« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Côte d’Ivoire : Les fragilités du pouvoir Ouattara mises à nu

En une dizaine de jours, les Forces républicaines (FRCI) ont essuyé des assauts en série à Abidjan, dans ses environs et dans l’ouest du pays, y perdant dix hommes. Jeudi à Dabou (environ 50 km à l’ouest de la capitale économique), les assaillants ont visé non seulement le camp FRCI mais les bases de la police et de la gendarmerie, ont tué trois civils et ouvert la prison d’où se sont évadés des dizaines de détenus.

"Sécurité: ça ne va pas!", titrait vendredi le journal satirique L’Eléphant déchaîné. L’indépendant Soir-Info a averti: ces violences "sapent naturellement tous les efforts" de M. Ouattara, qui court les capitales étrangères pour attirer les investisseurs dans un pays à nouveau "fréquentable".

"Il ne faut pas exagérer la menace", explique à l’AFP un proche du chef de l’Etat, y voyant des soubresauts hérités de la crise postélectorale (décembre 2010-avril 2011), qui s’est conclue par deux semaines de guerre et a fait quelque 3.000 morts.

Le gouvernement affirme muscler son dispositif et dément une "insécurité généralisée". Mais cet enchaînement de violences démontre que la situation est loin d’être stabilisée.

"Harcèlement"

Très vite, le régime a accusé des fidèles de l’ex-président Laurent Gbagbo, incarcéré à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne de crimes contre l’humanité, de tenter d’exécuter un plan global de "harcèlement" et de "déstabilisation": miliciens ou militaires basés en Côte d’Ivoire, au Ghana ou au Liberia, avec l’appui d’exilés politiques et militaires chez ces voisins.

S’il ne fait guère de doute que les attaques de l’Ouest peuvent largement être imputées à des pro-Gbagbo installés côté libérien – l’ONG Human Rights Watch (HRW) leur attribuait dans un rapport en juin la responsabilité d’"au moins 40" tués en moins d’un an -, les dernières opérations, à Abidjan et dans sa région, suscitent des interrogations.

Sans exclure la présence de pro-Gbagbo parmi ceux qui ont pris d’assaut le 6 août le camp militaire d’Akouédo, l’un des principaux d’Abidjan, une source sécuritaire occidentale affirme que "parmi les assaillants, il y avait des anciens du +commando invisible+ (mouvement armé anti-Gbagbo actif début 2011, ndlr) et des ex-rebelles" pro-Ouattara, une piste confirmée par une autre source proche du dossier.

Des milliers d’ex-combattants qui ont contribué à installer M. Ouattara au pouvoir, après le refus de M. Gbagbo de reconnaître sa défaite à l’élection de novembre 2010, attendent en effet d’être désarmés, réinsérés ou bien intégrés dans les forces régulières.

"Il est temps que l’on procède à un désarmement effectif de toutes les forces qui ne sont pas habilitées à porter des armes, quel que soit leur camp", exhorte René Hokou Legré, président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (Lidho).

Pour lui, le régime "ne manque pas de volonté politique" mais évite de "brusquer les choses". Or, met-il en garde, "en y allant doucement, il y a une gangrène qui est en train de s’installer".

Lançant vendredi "un appel urgent au calme", la force onusienne Onuci a également jugé que les violences montrent "la nécessité pour le pays de poursuivre le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) des anciens combattants".

Les ex-miliciens pro-Gbagbo, comme nombre d’éléments pro-Ouattara, forment une masse énorme de "guérilleros potentiels" que leurs frustrations peuvent conduire à des coups de force, avance l’opposant Mamadou Koulibaly, ex-président de l’Assemblée nationale sous l’ère Gbagbo.

Le président Ouattara a annoncé la mise en place d’un "Conseil national de sécurité" qui conduira la réorganisation de l’armée – aux contours encore très flous – et chapeautera une structure unique chargée du DDR.

"Le pouvoir est en train de se réveiller" du fait des attaques mais "ça flotte, ça tangue" encore, observe un diplomate africain. "La Côte d’Ivoire n’est pas sortie de la crise".

AFP

Sat, 18 Aug 2012 11:38:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

4 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.