« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’ivoire – L’enseignant du privé: un sous-homme ?

Réflexion sur le système éducatif ivoirien (Première partie) L’enseignant du privé: un sous-homme ?
Si le rêve de tout homme pleinement instruit du sens de son existence est de se trouver un travail noble afin d’assouvir décemment ses besoins vitaux et d’aplanir les difficultés matérielles consubstantielles à son statut d’individu humain, jeter son dévolu sur le secteur privé lorsqu’on opte pour l’enseignement, suite à son parcours scolaire ou universitaire, est une voie fort douloureuse et semée d’embûches , vu le traitement humiliant, pis, avilissant qui est réservé par les fondateurs d’établissements privés à ces professeurs, instituteurs, éducateurs…grâce à qui, ils bénéficient de la confiance et de la subvention de l’Etat, prospèrent, bâtissent quelquefois des fortunes colossales dont ils jouissent avec démesure et ostentation.

En effet, exercer aujourd’hui dans le privé en qualité d’enseignant est un choix, sans attiger, scabreux, pernicieux même, eu égard aux innombrables déboires y afférents. Tirant un réel profit et une véritable volupté du laxisme puant érigé en norme de régence et de fonctionnement au sein du département de l’Education Nationale, ces fondateurs, qui sont en réalité des hommes d’affaires, qui plus est, souventes fois des incultes invétérés en matière d’éducation ou de formation, donc obnubilés par la recherche effrénée de profits et foulant aux pieds toute éthique, se considèrent comme des démiurges ayant droit de vie et de mort sur leurs employés, piétinant de façon ouverte et impertinente, leurs droits les plus imprescriptibles. Cela, avec la complicité active des DREN, des préfets de région et de l’inspection du travail qui, de par leur mutisme face à cette situation intolérable, donnent leur caution à ce crime éducatif perpétré sous leurs yeux. Crime éducatif, parce que, les perdants dans cet imbroglio indescriptible, restent et demeurent, in fine, les apprenants à qui sont quotidiennement servis par des enseignants désemparés, affamés à l’extrême et criblés de dettes, des cours d’une platitude déconcertante. Exploités, sous-payés et tenus dans les rets de la misère parce que, privés d’émoluments durant plusieurs mois par des fondateurs véreux à la limite de l’irresponsabilité, qu’espérer d’autres de ces pauvres gens écrasés par les difficultés matérielles et pourchassés comme du gibier par leurs créanciers ? Au lycée moderne et technique DUA KOBENAN de Bondoukou, dans la région du Zanzan, le personnel croule sous le poids d’impayés de salaires s’étalant sur dix mois (10 mois). C’est dire que depuis presqu’un an, les employés de cet établissement de référence qui faisait la fierté de la ville de Bondoukou du temps de son vrai fondateur qui le porta aux fonts baptismaux mais malheureusement décédé, ne sont pas payés. Sapristi ! C’est un véritable scandale qu’on ne saurait passer sous silence. Selon même certaines indiscrétions, ailleurs, c’est encore plus grave. Lorsqu’on s’imagine que ces écoles privées absorbent une bonne frange de nos enfants, frères et sœurs, il y a de sérieuses raisons de s’inquiéter. C’est connu de tous : une nation ne se fortifie, ne prospère que lorsqu’elle met un point d’honneur à assurer une formation de base de qualité à ce qu’elle a de plus cher, c’est-à-dire sa jeunesse devant relever les défis futurs. Par conséquent, feindre d’ignorer ce massacre organisé qui se passe au vu et au su de tous sans chercher à le dénoncer a fortiori y apporter des solutions, c’est compromettre gravement le devenir de notre chère patrie.De tous les Ministres qui se sont succédé à la tête du département de l’Education Nationale, très peu ont fait du fonctionnement et de la gestion des établissements scolaires privés de réelles préoccupations. Chaque fondateur, avec tout le brio du cadre supérieur, y va de ses lubies, ses caprices : recrute qui il veut, excommunie qui il veut également au mépris de la déontologie et des règles édictées en la matière. Pour parer aux désagréments de simulacres de contrôles d’ailleurs rarement commandités par le ministère de tutelle, des enveloppes sont soigneusement préparées pour soudoyer, corrompre à l’effet d’éviter d’éventuelles sanctions. Tout y passe puisque tout y est sens dessus dessous. Ainsi va l’enseignement privé en Côte d’Ivoire qui, visiblement, va à vau-l’eau. Sans se soucier d’y mettre de l’ordre, des milliers d’écoliers, tels du bétail destiné à la boucherie, y sont convoyés par l’Etat pourtant censé garantir l’éducation, l’instruction ; par des parents, plus aiguillonnés par l’idée de se débarrasser de leurs progénitures que de leur assurer des conditions idéales leur permettant d’étudier fructueusement.Nous sommes ahuri face à l’hypocrisie qui est affichée par les différents partenaires de l’école lorsque les résultats aux différents examens sont catastrophiques comme ce fut le cas cette année. Les thèses déterministes sont pourtant formelles là-dessus : il n’y a pas de fumée sans feu et qui sème le vent, récolte la tempête. On ferme complaisamment les yeux sur les maux qui gangrènent pernicieusement l’école et on s’étonne inconséquemment lorsque la moisson est nulle. Il existe pourtant des comités de parents d’élèves. C’est un fait qui nous paraît surréaliste : comment débourser des sommes parfois faramineuses pour la formation de ses rejetons et s’enfermer dans un silence pusillanime lorsque cet argent destiné à assurer en partie les rétributions de ceux-là à qui incombent l’éducation et l’instruction de ces âmes sensibles que sont les élèves est scandaleusement détourné vers d’autres fins, qui plus est, inessentielles ? N’oublions pas que le corps sert de fondement racinaire à la pensée. C’est dire qu’on pense, réfléchit à l’envi quand notre dimension somatique est épanouie, lorsque nous sommes à l’abri de soucis matériels. SEM Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, père fondateur de la nation ivoirienne qui avait fait de l’école, la formation de la jeunesse, la prunelle de ses yeux en y consacrant annuellement une bonne partie du budget national ne disait-il pas lui-même que : « l’homme qui a faim n’est pas un homme libre » ? Quelle que soit la conscience professionnelle dont fait preuve un individu et sa détermination à bien accomplir sa tâche, peut-il donner le meilleur de lui-même quand il n’a pas mangé plusieurs jours durant, lorsqu’ilne peut pas se soigner, pris dans les mailles de la maladie ?
Alors, s’il est vrai que l’enseignement privé est un maillon essentiel du système éducatif ivoirien, il serait illogique de le laisser dans cet état de délitement progressif en donnant licence à des individus au goût du gain facile et d’un mercantilisme rageur y régner en maîtres absolus, affamant sans aucune once de pitié, leurs employés. Vivement, que Madame le Ministre en charge du portefeuille de l’Education Nationale, par le truchement de mesures courageuses et vigoureuses, mette un bémol à ce capharnaüm dont les vraies victimes, au bout du rouleau, sont nos enfants, nos frères et sœurs.
Au-delà de Madame le Ministre, nous souhaiterions que Monsieur le Président de la République dont nous savons l’attachement aux principes du droit et de l’équité, s’implique personnellement afin que cette question, à nos yeux déterminante, soit traitée avec diligence et efficacité. Si le progrès est notre leitmotiv, il faut impérativement agir car tout projet de développement ayant comme substrat des cadres formés au rabais, médiocres est fatalement voué à l’échec.

DIARRA CHEICKH OUMAR
Professeur certifié de philosophie
Lycée moderne 1 Bondoukou
Doctorant en sciences politiques
E-mail : diarra.skououmar262@gmail.com

Fri, 04 Nov 2011 01:05:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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