-même, ce sera là la preuve du double jeu
du président ivoirien. Une attitude qui tend à s’interpréter comme d’une part, une volonté de façade d’aller vers la réconciliation nationale, et de l’autre, un désir tout aussi viscéral de se venger sur les adversaires d’hier.
C’est justement cette image équivoque que les autorités ivoiriennes disent vouloir éviter.

Salématou Diallo pour GuineeConakry.info

Thu, 15 Sep 2011 00:11:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

4 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.