Il fallait écarter toute solution politique.
Dès le départ, il a été dit et martelé même par les soutiens de Ouattara, notamment par la France et les Etats-Unis, que les schémas kenyan et zimbabwéen ne pouvaient être appliqués à la Côte d’Ivoire. Sarkozy donnera même quelques jours au président Gbagbo pour qu’il " dégage ", selon le mot régulièrement utilisé par Ouattara. Il fallait faire en sorte, par des injonctions humiliantes, que le président Gbagbo se braque et refuse d’obtempérer , son refus souhaité donc et obtenu devant être utilisé pour dérouler le plan macabre.
Dès le départ, il était inconcevable pour ceux qui ont armé et mis en mouvement les rebelles, que Ouattara arrive au pouvoir alors que toutes les institutions de la république sont en place, car sa marge de manoeuvre en aurait été réduite. En effet, quelle aurait été la marge de manoeuvre de Ouattara alors que l’armée, la gendarmerie et tous les corps d’armée sont en place, que le constitutionnel est en place et que la capacité de nuisance d’un adversaire dont il sait qu’il est majoritaire, est intacte ? Il aurait été impossible pour lui de gouverner.
Et qu’aurait-il fait des rebelles toujours à Bouaké et en armes , qui ne pouvaient plus faire la guerre parce que leur mentor est au pouvoir ? S’il n’y avait pas eu la guerre, il aurait fallu, avec tout le risque que cela aurait constitué pour son nouveau régime, licencier des membres des Forces de Défense et Sécurité (FDS) pour absorber des milliers de rebelles car il eut été plus qu’intenable pour les finances de l’état d’intégrer ces rebelles dans une armée déjà pléthorique. C’est la guerre qui lui permet aujourd’hui de les recruter par milliers dans les différents corps armés. D’ailleurs , même dans la situation actuelle qui est à l’avantage de leur mentor, certains de ces rebelles attendent toujours leurs récompenses pour services rendus, et s’impatientent même. On les a récemment vus manifester à bouaké.
Le nouvelle donne politique et militaire n’a donc été possible que grâce à la guerre qui aura permis à Ouattara de remplacer l’armée de Côte d’ivoire par " son " armée, et de nommer tous ses proches aux postes désertés par les centaines de pro-Gbagbo qui ont dû partir en exil. La guerre lui a également donné le prétexte pour mettre des centaines de pro-Gbagbo en prison, ce qui lui a permis là encore, de faire plus facilement ce qu’il a lui-même qualifié de " rattrapage ethnique ".
La guerre lui a enfin permis, parce que des maisons ont été abandonnées par leurs propriétaires et certaines casernes vidées de leurs pensionnaires, de loger à Abidjan les milliers de combattants qui ont rendu son rêve possible, et qui tiennent aujourd’hui la population en respect. Où aurait-il pu loger tout ce monde s’il n’y avait pas eu la guerre ? On voit encore aujourd’hui qu’ils continuent d’occuper ces biens , malgré les promesses régulièrement faites de les reloger ailleurs.
Et c’est pour toutes ces raisons que la médiation de l’Union Africaine qui devait être mise en oeuvre a été rejetée par Ouattara presqu’immédiatement le 27 mars 2011 alors qu’elle avait été acceptée par Gbagbo, et la guerre lancée aussitôt après ce rejet, pour ne laisser aucune chance à une quelconque solution politique. Pour rappel, Le gouvernement Aké Ngbo, dans un communiqué lu à la télévision par son porte-parole Ahoua Don Mello, avait dit qu’il attendait le médiateur choisi par l’UA pour mettre en oeuvre la solution politique décidée à Addis Abeba. On voit donc clairement ici que même un retrait du président Gbagbo était exclu car il aurait remis en cause ce choix de la guerre.
Pour Ouattara et ses soutiens donc, une solution politique laissant en place tout le dispositif institutionnel du pays était exclue car elle aurait été pour eux une mauvaise solution, une solution fragile. Là se trouve en réalité la raison de la guerre, et non dans le refus du président gbagbo de reconnaître " sa défaite ".
Alexis Gnagno
Sun, 02 Jun 2013 15:33:00 +0200
L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…
Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…
Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…
Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…
Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…
Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…
This website uses cookies.