« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

CÔTE D’IVOIRE: La faim, seul facteur d’union des peuples aujourd’hui

« Nous voulons faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020 ». Ceci est un extrait d’un des discours du chef dozo suite à sa prise de pouvoir dans des conditions inhumaines. Extrait qui sera par la suite une récitation des disciples du dozoland.

Discours taillé à la mesure des grandes oreilles occidentales, délire, utopie ou simplement l’expression manifeste d’une ignorance des réalités du terrain ?

Quoiqu’il en soit, un constat et non des moindres s’impose à nous : les ivoiriens ont faim. Dans tous les quartiers d’Abidjan, dans toutes les villes de Côte d’Ivoire et dans tous les villages, le chorus est le même : « on a faim ».

Oui, les ivoiriens ont faim ! Les ADOrateurs, eux aussi, reconnaissent que les ivoiriens ont faim aujourd’hui. Bien plus faim qu’avant le 11 avril 2011. « Gbagbo kafissah deh, safroulaye » ! La faim n’a plus de camp en Côte d’Ivoire. On aime Gbagbo, on a faim. On ADOre watra, on a faim. On est du Nord, on a faim. On est du Sud, on a faim. Les RHDPistes ont faim. Les LMPistes ont faim. Les Bété ont faim, les Baoulé ont faim, les Dioula ont faim, tout comme les Guéré, les Yacouba, les Adjoukrou, les Alladjan, les Abbey, les Attié et tous leurs frères et sœurs de toutes les autres régions.

Une question est courante aux lèvres de la pauvre population traumatisée par la guerre et affaiblie par la faim : « que font-ils de tous ces milliards… ? » Quelques tentatives de réponses comme celle Mlle Fanta qui habite un quartier huppé d’Abidjan : « on a mis nos bassines dehors hooo, quand la pluie de milliards là va arriver vers ici, elle va les arroser un peu, sinon nous on a rien vu encore deh ! Ce qui est sur, nous on a faim » !

En effet, tout le monde a faim, entre temps, le tapage médiatique orchestré par la télévision tribale et les journaux propagandistes de haine et de division continue d’assourdir les ivoiriens. Inconscience, méchanceté gratuite ou pure foutaise ? En réalité, les seuls qui n’ont pas faim, ce sont les familles de ceux qui sont au pouvoir ou ceux qui ont une affinité avec le pouvoir. Une minorité insignifiante !

Du côté de Yopougon, « on a dépassé souffrance mon cher, pour nous-là, c’est plus souffrance hooo, on a dépassé ça ! On remercie Dieu quand on se réveille chaque matin », dit Léa de la SICOGI.

Il est important de rappeler qu’au sommet de la crise armée en Côte d’Ivoire, le football était non seulement le seul sujet de conversation neutre et accepable entre les ivoiriens, mais aussi et surtout un canal d’échanges entre eux. Aujourd’hui, même les « Eléphants » n’arrivent plus à divertir les ivoiriens. Une victoire à une compétition majeure est susceptible d’être récupérée par l’imposture en place. « Les Eléphants » ne font plus l’unanimité du coup ! L’unique « dénominateur commun » désormais, le seul facteur d’union des peuples de Côte d’Ivoire, c’est la faim. Les ivoiriens sont unis dans la faim. Cela est indéniable !

« Tout est cher et on ne voit même plus l’argent. Regardez, les fêtes, c’est pour bientôt. On va à Adjamé, on ne peut rien acheter comme avant. Cela ne peut pas durer éternellement, il faut que le peuple réagisse », assomme Fanta.

« Un homme qui a faim n’est pas un homme libre », disait Houphouet-Boigny. Watra et ses dozos affament les ivoiriens et prédisent un avenir radieux pour le pays. La foutaise à son paroxisme. La moquerie à son plus haut niveau.

Le peuple saura-t-il réagir comme en Egypte, en Tunisie ou en Algérie ?

Wait and see.

Sans rancunes.

Cebastien Gnahoré

Sun, 16 Dec 2012 14:01:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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