Pourquoi c’est si difficile de juger Laurent Gbagbo ? « A cause de nombreux dysfonctionnements de la CPI qui ressemble de plus en plus à une justice des vainqueurs, en inculpant uniquement Laurent Gbagbo et non Guillaume Soro, l’ex-chef des Forces républicaines de la Côte d’Ivoire (FRCI), ni les autres pro-Ouattara », indique Michel Galy, sociologue et politologue. « Au-delà de la lenteur institutionnelle des juridictions internationales, le fait qu’il ne soit pas jugé un an après, c’est le signe d’une certaine gêne de la CPI de juger le premier chef d’Etat en exercice à avoir été déféré à la Haye », ajoute-t-il.
Laurent Gbagbo est accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Ces exactions auraient été commises, en Côte d’Ivoire, lors de la crise postélectorale, entre novembre 2010 et avril 2011. Le rapport d’enquête sur les violences postélectorales, publié le mercredi 8 août, tiennent les pro-Gbagbo pour responsables de la mort de 1 452 personnes contre 727 pour les pro-Ouattara. Ce que conteste les partisans de l’ancien président ivoirien.
Gbagbo-Ouattara : même combat
Depuis la crise postélectorale, la Côte d’Ivoire est partagée en deux camps : les pro-Gbagbo d’un côté et les pro-Ouattra de l’autre. Et la réconciliation nationale, décrétée par Alassane Ouattara, peine à aboutir car les partisans de l’ancien président ivoirien dénoncent une « justice des vainqueurs » qui les viseraient. Une dénonciation confirmée par les organismes ivoiriens de défense des droits humains.
« On a l’impression qu’en Côte d’Ivoire, qu’un seul camp est visé et que le camp du pouvoir n’est pas inquiété. Il faut que la population se fasse une idée claire de la justice internationale, en démontrant que la justice ça s’applique à tout le monde », confie à Afrik.com Koffi Laurentine, vice-présidente de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO). Même son de cloche du côté de l’Association des Ressortissants de Duékué en France et en Europe (ARDEFE) : « Si la CPI veut savoir la vérité, pourquoi elle ne fixe pas de date pour le procès de Laurent Gbagbo, et ne confirme pas les charges ? », s’offusque Martine Kei Vao, la présidente de l’association. Et d’ajouter : « si on veut savoir ce qui s’est passé, il faut réunir les deux camps (Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, ndlr) sur le banc des accusés », précise-t-elle.
Les deux associations, qui ont accordé une interview à Afrik.com, s’accordent à affirmer que « s’il y a eu un conflit en Côte d’Ivoire, c’est qu’il y a deux belligérants. Donc, pour qu’il ait un procès, il faudra juger les deux personnes », le président actuel de la Côte d’Ivoire et son prédécesseur. Une option qui semble être un préalable à la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, toujours en proie à des massacres notamment dans l’Ouest du pays. Ou, alors, il faudra, selon elles, libérer Laurent Gbagbo.
Cela fait un an maintenant que l’ancien président ivoirien attend son procès. L’hypothèse d’une libération conditionnelle n’est pas totalement écartée. « Il peut être libéré en attente de son procès, et être assigné à résidence », analyse Michel Galy. « La France pourrait, par exemple, faire pression pour qu’il soit libéré, en vue de favoriser la réconciliation entre les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara », poursuit le politologue. En attendant un éventuel procès de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire reste toujours divisée en deux.
afrik.com
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