« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’ivoire: Il faut arrêter « les ennemis de la démocratie »

Il n’y a pas de quoi être particulièrement optimiste à la vue des tristes évènements survenus à Yopougon dans le fief du Front populaire ivoirien (FPI). Un meeting organisé par les partisans de l’ex-président, Laurent Gbabgo, a tourné court, le 21 janvier 2012. Les militants ont été pris dans une espèce de traquenard, quand une pluie de pierre a commencé à s’abattre sur eux avant même que les responsables du parti n’aient livré leurs messages.
Ces derniers n’avaient pas totalement fini de se retirer que la manifestation a dégénéré en affrontements qui se sont poursuivis dans les rues attenantes. Bilan  : un mort au moins, des dizaines de blessés (45) et  la destruction de l’ensemble du matériel mobilisé pour le rassemblement. Ce n’est pas la première fois que des individus, actionnés par on ne sait qui exactement, s’en prennent vertement aux militants du FPI. On se souvient qu’ils étaient intervenus à Koumassi pour disperser violemment des manifestations. Quand ces agissements se déroulent sous le nez et la barbe des forces de l’ordre et de sécurité, qui prétendent être débordées, on ne peut que les soupçonner de cautionner ces états de fait. Ce déballage chronique ne traduit pas une réelle vigueur démocratique. Au contraire, elle témoigne que le pays a manqué un autre rendez-vous avec la démocratie. Sinon, comment comprendre que des groupuscules survoltés, malintentionnés franchissent, des heures durant, le seuil du tolérable, sans se faire taper sur les doigts.

Tout porte à croire qu’il se développe une idéologie de l’impunité dans une Côte d’Ivoire, précédemment sur la voie du monolithisme, que les nouvelles autorités ont appelé à se rassembler. Fort étrangement, les exactions, les frustrations et les humiliations continuent d’être servies à des Ivoiriens. Ce qui n’est pas sans rappeler les folles périodes de la crise avec des civils en pointe des mouvements. Rien ne serait plus dangereux que de laisser perdurer cette situation. Reste à savoir si les autorités sont réellement résolues à mettre un terme au même péché originel qui aurait contribué à débouter le FPI du pouvoir. La longue traversée du désert peut contribuer à bonifier et à endurcir les militants du Front populaire ivoirien. Il ne serait donc pas surprenant que la bulle socialiste, qui n’a rien perdu de son âme et déjà fait montre d’une résistance pendant les récents évènements, tente à son tour de perturber les activités du camp adverse dans ses bastions. A cette allure où les Ivoiriens sont exposés à la peur et à la haine de l’autre, le pays ne peut que s’enfoncer dans la spirale bien connue de la violence. Ce qui va, sans nul doute, mettre à mal, le processus de réconciliation nationale, qui éprouvait déjà du mal à avoir la bénédiction du FPI. Cela dit, les exilés politiques appelés, à cor et à cri, à regagner le bercail, risquent de se braquer et ne pas chercher le chemin de retour, du moins, pour le moment, au prétexte qu’il n’y a pas de perspectives heureuses pour leurs compagnons de lutte restés en « Eburnie« . Un autre fait, c’est que le récent défoulement des suspectés militants du Rassemblement des républicains (RDR) sur les Frontistes est également dirigé contre les intérêts de la Côte d’Ivoire et des autorités. Il peut faire des vagues dans les rangs de l’équipe nationale de football engagée dans la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Apparemment que « les Eléphants«  semblaient marqués par des dissensions internes, il faut craindre que leur production footballistique en pâtisse.
Aussi étrange que cela puisse paraître, on ne se privera pas de déclarer que la coalition des Houphouëtistes aux affaires de l’Etat, elle-même, risque de s’enrhumer. Avant qu’il ne soit trop tard, il convient que les autorités ivoiriennes administrent la rigueur en préférant la dictature de la transparence à la démocratie de l’opacité. Pour ce faire, elles devraient commencer par arrêter les auteurs de la résurgence des tensions qu’il convient de baptiser « les ennemis de la démocratie« , encadrer et sécuriser les éventuelles manifestations de l’opposition, pour que le pays d’Houphouët-Boigny ne s’illustre plus jamais négativement à la face du monde.

Adama BAYALA in SIDWAYA
badam1021@yahoo.fr

Tue, 24 Jan 2012 21:33:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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