« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire : les jalons de l’État totalitaire

Monsieur Alassane Dramane Ouattara n’est pas le président de la République de Cote d’Ivoire. Il n’est le président que de son parti le RDR et rien d’autre. Je persiste et signe dans cette voie et ce ne sont pas les derniers évènements qui me feront changer d’avis. Certes, je ne peux nier que sa tentative de coup d’État en cours lui donne les moyens de terroriser les uns et les autres. L’assassinat de celui qui l’appelait « papa », le chef de guerre Ibrahim Coulibaly qui avait des velléités d’autonomie, vient rappeler aux uns et autres que le temps de la terreur est arrivé. Cette terreur Ouattara en a d’autant plus besoin qu’il n’a pas le début d’une quelconque légitimité pour incarner la nation ivoirienne. Ce n’est pas le défilé des personnalités qui, selon les propres termes de ses supporters, « font allégeance » qui lui permettra de gagner cette légitimité. Dans une République et une démocratie, les citoyens reconnaissent l’autorité et se soumettent à ses décisions sur la base du contrat social. Dans le cas d’espèce il s’agit de la Constitution de la République de Cote d’Ivoire du 23 juillet 2000. Il n’existe aucune disposition pertinente de celle-ci pour faire de Ouattara le président des ivoiriens.

Alassane Dramane Ouattara, lui-même est convaincu de son incapacité à être le président de la République ivoirienne dans le cadre fixé par la constitution, c’est pour cela qu’il s’essaye à assoir la légitimité d’homme fort du régime. Promettant la « pacification » aux ivoiriens, il ne fait que rappeler que la puissance coloniale lui a délégué l’autorité pour installer son ordre. Tout comme l’État colonial dans son organisation ne s’embarrassait de séparation de pouvoir et de contre-pouvoir, Ouattara veut être à lui tout seul l’État délégué. Ainsi, confie –t-il aux journalistes français que les crimes commis sous le président Laurent Gbagbo seront punis. Sans être juge, il qualifie des faits et prononce des sentences. Dans une démocratie une telle attitude n’est tolérée qu’à ceux qui ne sont pas impliqués dans la conduite des affaires publiques.

À ceux qui en douteraient encore, il est temps de se rendre compte que Ouattara n’est que le délégué de Sarkozy en Cote D’Ivoire et que le but de ce dernier est de restaurer l’ordre néocolonial qui est un régime de démission nationale, démantèlement des acquis démocratiques et sociaux, de création de monopoles pour les firmes métropolitaines dépassées par la concurrence mondiale.

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Fri, 29 Apr 2011 13:54:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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